IMPORTANCE DE L*ISOLEMENT
pîque de la Salpôtrière n'étant pas encore complètement amé- v,^i ^ ' '^* nagé. Nous ne fondions aucune espérance sur l'emploi des n.> ^ bromuresy Texpérience nous ayant depuis longtemps démon* , tré que celte classe de médicaments, qui agit à peu près toujours, à un certain degré du moins, dans l'épilepsie, restait complètement inefficace, non seulement dans Thystérie, mais encore dans cette forme d'hystérie qui semble se rapprocher le plus de l'épilepsie, à savoir l'hystérie à forme épileptique ou hystéro-épilepsie. Je ne parlerai pas de Topium à haute dose, pas plus que des autres antispasmodiques, dont je ne condamne certainement pas l'emploi, mais qui me semblaient devoir totalement échouer en pareille circonstance.
Mais, Messieurs, je dois vous avouer que, si j'étais résolu ^ à mettre en œuvre tous les agents thérapeutiques proprement dits, je complais surtout sur Yisolement, c'est-à-dire sur le traitement moral, bien que celui-ci dût être forcément incomplet. En effet, il était possible que les enfants se rencontrassent dans l'hospice môme — ce qui est souvent arrivé ; — de plus, les deux frères logeaient dans la même salle, et ainsi que leur sœur ils pouvaient, dans les dortoirs communs, avoir sous les yeux, et, à différentes reprises, des manifestations de l'hyslérie convulsive. Mais, nous n'avions pas le choix, et, à mon avis, il valait mieux pour eux vivre dans ces conditions que de rester dans la maison paternelle, en contact perpétuel avec le père et la mère, et entre eux dans des relations de tous les instants.
Je ne saurais trop insister devant vous sur l'importance capitale que j'attache à l'isolement dans le traitement de l'hystérie, où, sans contestation possible, l'élément psychique
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joue dans la plupart des cas un rôle considérable, quand il n'esl pas prédominant. II y a près de quinze ans que je suis fermement altaché à cette doctrine, et, tout ce que jVi vu depuis quinze ans, tout ce que je vois journellement, nefait que me confirmer de plus en plus dans mon opinion. Oui, il faut séparer les enfants, les adultes, de leur père et de leur mère dont rinfluence, l'expérience Je démontre, est particulièrement pernicieuse. L'expérience, je le répèle, le démontre absolu- /^^ j ment, bien que la raison n'en soit pas toujours facile à donner, surtout aux mères qui ne veulent rien entendre et ne cèdent en général qu'à la dernière extrémité.
Dans la clientèle de ville, l'isolement, tel que je le comprends, se pratique journellement, pour des cas de ce genre, dans d'excellentes conditions. A Paris, depuis une quinzaine .^ ' d'années, les maisons de santé hydrothérapiques soignent de tels malades avec un plein succès, disposées qu'elles sont à cet effet. En province, l'isolement est plus difficile à effectuer, - V car les établissements convenablement aménagés manquent le plus souvent : on peut, à la vérité, créer des maisons de santé artificielles, mais vous comprenez que l'installation y est souvent et forcément défectueuse.
Les malades sont placés sous la direction de personnes compétentes et expérimentées : ce sont habituellement des religieuses devenues par une longue pratique généralement très expertes dans le maniement de ce genre de malades Une main bienveillante mais ferme, beaucoup de calme et de patience sont ici des conditions indispensables. Les parents sont systématiquement éloignés jusqu'au jour où, une notable amélioration s'étant montrée, on permet aux malades, à titre de récompense, de les voir, d'abord à intervalles éloignés, puis de plus en plus rapprochés, à mesure que la guérison s*accentue. Le temps et l'hydrothérapie, sans compter la médication intérieure, font le reste. Pour ma part, j'ai l'intime con-
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vîctîon que l'hyslérie naissante, surlout chez les sujets jeunes, et particulièrement chez les mâles, pourrait être souvent étouffée dans Tœuf, s'il était possible de persuader aux pa-,. rents de prendre dès l'origine des mesures énergiques et de^ ne pas attendre que le mal prenne racine et se développe; ^ pour avoir été longtemps abandonné à lui-même.
