‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 18 sur 166 · AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE

degré. Pennettez quejMnsisle uniastant sur ce trouble de la sensibilité.

Voici la jeune Bl..., qui présenie rhémianeslhésie des hystériques, dans sa forme tout à fait classique et bien propre à l'étude. Du côté gauche existe Finsensibilité à la piqûre, au froidy et à toute excitation ; cette perte de la sensibilité générale s'observe dans le membre supérieur, dans l'inférieur, dans la moitié du tronc et de la tête. Vous voyez que cette jeune malade supporte les faradisations les plus intenses, sans accuser la moindre souffrance, et que Tanesthésie occupe non seulement la peau, mais encore les parties profondes, muscles et troncs nerveux, puisqu'on peut, en excitant les nerfs et les muscles, déterminer, sans que la malade souffre, une contraction assez prononcée et plus ou moins durable. Il est rare que la sensibilité générale soit seule affectée ; les appareils sensoriels du côté du corps oîi siège l'anesthésie sont aussi atteints ; en général, on note une diminution du goût, de l'ouïe et de l'odorat. Mais je réclamerai spécialement votre attention sur les troubles visuels, si intéressants au point de vue du diagnostic. Généralement, quand il y a insensibilité d'un côté du corps et de la face, il se manifeste dans Tœil correspondant un trouble de la vue, plus ou moins marqué, une sorte d'amblyopie, qui rarement va jusqu'à l'amaurose. L*étude méthodique de celte modification de la vision montre ce qui suit: l"" Rétrécissement souvent très prononcé du champ visuel. Souvent, quand l'anesthésie est double, ou quand il y a analgésie d'un côté et anesthésie de l'autre, on observe un rétrécissement du champ visuel des deux côtés, mais beaucoup plus marqué du côté où les troubles de la sensibilité générale sont plus accentués. Ce rétrécissement du champ visuel est, pour le clinicien, très intéressant. Les malades ne peuvent le prévoir ni l'exagérer, et

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il n'est pas rare qu^il soit très accentué, alors que les troubles de la sensibilité générale sont peu accusés. — 2'' Un autre phénomène qui accompagne généralement celte limitalion du champ visuel, consiste dans la diminution de Tacuité de la vision ; il existe, en outre, souvent des troubles dans la perception des formes ; on relève encore Tobnubilation des sensations lumiueuses. — 3"* Mais un fait qui doit particulièrement attirer Tattention dans lamblyopie des hystériques, c'est la dyschromatopsie, et, à un degré plus prononcé, Tachromatopsie, c'est-à-dire la diminution ou la perte absolue de la nolion des couleurs. On sait qu'à l'état normal toutes les parties de la rétine ne sont pas également aptes à percevoir les couleurs; ainsi, dans les conditions physiologiques, le champ visuel est plus étendu pour le bleu que pour le jaune, pour \e jaune que pour le rouge; vient ensuite le rouge, le vert, le violet, qui est seulement perçu par les parties les plus centrales de la rétine. Dans l'amblyopie hystérique, les caractères de l'état normal se modifient de telle façon que les cercles représentant les limites du champ visuel pour toutes les couleurs se rétrécissent concentriquement. Le cercle du violet pourra se rétrécir jusqu'à devenir nul, et alors la malade, mise en face de la couleur, sera incapable de la nommer ; le même phénomène se répétera pour le vert, le rouge, etc. Le jaune et le bleu seront peut-être les seules couleurs persistantes, mais elles pourront elles-mêmes disparaître ; alors on dit qu'il y a achromatopsie totale. La malade reconnaît bien la forme des objets, mais les voit en gris, comme une photographie non colorée observée au stéréoscope.

Il y a pourtant chez beaucoup d^hystériques une exception fréquente à la règle que je viens d'établir, et suivant laquelle le bleu et le jaune sont les deux couleurs dont la notion, dans l'acrhomatopsie, persiste en dernier. Je dois signaler l'anoma-

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lie, bien que je ne fasse pas ici une étude complète de Tachromatopsie hystérique ; je dois la signaler, parce qu'elle se rencontre non seulement chez la plus grande partie des femmes hystériques que nous avons observées, mais encore chez les sujets m&les dont nous parlerons bientôt. Elle consiste en ce que rétendue du champ visuel pour le rouge est plus grande que pour le bleu, de sorte que les malades peuvent avoir perdu la notion du violet, du vert, du bleu et du jaune, celle du rouge persistant seule. Voici un cas étudié par M. le D' Parinaud, qui montre clairement le phénomène en question.

