‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 57 sur 166 · DISPARITION DES GRISES · texte numérisé non relu

DISPARITION DES GRISES

veuses non qualifiées comme aliénation mentale, et de Thystérie ou encore de la neurasthénie en particulier.

Ce que je viens de dire, en effet, à propos de Tanorexie nerveuse, je pourrais le répéter à propos de la plupart des formes de la névrose hystérique. Mais, il me suffira, pour le moment, d'avoir éveillé votre attention sur celte influence curatrice de l'isolement; c'est un sujel sur lequel j'aurai, d'ailleurs, l'occasion de revenir bien des fois, sans doute, dans le cours de cet enseignement ; j'en parle chaque année, depuis tantôt quinze ans, et plusieurs des leçons que je lui ai consacrées ont été publiées. La méthode a du reste fait son chemin, car je vois qu'en Allemagne, en particulier, de même, du reste, qu'en Angleterre et en Amérique, son efficacité commence à être hautement proclamée. Aussi réclamerai-je pour nous l'antôriorilé car, si je ne me trompe, elle nous appartient légitimement, tout au moins en ce qui concerne le traitement de rhystérie et des affections connexes. C'est, en somme, l'isolement qui représente l'élément capital dans la méthode qu'ont préconisée depuis quelques années MM. Weir Milchell, en Amérique, Playfair, en Angleterre, Burkart', en Allemagne, dans le traitement de la neurasthénie et de certaines formes de l'hystérie •.

i, R. Burkart. — Zur BehaniHung schwei'er Formen von Hystérie und Neurasthénie, {VolkmanrVs Sammluntjy 8 octobre 1884.)

2. L'isolement des hystériques est depuis longtemps considéré comme la partie principale de leur traitement. Nous n'en voulons pour preuve que la citation suivante empruntée à Jean Wier (i564). • Au reste, s'il y a plusieurs ensorceliez ou démoniaques en un lieu comme ordinairement nous voyons cela à venir es monastères, principalement de fllles (comme estans les commodes organes des tromperies de Satan) il faut auant toute chose, qu'elles soyent séparées, et que chacune d'elles soit enuoyee vers ses parens ou alliez : afln que plus commodément elles puissent estre instruites et gué« ries, ayant toutefois esgard au moyen selon la nécessité de chacune : à ce qu'on ne les chausse toutes & une mesme forme, comme on dit communément. • (Jean Wier. — Histoires^ disputes et discours dfS ittuêions tf impoi» tares des diaUes^ etc., II, p. 173-174 ; édition Bourneville, Paris, 1885.)

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Hais, je m'aperçois qu*il est temps d'en venir à nos jeunes malades ; je voudrais vous montrer ce qu'est devenue leur affeclion depuis six semaines, époque & laquelle a été institué le traitement dans lequel Tisolement a joué, h mon avis, le rôle capital. D'une manière générale, l'amélioration s'est produite simultanément chez tous les trois, en commençant par les garçons, ainsi que je Tavais annoncé.

Le plus jeune, François, peut être considéré comme guéri ; il n'a pas eu de crises depuis quinze jours, et hier il est allé souhaiter la fêle à son père ; il est sorti triomphant de cette épreuve. Il n'en est pas tout à fait de môme du frère atné, de Jacques, qui, du reste, a élé pris le dernier. Les grandes crises ont chez lui complètement disparu ; cependant, elles ont été remplacées par de petits vertiges assez analogues par la foune aux vertiges épileptiques qui toutefois sont devenus très rares depuis quinze jours ; néanmoins, chez son père, où il accompagnait son frère cadet, il a présenté un de ces petits vertiges que j'ai l'habitude de désigner sous le nom de petit mal hystérique.

