‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 45 sur 166 · Voir p. 152, note · texte numérisé non relu

Voir p. 152, note

190 AMNÉSIES VERBALE, AUDITITB, MOTRICE

en effet, est un eomplexus , on peuty reconnattre, chez les individus éduqués, au moins quatre éléments fondamentaux qui sont: rimage commémorative auditive, Timage visuelle et enfin deux éléments moteurs, c'est-à-dire appartenant à la catégorie du sens musculaire, à savoir: Y image motrice^ d'articulation et Vimage motrice graphique ; la première, développée par la répétition des mouvements de la langue et des lèvres nécessaires pour prononcer le mot ; la seconde, par la répétition des mouvements de la main et des doigts nécessaires pour l'écrire. Il convient de remarquer, d'un autre côté, que l'amnésie verbale soit auditive, soit visuelle, représente en quelque sorte les premiers degrés d'affections qui, lorsqu'elles sont portées au plus haut point, constituent l'une la surdité, l'autre la cécité verbales. Ainsi, quand, l'idée étant présente, on ne peut évoquer soit l'image auditive, soit Timage visuelle du mol qui doil la caractériser, on dira qu'il y a amnésie verbale auditive dans le premier cas, amnésie verbale visuelle dans le second; mais quand les mots qu'on voit écrits ou qui résonnent à l'oreille ne sont pas reconnus, on dit qu'il y a ici surdité, là, cécité verbale. On pourrait, suivant le même principe, dire qu'il y a amnésie motrice verbale — celle-ci se montrant d^ailleurs plus ou moins accentuée, suivant les cas — lorsque les images motrices, soit d'articulation, soit graphiques, seront en défaut. Il ne faut pas oublier, enûn, qu'en ce qui concerne le mécanisme du rappel du mot, il paraît exister des variétés individuelles assez tranchées ; les uns — et c'est peut-être le plus grand nombre, — lorsqu'il s'agit de traduire l'idée par le signe correspondant, évoquent exclusivement l'élément auditif, d'autres Télément visuel, d'autres enfin ont recours directement à Tun ou à l'autre des éléments moteurs.

I. Image molrice: Bewegungsbilder dans la nomenclature de M. Kussmaul.

SUPPRESSION DE LA VISION INTÉRIEURE DES SIGNES i9i

Ces trois grands types n'excluent pas, d'ailleurs, les formes mixtes de transition.

Si, pour plus de commodité, on voulait consentir à désigner sommairement sous les noms de visuels^ auditifs^ moteurs^ les représentants de chacun de ces grands types, notre malade, M. X..., sérail, par excellence, un visuel. D'après cela, on pourrait supposer que la suppression, ou l'obnubilalion tout au moins, de la vision intérieure du signe, devra, chez lui, entraîner nécessairement avec elle de graves désordres dans l'expression par le langage. Mais c'est ici qu'intervient ce phénomène de la « suppléance », dont il a été question plus haut. Grâce à la persistance des éléments auditifs et moteurs du mot, la compensation s'est établie au point que, chez M. X..., le déchet ne se traduit en réalité que par des nuances délicates à peine sensibles et que le fonctionnement du langage s'opère^ en somme, à peu près comme dans les conditions normales. Au contraire, l'absence de l'élément visuel, dans la constitution de l'idée, paraît être un dommage désormais difficilement réparable.

Quoiqu'il en soit, on ne saurait méconnaître que la suppression possible et réalisée aujourd'hui dans de nombreux exemples de tout un groupe de souvenirs, de toute une catégorie d'images commémoratives, sans participation des autres groupes, des autres catégories, est un fait capital en pathologie aussi bien qu'en physiologie cérébrale ; il conduit nécessairement à admettre que ces groupes divers de souvenirs ont leur siège dans certaines régions déterminées de l'encéphale, et il s'ajoute aux preuves qui établissent d'autre part que les hémisphères du cerveau consistent en un certain nombre d'organes différenciés, dont chacun possède une fonction propre, tout en restant dans la connexion la plus intime avec les autres. Cette dernière proposition est, d'ailleurs, aujourd'hui gé-

Page 1