‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 39 sur 166 · D'Ueiliy et Chante messe. — Progrès médical · texte numérisé non relu

D'Ueiliy et Chante messe. — Progrès médical

nous rindiquons seulement comme vraisemblable, dans Télat actuel de la science, sur ce sujet.

Cette localisation, d'ailleurs, pourra nous rendre compte jusqu'à un certain point peut-être de l'existence d'un phénomène qui joue un rôle important dans l'histoire clinique de notre cas ; je veux parler du phénomène de l'hémianopsie, dont nous avons eu grand soin de relever Texistence. Il s'agit là, vous le savez, d'une hémianopsie homonyme latérale droite. Sans entrer pour le moment dans une discussion en règle, relative à la question de l'hémianopsie cérébrale qui, pour être convenablement traitée, exigerait de longs développements, je me bornerai, pour aujourd'hui, à relever qu'il existe un certain nombre d'observations, 7 ou 8 peut-être, suivies d'autopsie, qui semblent établir péremptoirement que le phénomène de l'hémianopsie latérale peut être la conséquence delà lésion de certaines parties de l'écorce cérébrale '. Or, il semble résulter aussi de ces observations que, presque constamment dans l'hémianopsie de cause cérébrale d'origine corticale, la lésion occupe à peu près la même région que celle que nous indiquions tout à l'heure, comme étant le siège des altérations dont relèverait la cécité des mots. Vous remarquerez que nous faisons abstraction, dans cet exposé, des données de l'expérimentation faite sur les animaux, relativement à la sphère visuelle, parce qu'il n'existe pour le moment que contradiction parmi les auteurs qui se sont occupés de la sphère visuelle, chez les animaux, voire même chez le singe, il nous faudrait encore faire la preuve, et déterminer si ces résultats sont véritablement applicables à l'homme. Quoi qu'il en soit, les données fournies relativement à l'hémianopsie cérébrale, chez l'homme, pourraient servir à nous faire comprendre comment, dans notre cas, il y a coïncidence de l'hémianopsie latérale et

1. Ch. Féré. — Contribution à l'étude des troubles fonctionnels de la vision par lésions cérébrales \amblyopie croisée et hémianopsie)^ 1882.

17i SI'IIÈHE VISUELLE

<le la cécité verbale. La mëine interprétation pourrait être appliquée au cas de M. Wesiplial. Mais vous saisissez immédiate*

ment la difficulté qui ae présente : si la cécité verbale et l'in^mianopsie cérébrale reconnaissent le même siège dm le

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cerveau, c'est-à-dire la région du lobule pariétal inférieur, les deux phénomènes cliniques devr^ent à peu près toujours se montrer associés. Or, cela ne semble pas être ; car on peut citer des exemples d'hémianopsie cérébrale, sans cécité verbale et de cécité verbale sans hémianopsie.

Il est à remarquer, cependant, que le phénomène de Thémianopsie, dans le cas où il n'est pas aussi accentué que chez noire malade, dans les cas, par exemple, où la ligne qui limite le défaut visuel s'éloigne plus ou moins du point de fixation^ peut parfaitement passer inaperçu, s'il n'est pas recherché régulièrement. Des observations ultérieures permettront seules de juger la valeur de cette supposition. Le lobule pariéta inférieur est, d'ailleurs, assez étendu pour que les deux ordres de lésions puissent y trouver leur place, sans se superposer nécessairement.

Je ferai remarquer en passant que, chez notre malade, soit spontanément, soit sous l'influence du traitement, l'hémianopsie s'est très remarquablement modifiée, à mesure que ce sont amendés les symptômes de la cécité verbale. A l'origine, Fhémianopsie ne diSérait en rien de l'hémianopsie classique, telle qu'elle résulte d'une lésion d'une bandelette optique, puisque la ligne de démarcation passait exactement par le point de fixation {Fig. 23). Aujourd'hui, il n'en est plus de même : la limite du défaut semble s'éloigner progressivement du point de fixation et l'étendue du champ visuel augmente peu à peu(Ft^. 23, 24 et 25). Un amendement de ce genre est un fait rare, exceptionnel dans l'hémianopsie qui dépend d'une lésion de la bandelette ; il pourrait bien être un des caractères cliniques de l'hémianopsie de cause cérébrale.

Pour en finir, il me reste encore à rechercher avec vous en

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quoi consiste raltération qui détermine chez notre malade Thémianopsie et la cécité verbale, et par quel mécanisme elle s'est développée. Là encore, nous ne trouverons à vous présenter que des hypothèses plus ou moins vraisemblables ; mais il faut bien reconnaître que, trop souvent encore aujourd'hui, c'est à cela que nous en sommes réduits, en fait de physiologie pathologique cérébrale.

Je n'ai pas besoin de vous rappeler que l'artère sylvienne, que je n'hésite pas à mettre en cause, fournit des branches à la fois à la circonvolution de Broca, siège de la lésion de l'aphasie, et aux régions où semblent devoir être localisées et la cécité verbale et l'hémianopsie. La lésion de ses branches artérielles est le fait primitif qui a eu pour conséquence une altération plus ou moins prononcée du tissu cérébral. Mais, en quoi consiste la lésion vasculaire, spasme, thrombose, embolie? Cela, bien entendu, ne peut être exactement déterminé. L*existence de migraines fréquentes et intenses pourrait peutêtre permettre d'accuser, conformément à la théorie de Latham, l'existence antérieure de spasmes vasculaires répétés dans le domaine de la sylvienne, à titre de cause prédisposante. Il semble, en effet, que la répétition du spasme vasculaire ait pour conséquence, dans certains cas, d'amener, à la longue, dans les parois des vaisseaux, des modifications profondes, puisque, dans la migraine ophthalmique, tout au moins, nous voyons, soit l'hémianopsie, soit l'aphasie, d'abord transitoires, s'établir quelquefois à litre de symptômes plus ou moins permanents. Mais nous ne sommes pas parvenus à établir que la migraine dont notre malade a souCTert ait été véritablement une migraine ophthalmique. L*hypothèse de la thrombose consécutive à l'artérite ou celle de l'embolie ne peuvent être accueillies elles-mêmes qu'avec réserve, la première en raison de r&ge du sujet, la seconde par ce fait qu'il n'existe aucune trace d'une affection organique du cœur.

CÉCITÉ VEHBALE 477

Je me bornerai donc aux remarques suivantes : il est proba-, ble qu'à Tori^îne le Ironc de la sylvienne a été obliléré. Alnsil s'expliquera qu'au début le malade a été aphasique, amnési-j que, et en outre paralysé des deux membres du cô'.é droit.! Mais, dans le domaine des trois premières branches, la circulation s'est rétablie, et c'est ainsi que Thémiplégie et l'aphasie môme ont disparu. Au contraire, l'ischémie a persisté, dans le' domaine de l'artère pariétale, et, en conséquence, le tissu nerveux a subi dans cette région des altérations plus ou moins, profonde^^, auxquelles se rattachent Thémianopsie et la cécité verbale établies h Tétat permanent, depuis près de six mois. Toutefois la lésion, quelle quelle soit d'ailleurs, n'est pas absolument indélébile, puisque nous avons vu que, sous l'influence d'un traitement très simple, la fonction lésée tend\ chaque jour à se rétablir. Si cet amendement continue à progresser, ce que nous avons tout lieu d'espérer, nous n*aurons qu'à en féliciter le malade, car, à en juger d'après l'histoire des cas publiés jusqu'ici, la cécité verbale une fois établie ne rétrograde guère et reste le plus souvent à Télat d'inflrmité ' indélébile.

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