Chez la nommée N..., rœil droit est affecté d'un certain degré de rétrécissement du champ visuel pour les couleurs qui restent pourtant dans Tordre normal ; pour ToBil gauche, le rétrécissement du champ visuel pour la lumière blanche est manifeste, les champs des diverses couleurs sont plus étroits et à un degré plus marqué que du côté opposé ; mais, de plus, et c'est en quoi consiste Tanomalie, le champ du roitge est devenu plus étendu que celui du jaune et du bleu ; ce dernier s'est rapproché du vert et s'est substitué au rouge. Si ce rétrécissement progresse, il pourra arriver que la notion de toutes les couleurs ait disparu, à l'exception de celle du rouge. J'insiste sur ces anomalies que nous retrouverons à un certain degré chez notre jeune garçon hystérique.

Je ne discuterai pas la nature des troubles visuel de l'hystérie ; je vous rappellerai seulement, en passant, que ces phénomènes ne sont accompagnés d'aucune modification, appréciable à l'ophthalmoscope, des milieux réfringents, ni du fond de rœil ; il n'y a même pas de modifications vasculaires, il s'agit de troubles exclusivement dynamiques, comme l'on dit. Je dois, en outre, vous faire remarquer que ces phénomènes ne sont pas propres à l'hystérie, excepté, peut-ôlro, ce qui e-t rcla-

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lif k la limite du rouge ; car, à part cette dernière particularité, ils peuvent se rencontrer dans le cas de lésions cérébrales en fo;er occupant la capsule ïnterae.

Nous devons encore relever, chez la malade qui fait l'objet de notre eiaraen, l'exisleDce, du cAlé aneelhésié, de deux points ou plulAl de deux plaquet au niveau desquelles la sensi-

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bilité est exagérée ; un de ces point:; répond à la région ovarienne, i'aulre k la région lombaire, à droile et & gauche des apophyses épineuses. Ce sont là les points ou plaques hysléro-

Fiç.\ii. — Zimtt hytltroçènu dt la fact juaUriewe du eorpt (Im. cit.. p. Wj.

gènes que nous retrouvons chez beaucoup d'hystériques et qui peuvent occuper d'aulres régions que celtes que nous avons indiquées. Ainsi, H... dontl'anestbésie est générale, mais plus

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proDODcée à gauche, présente trois zones hystérogènes : le point ovarien, un point lombaire gauche, et un point bregmatique.

Que sont donc ces zones hystérogènes 1 ce sont des régions du corps plus ou moins circonscrites, au niveau desquelles la pression ou le simple frottement détermine, plus ou moins rapidement, le phénomène de laura^ auquel succède quelquefois, si Ton insiste, Tatlaque hystérique. Ces points, ou mieux ces plaques, ont encore la propriété d'être le siège d*unc sensibilité permanante, et, avant Tattaque, d'une exacerbation douloureuse spontanée qui, par suite, constitue une partie de Taura. Ce sont tantôt des battements, tantôt une sensation de brûlure. L'attaque une fois développée, peut être souvent arrêtée au moyen d'une pression énergique exercée sur ces mêmes points. Un fait intéressant et digne de mention, c'est que ces points ne se rencontrent pas sur les membres K Mais on les voit sur la partie antérieure du tronc, au niveau de la ligne médiane (poignée du sternum, appendice xyphoîde) sous la clavicule ijig. 14), au-dessous des seins et dans les régions ovariennes, chez la femme, à la région inguinale chez Thomme ; en arrière [fig. 45), entre les deux épaules, quelquefois à Tangle de Tomoplatc, dans la région lombaire, à droite ou à gauche de la ligne médiane, au coccyx ; chez Thomme, il n'est pas rare de voir le testicule, surtout s'il est le siège d'une anomalie de position ou de développement, représenter une partie de zone hystérogène, ou bien c'est le prépuce dont la sensibilité est exquise, qui jouit de la même propriété. A la tête, nous en trouvons parfois au niveau du bregma, d'un côté ou de Tautre.

