GUÉRISON SOUDAINE
nous n avons trouvé d'hyperesthésie ; il n'existe pas, non plus, de point ovarien bien caractérisé.
Reste l'examen du sens musculaire : nous allons dire à la malade de saisir de sa main gauche saine la main droite paralysée, après avoir pris soin de lui boucher les yeux, et vous voyez, Messieurs, qu'elle est tout à fait incapable d'y arriver ; elle cherche sa main droite, en haut, en bas, de tous côtés et ne peut la trouver ; du côté du membre inférieur droit, nous ne constatons rien d'analogue et elle n'éprouve aucune difficulté à saisir son pied droit avec la main gauche, après Tocclusion des yeux.
Un phénomène qui présente aussi quelque intérêt, c'est l'état de la température locale, celle-ci est abaissée de plu-« sieurs dixièmes de degré du côté paralysé, ainsi qu'on peut s'en assurer par des applications répétées et comparatives du thermomètre de surface sur l'un et l'autre côté du corps. Il n'y a d'ailleurs rien à signaler au point de vue de la température centrale, pas de fièvre; état général excellent.
Si maintenant, Messieurs, nous cherchons à résumer les différents phénomènes présentés par cetle malade et à les grouper ensemble, de façon à arriver à un diagnostic rationnel, que trouvons-nous?
Une monoplégie associée avec diminution des réflexes tendineux, & début brusque, sans phénomènes cérébraux épilepliformes ou apoplectiformes ; cette monoplégie s^accompagne d'une anesthésie absolue limitée au bras du même côté que la paralysie, et avec abolition du sens musculaire; enfin, tous ces accidents sont survenus chez une jeune fille de 19 ans ayant présenté auparavant des accidents hystériques.
Ce sont là les éléments qui nous permettent, Messieurs, d'établir la nature de cette hémiplégie. Et d'abord, est-elle due à une lésion cérébrale en foyer, hémorrhagie ou ramol-
lissement? On peut hardiment répondre par la négative ; ce ne sont pas là les allures ordinaires de Thémorrhagie ou du ramollissement cérébral ; car, nous Tavons vu, il n'existe pas dans notre cas d'hémiplégie véritable, mais une monoplégie associée, sans participation aucune de la face ; de plus, il y a une anesthésie concordant absolument comme siège et comme degré avec la paralysie des membres. Ce n'est pas davantage une hémiplégie de nature spinale, car, dans ce cas, vous le savez, la paralysie et lanesthésie devraient être croisées, tandis qu'elles sont non seulement homologues, mais, pour ainsi dire absolument superposées l'une à lautre.
En somme, Messieurs, il n'est pas besoin de nous attarder davantage, de nous créer des difficultés imaginaires de diagnostic, la nature purement hystérique de celle paralysie s'impose avec la plus grande évidence après l'examen détaillé que nous avons fait de cette malade, et nous n'avons qu'à laccepler en ayant soin d'en tirer, au point de vue du pronostic et du traitement, les conséquences qui en découlent tout naturellement.
[Après avoir fait remarquer que, si l'on avait différé jusque-là l'examen électrique des muscles, c'était parce que, peut-êlre, toute tentative de ce genre amènerait le retour de la motilité et la guérison, et qu'il tenait à ce que ses auditeurs fussent témoins de ce qui en pourrait advenir, M. le professeur Charcot fait alors, séance tenante, faradiser les muscles de Tépaule et du bras du côté droit; au bout d'une minute, la sensibilité était revenue dans cette région (sans transfert), une minute plus tard, la sensibilité existait dans tout le membre supérieur et la paralysie avait disparu ; la malade se servait de son bras aussi bien qu'avant Taccident et serrait vigoureusement la main des auditeurs désireux de se rendre compte