‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 119 sur 166 · SCLÉROSE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

SCLÉROSE MUSCULAIRE

Le môme argument permet d'affirmer du même coup qu'il ne s'agit pas non plus d'une lésion des gaines tendineuses, des tendons, ou encore d'une hyperplasie avec rétraction du tissu cellulaire sous-cutané. La compression portant sur un tronc nerveux aurait pu, à la rigueur, produire la paralysie d'un groupe musculaire, des extenseurs, par exemple, et, en conséquence, une contracture paralytique déterminée par la prédominance d'action des antagonistes non paralysés. Mais il serait, en pareil cas, toujours facile, d'un côté, d'exagérer la flexion et, de l'autre côté, de vaincre jusqu'à un certain degré l'action prédominante des fléchisseurs. Or, c'est justement le contraire qui s'observe. L'action des extenseurs est tout aussi difficile à vaincre que celle des fléchisseurs et c'est là, précisément, vous le savez, un des grands caractères de la contracture spasmodique.

Dans ces derniers temps, M. le professeur Yolkmann d'abord, puis, après lui, M. Léser* ont décrit un genre particulier de contracture qui s'observe dans le cas de fracture, surtout aux membres supérieurs à la suite et en conséquence de Tapplication d'un bandage trop serré. Cette contracture serait une conséquence de l'ischémie produite dans le membre, par le fait de la compression excessive exercée par le bandage et elle devrait être assimilée, suivant les auteurs cités, à la rigidité qui se montre sur les parties ischémiées, dans l'expérience de Stenon ou encore chez l'homme à la suite de la ligature de l'artère principale d'un membre. Vous savez, d'après les détails que je vous ai présentés dans la leçon que j'ai consacrée, cette année, à l'étude de la claudication intermittente produite chez l'homme par oblitération artérielle ', que la contracture

i. R. Volkmann, Die ischaemischen Muskellaehmungen und Confraciuren. Cb\. t Chir, 1881, n« 51. — Cbl. f. die med. Wiss. 1><82, p. 445. — K. Léser, Untertuch. ueber isvhaemische Muskelcontraciwen und Muskellaehmungen. Ilallesche Habililationsschrift, Leipzig, 1884. Cfn/r. ôt, f, klxn, meii., i885, «• 77, p. 282 eiSamm. klin. Voriraeg^, n» 77.

2. Charcot, Délia claudicaziont intermittente, elc. — Lez. raccolte dal

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OU mieux la rigidité des membres qui se manifeste dans ce$ conditions-lày peut être considérée comme représenlant, si Ion peut ainsi parler, une esquisse de rigidité cadavérique survenant chez le sujet vivant et qui, si l'expérience se prolongeail, ne tarderait pas à se compléter pour être suivie, en dernier lieu, de la mortification du membre. Or, c'est bien 1&, si je ne me trompe, le mécanisme invoqué par M. Yolkmann et par M. Léser, pour expliquer le développement de la rigidité dans les cas qu'ils ont observés. Suivant eux, le phénomène de la rigidité cadavérique avec coagulation de la myosine ^ se produirait ici, dans ceux des faisceaux musculaires qui se sont trouvés soumis au plus haut degré de Tischémie ; tandis que dans les faisceaux musculaires moins profondément intéressés surviendrait un travail de réaction, consistant en une sorte Je myosite éliminatrice, entraînant d*abord la résorption de la myosine coagulée, puis la sclérose musculaire et au dernier terme le raccourcissement définitif du muscle. M. Léser, dans les expériences qu'il a faites sur les animaux, croît d'ailleurs avoir obtenu des résultats propres à confirmer de tous points la théorie proposée par M. Yolkmann. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans l'examen critique de ces travaux. Je me bornerai seulement à relever que, parmi les caractères cliniques qui distinguent la contracture signalée par M. Yolkmann, il faut placer, d'après lui, au premier rang, l'existence de modifications profondes survenues dans les réactions électriques des muscles rétractés, et il n'est pas douteux qu'un autre caractère serait, en pareil cas, l'impossibilité d'obtenir la résolution de la rigidité du membre par l'intervention de la chloroformisation même poussée au plus haut degré.

Dr G. Melotti di IJologim. ^fiaz. degli OspUali, n» 73, p. 581, 1884.) Voir icUe leçon dans le l. V, des Œuvres complètes^ p. îi87.)

1. On sait que les dernières reclicrchcs de Brown-Séquard ont singulièrement ébranlé la théorie de la « coagulation de la myosine », comme cause de la rigidité cadavérique. (Académie de.< sciences, octobre 1886.)

CONTRACTURE nYSTÉUIQUE ET D'ORIGINE ORGANIQUE 411

Or, nous savons que chez Dum... les résultats de Téleclrisalion comme ceux de la chloroformisation sont tout autres, absolument opposés, et il est rendu bien clair, d'après cela, qu'entre les faits de contracture décrits par M. Volkmann et celui que nous avons sous les yeux, il n'y a aucune espèce de rapprochement à établir.

C'en est assez, je pense, pour permettre d'affirmer que la déformation du membre est bien, chez notre sujet, le résultat d'une contracture spasmodique; il nous faut maintenant montrer encore que, ainsi que nous l'avons fait pressentir, dès le début de cette leçon, la contracture en question est de nature hystérique.

On peut dire qu'il existe chez les hystériques tout un groupe de contractures spasmodiques — et le malade dont nous nous occupons offre un exemple de ce genre — qui, du moins au point de vue du mécanisme physiologique, ne diffèrent pas foncièrement de celles qui se développent à la suite de certaines lésions organiques des centres nerveux : lé« siens, vous le savez, diverses quant à leur nature et quant à leur siège, mais présentant pour trait commun cependant, d'entraîner avec elles la production de la dégénération secondaire du faisceau pyramidal. Dans les deux cas^ en effet, la rigidité spasmodique porte à la fois sur les groupes muscu* laires antagonistes, extenseurs et fléchisseurs, par exemple ; elle s'accompagne d'une exagération des réflexes tendineux, de la trépidation épileptoïde provoquée, surtout quand il s'agit du membre inférieur; enfin, sous l'influence de l'action du chloroforme portée suffisamment loin, la résolution de la contracture devient complète. Tels sont les liens de ressemblance étroite qui rattachent Tun à Tautre les deux ordres de faits. Malgré cela, néanmoins, môme indépendamment des particularités cherchées en dehors de Tétai du membre, les

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