La jeune fille n'a pas pris part à celte petite expédition, elle est restée à la Salpètrière, car nous sommes beaucoup moins sûr d'elle que de ses frères ; elle n'est, du reste, pas guérie, bien que de jour en jour ses crises diminuent de fréquence, de longueur et d'intensité. Les choses eussent été certainement beaucoup plus vite si, dans la salle qu'elle occupe, elle n'était pas en constante promiscuité avec les grandes hystériques dont elle voit journellement les attaques. Mais, nous n'avons pu faire mieux, n'ayant pas de salle d'isolement h notre disposition. Quoi qu'il en soit, la situation s'est très améliorée, car, fait décisif, les enfants ont pu se trouver plusieurs fois réunis

tous les Irois dans la salle d'électrolhérapie» sans qu'une crise «'en soit suivie.

Je vais d'ailleurs vous les présenter, les garçons d'abord, la fillette ensuite car, comme je vous l'ai dit, je ne suis pas très sûr d'elle et je crains que la vue de l'assemblée ne la trouble au point de provoquer quelques accidents. Donc, sur les garçons d'abord, et ensuite chez la jeune fille, je vous ferai reconnaître que les stigmates hystériques, comme nous les appelons, se sont modifiés de même que les crises spasmodiques ou délirantes; c'est là un fait important, car je ne crois pas qu'on puisse considérer une hystérique comme guérie, tant que les stigmates persistent encore. Voici d abprd le petit François, ^gé de ii ans: c'est chez lui que la guérison est la plus avancée. Vous remarquerez d'abord qu'il a bien meilleure mine qu'autrefois, la médication tonique et le régime de l'hôpital qui n'est cependant pas idéal, lui ont profité, sous ce rapport. Quant aux stigmates, je vous rappellerai qu'ils consistaient chez lui en une anesthésie générale limitée à la face et surtout au front, sous forme d'un masque. Il ne sentait plus les odeurs et sa muqueuse nasale n'était pas plus influencée par les parfums que par l'ammoniaque ou l'acide acétique ; l'ouïe était obnubilée et on pouvait introduire dans le conduit auditif externe des petits cornets de papier, sans que la sensibilité en fût influencée. La sensibilité générale de la langue, de môme que le goût, étaient complètement abolis : on pouvait impu* nément mettre sur la langue du sujet du sulfate de quinine ou de l'aloès, sans qu'il y en eût la moindre perception.

A ce propos, il y a environ une quinzaine de jours, je prér sentai ce petit malade k mon éminent confrère de Londres, H. le D' Russel Reynolds, de passage k Paris, me proposant de lui faire constater ces troubles de la gustation. Je vous avoue que je fus très agréablement surpris en voyant le petit bonhomme retirer la langue, en faisant une grimace épouvanta-

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ble; cela m^indîquait que noire mélhode de traitement avait porté ses fruits et que le malade était en voie de guérison. Celle-ci, du reste, en ce qui concerne le goût, ne s*est pas démentie, ainsi que vous allez pouvoir en juger par vousmêmes.

La vision, vous le savez, présentait également chez cet enbnt des troubles tout à fait spéciaux qui, s'il est vrai qu'ils n'appartiennent pas en propre à Thystérie, s'y rencontrent si fréquemment, qu'on peut leur attacher une grande importance diagnostique. Le rétrécissement du champ visuel élalt très accentué des deux côtés : mais, alors qu'à droite il n'existait pas de transposition des couleurs, non seulement à gauche, le cercle du rouge était en dehors du cercle du bleu, mais encore il dépassait celui de la lumière blanche. Un nouvel examen campimétrique, pratiqué, il y a dix jours, par M. Parinaud, nous a montré que tous ces troubles s'étaient évanouis, et que la vision était redevenue normale.

Je vous ai déjà dit que les crises avaient complètement disparu : laissez-moi vous rappeler qu'elles avaient été nombreuses, puisqu'il y en avait en moyenne trois par jour, ce qui donne un total de 20 à 25 crises par semaine.