Afin de rendre palpable celte influence si remarquable de l'isolement dans le traitement de l'hystérie chez les jeunes sujets, y compris les jeunes filles nubiles, je pourrais vous citer nombre de cas où elle s'est montrée des plus efficaces. Mais, ne pouvant entrer dans de longs détails, je me bornerai à Tanecdote suivante, à mon avis, très caractéristique.
Il s'agissait d'une jeune fille d'Angoulôme, de treize ou quatorze ans, qui avait considérablement grandi, depuis cinq ou six mois et qui, depuis ce momenl, refusait systématiquement toute nourriture, bien qu'il n'existât chez elle aucun trouble de déglutition, aucun désordre gastrique. C^étaitlà un| de ces cas qui confinent à l'hystérie, mais qui ne lui apparlien-i nent pas toujours en propre, et qui ont été si admirablement \ décrits par Lasègue, en France, et par W. Gull, en Angleterre, sous le nom A'anorexie nerveuse ou d^ anorexie hystérique. Les' malades ne mangent pas; elles ne veulent pas, elles ne peuvent pas manger, bien qu'il n'y ait aucun obstacle mécanique au passage des aliments, aucun obstacle à leur séjour ^ dans l'estomac lorsqu'ils ont été ingérés. Quelquefois, elles s'alimentent en cachette, mais non toujours comme on l'a supposé, et, bien que les parents eux-mêmes favorisent cette supercherie en déposant des aliments autrefois préférés, de façon à ce qu'ils puissent être dérobés à leur insu, l'alimënta-
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lion resle toujours insuffisante. On attend des semaines, des mois, espérant toujours que le désir des aliments va reparaître. Les prières, les supplications, la violence ne peuvent triompher de cette résistance. Alors, Tamaigrissement ne tarde pas & survenir : il atteint des proportions véritablement extravagantes : les malades ne sont plus, sans amplification, que des squelettes vivants. Et de quelle vie! la torpeur cérébrale a succédé à Tagitalion factice du début ; depuis longtemps, la marche et la station debout sont devenues impossibles ; les malades sont confinées au lit, où elles peuvent à peine se mouvoir : les muscles du cou sont paralysés, la tête roule comme une masse inerte sur Toreiller ; les extrémités sont froides, cyanosées; on se demande comment la vie peut persister au milieu d'un pareil délabrement.
Depuis longtemps déjà les parents se sont alarmés, mais lalarme est au plus haut degré lorsque les choses en sont venues à ce point ; elle est, du reste, bien justifiée, car latermi- ^^^^4 ...'> naison fatale est là menaçante, et je connais pour ma part au moins quatre cas où elle est survenue.
Telle était à peu près la situation chez la petite malade d'Angoulême lorsque je reçus une lettre du père me dépei- ^ant cet état lamentable et me priant de venir voir son enfant. « Un déplacement est inutile, lui répondis-je, je puis, sans voir la malade, vous donner le conseil approprié : conduisez Tenfant à Paris, placez-la dans tel ou tel de nos établissements hydrothérapiques, abandonnez-la, ou tout au moins, faites en sorte qu'elle croie que vous avez quitté la capitale, prévenez-moi et je me charge du reste. » Ma lettre resta sans réponse.