1. Depuis que ci^Ue Ie«;on a été faite, M. (îaut>e a publié d'inUTc^santos rechen*ht?s sur les zones hyslfn">Ken«»s. I>t* cell«* élude, entn'prist' sous la direction de M. le professeur IMires, de Honletiux. il r«*suUc qu'il existe «ien zone<« liyslêroKènes sur les niemlires Mi|M*rieurs ou inférieurs, «-l que «•!■?* zones oui les mêmes propriétés que celles que l'on rencontre sur le tn»iie nu «ur Va tête ((iaut>c : Hf^hn^ti'hex *ui' lux zuncs hystéru j*'i*'s^ Tlièfe de IU>pdeaux, l'Isa.) Ch. Y,

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L'étendue de ces zones est très variable, souvent elles ne sont pas plus larges qu'une pièce de cinq francs.

Pourcompléter les préliminaires dont j'avais à vous entretenir, il me resterait à vous rappeler les caractères généraux de la grande attaque hystéro-épileptique ; mais je crois devoir me borner à vous renvoyer à mes précédentes leçon.

Tels sont les phénomènes qui se rencontrent très vulgairement dans la grande forme de l'hystérie chez la fenmie, et sur lesquels je voulais, au préalable, appeler votre attention. Eh bien^ la plus grande partie de ces caractères peuvent se retrouver dans l'hystérie de l'homme. — L'hystérie existe donc chez l'homme?

A cette question de savoir si l'hystérie atteint aussi les individus du sexe masculin, nous devons répondre affirmativement, et nous pouvons de plus ajouter que le fait n*est pas très rare.

Dans une thèse récente, un élève de M. OUivier, M. Klein *, n'a pas réuni moins de 77 cas d'hystérie chez l'homme. La proportion serait, du reste, d'après Briquet, de 1 homme pour 200 femmes. Ce chiffre est, sans doute, un peu exagéré. Quoi qu'il en soit, mon expérience me permet d'affirmer que l'hystérie peut se présenter assez souvent chez l'homme, et qu'on l'y rencontre avec tous les caractères observés d'ordinaire chez la femme.

Je me bornerai à citer, à titre d'exemple, un seul cas : Un garçon de 17 ans, S..., de Moscou, vint me consulter l'année passée. C'est un jeune homme grand et maigre, dans les antécédents duquel il faut relever l'existence d'un oncle « mélancolique I». Pour lui, il est exalté, écrit des vers, aime la musi-

i. Klein. — De Vkystérie chez l*homme, thèse de Paris, 1880.

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que, lit des romans avec avidité ; pas de vice de coDformation des organes génitaux. Depuis quelques mois, il est sujet à des attaques qui reviennent presque tous les jours, à 5 heures du soir. Il offre de plus, à titre de phénomènes permanents, une bémianalgésie à gauche, et, du même côté, un point, hystérogène sterno-costal ; un brusque frottement sur ce point provoque une attaque. Les attaques spontanées sont précédées de tristesse, de battement des tempes, d'une sensation de boule qui va de la région précordiale au larynx. Qu'elles soient spontanées ou provoquées, les attaques sont constituées par une période épileptolde, plus marquée dans une moitié du corps, avec convulsions toniques et cloniques prédominantes à gauche ; il perd connaissance, mais ne se mord pas la langue. Après quoi son corps se place en arc de cercle à convexité abdominale. Dans une troisième phase, il se met à marcher les yeux ouverts, poussant un cri de frayeur (il voit sa mère morte). A la fin de Tattaque, rires, pleurs, hAillements ; il demande à boire, tremble, dit qu'il a froid, etc. En résumé, l*hémianalgésie, Texistence d'un point hystérogène, les caractères de lattaque qui viennent d'être signalés suffisent amplement à établir le diagnostic ; ce n'est pas de l'épilepsie, c*est bien de l'hystérie. Un traitement tonique et l'emploi méthodique de l'hydrothérapie, quelques changements dans l'hygiène intellectuelle suffirent à amener la guérison.

Mais l'hystérie grave ne se rencontre pas seulement chez l'homme et l'adolescent, on la voit encore chez l'enfant, avant la puberté. Des observations bien constatées le prouvent. Il semblerait, d'après M. Klein, que la plus grande fréquence de l'hystérie, chez l'homme, s'observe vers 24 ans ; je crois que le fait mérite confirmation ; suivant mes observations, la maladie serait, chez les jeunes^garçons, plus commune qu'on le croit, vers 42 ou 13 ans ; on peut la rencontrer, vous le savez, dans

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