Je vous présente maintenant le petit Jacques^ Tatné des garçons, âgé de 12 ans, qui avait été pris le dernier, moins sérieusement, du reste, que son frère, et ne portait point de stigmates hystériques permanents. Chez lui, le petit mal hystérique l'emportait de beaucoup sur le grand mal; néanmoins, il avait eu 15 attaques en 7 jours. Depuis 15 jours, il n'a présenté que deux vertiges : et encore l'un d'eux s'est-il montré, hier, dans les circonstances que vous connaissez. A ce propos, je relèverai une fois de plus qu'il s'agit là d'une imitation du Tertige ou petit mal épileptique, et rien de plus. L'épilepsie n'est que dans la forme, non dans le fond, et en somme, le

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petit mal épileptique et le petit mal hystérique sont deux choses radîcnlemeni, foncièrement distinctes*. Vous remarquerez en oulre, que si Tétat général de l'enfant est devenu meilleur, il laisse néanmoins encore à désirer, sous de nombreux rapports.

Voici maintenant Julie^ la petite fille, Taîriée des trois: il me semble qu'elle a grandi, depuis un mois, qu'elle s'est développée ; dans tous les cas, son état général est devenu plus satisfaisant. Pour ce qui est de l'hystérie, rappelez-vous qu'elle avait en moyenne tous les jours, de 4 ou 5 attaques ou séries d'attaques qui duraient de une demi heure à une heure et demie. Depuis 15 jours, les attaques ne se montrent plus que deux ou trois fois par semaine ; elles sont moins violentes et durent à peine un quart d'heure. Vous savez qu'il existait chez elle des points hystérogènes très bien caractérisés, parallèlement situés sur les deux seins, les deux flancs à la partie externe, les deux mollets, les deux malléoles externes et la partie interne de l'articulation du coude droit. Les zones des deux seins, des mollets et du coude droit ont disparu : il n'existe toujours pasd'ovarie, mais, en revanche, on constate quelques plaques d'anesthésie irrégulièrement disséminées à gauche. L'amblyopie hystérique, qui, chez elle, était très accentuée, n'existe plus, depuis 10 jours: enfin, je vous ai déjà dit qu'elle pouvait impunément rencontrer ses frères, sans prendre d'attaque.

Telle est la situation, et il y a tout lieu d'espérer que bienlôt finira ce petit drame ou mieux encore cette petite comédie de famille, car il n'y a rien de bien sombre dans tous ces

l.Voir sur ce snjct : !»BourneviIIe cl Regnard, Iconogr.photogr.de la Sal' pétnére, t. I, p. 49 et t. II, p. 202; — Bournevillc, Recherches clin, et thérap. sur CépilepsiCy Vhystérie, etc. Compte rendu du service des enfants de Bicétre pour 1883, p. KO.

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événemenls. Dans une dizaine de jours, nous rendrons aux parents Tatné des garçons, car le plus jeune partira aujourd'hui même et la fillette nous quittera un peu plus tard ^

Je vous donne à méditer renseignement que porte avec elle lliistoire de ces enfants : je crois qu*à Taide des moyens que je vous ai exposés, on peut quelquefois parvenir à élouOer dans Tœuf, surtout chez les mâles, Thystérie naissante, Thystérie infantile. Je ne parle, en ce moment, que de celle-ci ; car, lorsque cette névrose est invétérée chez les adultes, les chances de succès sont, bien que grandes encore, beaucoup plus problématiques. Pour ce qui est de nos enfants, je crois que, malgré la prédisposition nerveuse qui, chez eux, semble si accentuée, les voilà désormais à Tabri pour longtemps, sinon pour toujours, des manifestations hystériques. Les parents, éclairés par Texpérience, s'éloigneront désormais des pratiques du spiritisme. Connaissant le point faible de leurs enfants, ils s'efforceront, je Tespëre, à Taide d*une hygiène, tant physique que morale et intellectuelle, d'éviter le retour de semblables accidents.

1. Le plus jeune des garçons est aujourd'hui complètement guéri ; depuis plus de 15 jours, la jeune fille n'a eu qu*une attaque très légère, et pendant 4iiie visite des parents à la Salpétrière.

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