‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 31 sur 166 · ATROPHIE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

ATROPHIE MUSCULAIRE

L'existence de cette lésion spinale, déjà révélée d'un autre côté par la paralysie des sphincters vésical et anal et par l'asthénie des réflexes génitaux, sera établie plus péremptoirement encore par les résultats de l'examen 'méthodique du membre inférieur droit, dans lequel nous trouvons un affaiblissement marqué des fessiers et de la plupart des muscles de la jambe.

Cette parésie des muscles du c6lé droit comme du côté gauche s'accompagne d'une atrophie qui se traduit par une diminution de volume facilement appréciable, mais surtout frappante du côté gauche.

Il convient maintenant de considérer un instant cette atrophie qui persiste depuis 6 mois. La question à résoudre est celle-ci, et nous allons voir qu'elle intéresse au plus haut point non seulement la théorie, mais encore la pratique : s'agit-il d'une atrophie simple, c'est-à-dire sans altération profonde des fibres, ou, au contraire, s'agit-il d'une atrophie dégénérative, d'une atrophie correspondant à une modification profonde, à une dégénération de l'élément musculaire ? Vous comprenez que le pronostic est lié, jusqu'à un certain point, à la solution de cette question. C'est qu'en efiet l'atrophie simple cède habituellement à l'emploi des moyens appropriés, tandis que, dans l'atrophie dégénérative, le traitement est impuissant. Sommes-nous donc en possession d'un moyen qui nous permette d'établir cliniquement la distinclion? Oui, très certainement et ce moyen consiste dans l'emploi méthodique de l'exploration électrique. Pour être complète, l'exploration électrique doit être faite successivement à l'aide de deux espèces de courants, faradique et galvanique.

Pour ce qui est de l'exploration galvanique (courants continus), je vous remettrai en mémoire que l'un des pôles qu'on appelle indifférent, est appliqué sur la poitrine, tandis que Tau-

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tre, le pôle difTércDt est appliqué sur le nerf ou sur le muscle qu'on veut examiner. Ce pôle différent peut être à volonté le pôle positif (An. Anode) ou le pôle négatif (Ka Kathode). Yotit nUgnorez pas que, dans les conditions normales, les contrietions musculaires se produisent seulement soit à la fermeture (S. Schliessung)y soit à l'ouverture du courant (0. OEffnun§). Or, pour obtenir à Tétat normal une secousse (Z. Zuckung) avec le plus faible courant possible, soit 20 éléments, il faut que le pôle avec lequel on opère soit négatif, Ka, et la secousse se produit alors au moment de la fermeture, ce qui s'explique dans le langage électro-physiologique de la façon suivante : Ka S Z. Pour obtenir avecTautre pôle, le positif, An, une contraction, il faudra augmenter le nombre des éléments et le porter de 10 à 15 par exemple. Ce résultat se traduit ainsi ; KaSZ > AnSZ. Ce rapport fait partie de ce qu'on appelle la formule des réactions normales; et si on trouve, en explorant un muscle, qu'on obtient AnSZ avec un nombre d'éléments qui ne suffit pas pour que KaSZ soit obtenu, ce qui se traduit par AnSZ > KaSZ, on dit qu'il y a inversion de la formule, et celte inversion fait partie de la réaction de dégénéralion ; ou, en d'autres termes, la réaction ainsi obtenue correspond à une altération plus ou moins profonde du tissu musculaire.

Nous allons appliquer dans un instant ces notions h l'étude de l'état trophique des muscles atrophiés chez notre malade ; mais il faut à présent indiquer en quoi consiste, au point de vue de l'électro-diagnostic, l'atrophie simple des musclés et leur atrophie dégénérative.

r Dans l'atrophie simple, l'excitabilité faradique et galvanique est modifiée en moins, c'est-à-dire que, dans les deux cas, il faut un courant plus fort que dans l'état normal pour obtenir une réaction ; mais les résultats sont parallèle)^, il n'y a pas de modification de la formule, KaSZ reste > AnSZ. Ces atrophies simples se voient par exemple à la suite de l'iner-

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lie prolongée, ou encore dans cerlaines affeclions spinales dynaoïiques développées à la suite de certaines lésions articulaires.

2* L'atrophie dégénérative a été étudiée avec soin dans les conditions expérimentales chez les animaux, à la suite de seclions de nerfs. Des expériences de Erb et de Ziemssen découle, en résumé, que Tabsence de réaction faradique, la réaction galvanique persistant mais modifiée en plus, indique un état sérieux, mais avec régénération possible ; qu^au contraire Tabsence de réaction faradique et galvanique montre un état des plus graves, une modification dégénérative du nerf ou du muscle, à peu près certainement irréparable.

Or, Messieurs, en pathologie humaine, ces modifications profondes des réactions électriques correspondant à un état grave de la nutrition des muscles se voient dans les affections des nerfs périphériques (sections, lésions traumaliques, etc.) ; mais aussi dans les maladies spinales, lorsque la lésion est localisée de telle façon que les éléments ganglionnaires, les cellules dites motrices, sont profondément altérés ou détruits; unsi, par exemple, dans la paralysie infantile après la période de réparation, ou encore dans les myélites centrales diffuses.

Appliquons maintenant ces données au cas de notre homme. L'examen des divers muscles affectés fonctionnellement et trophiquement a donné chez lui les résultats suivants:

1* Le nerf crural est faradiquement et galvaniquement excitable des deux côtés. Les muscles adducteurs et triceps fémoral répondent aussi normalement aux deux excitations.

2^ Dans le domaine du plexus sacré, nous trouvons à droite des réactions normales, k gauche, le muscle moyen fessier est inexcitable faradiquement ; ce qui revient à dire que le

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