Six semaines plus tard, je voyais, un matin, arriver chez moi, tout effaré, un confrère d*Angouléme, qui m'apprenait que la petite malade, dont il avait été le médecin, était à Pa-
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ris, installée dans Tun des établissements que j'avais désignés; qu'elle allait, du reste, de mal en pis et que très probable- :>-^^'i ment elle n'ayait plus que quelques jours à vivre. Je lui demandai pourquoi je n'avais pas été prévenu de l'arrivée de la jeune fille. Il me fut répondu que les parents avaient évité de \q faire parce qu'ils étaient résolus à ne pas se séparer de leur enfant. A mon tour, je fis observer que l'élément principal, la condition sine qua non de ma prescription ayant été naécon- ^^v^.^, [ nue, je déclinais toute responsabilité dans cette malheureuse affaire. Cependant, à sa prière, je me rendis à l'établissement hydrothérapique en question, et là, je pus voir un spectacle lamentable : celui d'une grande fillette de 14 ans arrivée au dernier degré de l'étisie et du marasme, dans le déçubilus c*'^-^-- \ dorsal, la voix éteinte, les extrémités froides et violacées, la t i%-^.. tète tombante, reproduisant, en un mot, dans ses traits les plus chargés, le tableau que je viens de vous esquisser. Il y avait véritablement de quoi être inquiet, très inquiet.
Je pris les parents à part et, après leur avoir adressé une rude remontrance, je leur dis qu'il ne nous restait, à mon avis, qu'une seule chance de succès ; c'était qu'ils s'éloignassent ou parussent s'éloigner au plus vite, ce qui revenait au môme. Us diraient à leur enfant qu'ils étaient obligés pour une cause quelconque de repartir immédiatement pour Angoulème; ils m'accuseraient moi, le médecin, de leur départ; peu înipbrtait d'ailleurs pourvu que la jeune fille fût persuadée qu'ils étaient partis; et cela, immédiatement.
Leur consentement fut difficile à obtenir, malgré toutes mes remontrances. Le père surtout ne pouvait pas comprendre qu'un médecin pût exiger qu'un père s'éloign&t de son enfant au moment du danger. La mère en disait autant. Hais la! conviction m'animait, je fus peut-être éloquent, car la mère - ^ céda d'abord et le père la suivit en maugréant et n'ayant, je crois, qu'une faible confiance dans le succès.
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Sflt l'niOniTË DE LA HÉTaODB
L'isolement 6!:iil conslitiié : ses résullals furent rapides et merveilleux. L'enfant, resiée seule avec la religieuse qui lui servait de garde et le médecin de la maison, pleura un peu, une heure au plus, et se désola beaucoup moius qu'on aurait pu le supposer. Le soir, même, malgré sa répugnance, elle consentit à prendre la moitié d'un petit biscuit Trempé dans du vin. Les jours suivants, elle prît un peu de lail, de vin, de bouillon, un peu de viande : l'alimenlalion se faisait, progressive, maislenle.
Au bout de IS jour^, elle était relativement sufGsnnte : les forces revenaient avec l'embonpoint, si bien, qu'au bout d'un mois, je vis la jeune fille assise sur un fauteuil et capable de détacher sa tète de l'oreiller. Elle put marcher un peu : on Gt alors intervenir l'hydrothérapie, et, après deux mois, & dater du début du traitement, elle pouvait être considérée comme presque complêtcmentguérie : les forces, l'appélit, l'embonpoint ne laissaient plus grand'chose à désirer. - -1.'- ■ ■ ~- ^
Ce fut alors que la Ollelle, interrogée par moi, me fit la confidence que voici : « Tant que papa el maman ne m'ont pas quittée, en d'autres termes, tant que vous n'avez pas Iriomk phé — car je savais que vous vouliez me ^ire enfermer, — j'ai cru que ma maladie n'était pas sérieuse, et, comme j'avais horreur de manger, je ne mangeai pas. Quand j'ai vu que vous étiez te matlre, j'ai eu petir, et, malgré ma répugnance, j'ai essayé de manger et cela est venu ciai l'enfant de sa confidence qui, coi contenait tout un enseignement.
Je pourrais facilement multiplier bien mettre en lumière l'influence bien entendu, dans le traitement de