ATTAQUES
lempes. A ce moment, le malade perd connaissance et Vatlaque proprement dite commence. Elle est divisée en quatre périodes bien nettes et bien séparées. Dans la première, le malade esquisse quelques convulsions épileptiformes. Puis vient la période des grands mouvements de salutation, d'une violence extrême, interrompus de temps en temps par un arc de cercle absolument caractéristique, se dessinant tantôt en avant (emprosthotonos), tantôt en arrière (opisthotonos), les pieds et la tête touchant alors seuls le lit et le corps faisant le pont. Pendant ce temp?, le malade pousse des cris sauvages. Puis vient la 3* période dite des attitudes passionnelles, pendant laquelle il prononce des paroles et pousse des cris en rapport avec le délire sombre et les visions terrifiantes qui le poursuivent. Tantôt c*est la forêt, les loups, des animaux affreux ; tantôt c'est la cave, Tescalier, le tonneau qui roule. Il reprend enfin connaissance, reconnaît les personnes qui l'entourent et les nomme ; mais le délire et les hallucinations persistent cependant pendant quelque temps encore ; il cherche autour de lui et sous son lit les bétes noires qui le menacent; il examine ses bras pensant y trouver les traces des morsures d'animaux, qu'il croit avoir senties. Puis il revient à lui, l'attaque est terminée, mais pour reprendre, le plus souvent, quelques instants plus tard, jusqu'à ce que, après trois ou quatre attaques successives, le malade ait retrouvé enfin complètement l'état normal. Jamais, pendant le cours de ces crises, il ne s'est mordu la langue, jamais il n'a uriné dans son lit.
Depuis près d'un an, R... est soumis au traitement par Télectrisation statique qui, dans les cas de ce genre, nous donne, vous le savez, souvent de bons résultats; nous lui avons prescrit, en même temps, tous les toniques, tous les reconstituants imaginables. Et cependant, les phénomènes que nous venons de décrire, stigmates permanents et attaques persistent tels quels, sans changements appréciables ; ils ne semblent pas, en somme, bien qu'ils aient déjà près de 3 ans d'existence, devoir se modifier de si tôt. Il s'agit cependant bien là, vous en conviendrez tous, d'un cas d'hystéro-épilepsie à crises mixtes (hystérie épileptiforme), aussi nettement caractérisé que possible ; et il est bien clair que la
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stabilité des stigmates, sur laquelle nous avons suffisamment insisté ne saurait, entre autres, arrêter un instant notre dia* gnostic.
Pour en finir avec ce cas, si parfaitement typique, j'y relèverai encore quelques particularités que l'analyse clinique vous a fait reconnaître.
En premier lieu, je signalerai particulièrement l'hérédité nerveuse si fortement accentuée dans sa famille : hystérie chez le père, très vraisemblablement pour le moins ; grand oncle et cousines germaines de la mère épilepliques; deux 6lles, dont Tune est hystérique, l'autre hystéroépileptique. Vous rencontrerez fréquemment, Messieurs, ces conditions d'hérédité chez l'homme hysiérique, plus accentuées peut-être encore que chez la femme.
Je vous rappellerai, en outre, comment, chez noire malade, les manifestations hystériques se sont développées à la suite et à l'occasion d*un accident qui a menacé sa vie. Le traumatisme qui en a été la conséquence — et il s'agit ici d'une blessure d'ailleurs assez légère du doigt, — eût-il suffi à lui seul, pour provoquer le développement des accidents nerveux? Cela est possible, mais je ne saurais l'affirmer. Toujours est-il que, à côté du traumatisme, il convient de tenir compte d'un facteur qui, très vraisemblablement, a joué dans la genèse de ces accidents, un rôle bien plus important que la blessure elle-même. Je veux parler delà terreur éprouvée par le malade au moment de l'accident et qui s'est traduite peu après par une sorte de parésie transitoire des membres inférieurs. Ce môme élément psychique se retrouve en outre du traumatisme, dans quelques-uns des cas décrits par MM. Putnam, Wallon, Page, Oppenheim et Thomsen, et où son influence, souvent prédominante, ne saurait être méconnue.
Cette même circonstance du développement des phénomènes hystériques, à la suite et à l'occasion d'un « shock » avec ou pans traumatisme, mais où Témotion a joué un grand rôle, vous allez la retrouver. Messieurs, chez la plupart des autres malades qui vont maintenant vous être présentés.
hÔLB DU TRAUMATISME 267
Les cas dont il va être question acluellement, sont à plusieurs égards, en quelque sorte, calqués sur le précédent, cela nous dispensera d*entrer h leur sujet dans de très longs développements.
Obs. II. — Le nommé Gil... âgé de 32 ans, doreur sur métaux, est entré à la Salpétrière en janvier 4885. On ne constate rien de bien particulier dans les antécédents héréditaires. Son père, qui était très violent, est mort à 60 ans, à la suite d*une paralysie survenue sans attaques. Sa mère, morte tuberculeuse, était nerveuse, mais n'avait jamais eu d'attaques.
Les antécédents personnels sont beaucoup plus intéressants à étudier. A Tàge de iO ans, il a été somnambule. Depuis son enfance, il a peur dans Tobscurité, et la nuit, il est sujet à des hallucinations hypnagogiqucs, à des cauchemars. De très bonne heure, il a abusé du coït; il ressent de temps à autre une sorte d'impulsion irrésistible vers les femmes. Il lui est arrivé souvent de courir soudain voir une fille pour venir ensuite reprendre son travail. Il est de plus masturbateur frénétique. Il est intelligent cependant; c'est un habile ouvrier et il apprend facilement ; à ses heures il est musicien, il joue du violon et de Taccordéon. Il fréquente volontiers le théâtre ; cependant d'un caractère plutôt sombre et taciturne, il recherche habituellement la solitude.
Son métier, dans lequel on emploie le mercure, n'a jamais produit chez lui d'accidents qu*on puisse rattacher à l'intoxication mercurielle. Pas de signes d'alcoolisme. Pas de syphilis.
Une première attaque s'est produite à Tâge de 20 ans, sans cause connue. Il était sur l'impériale d'un omnibus, lorsqu'il ressentit les premiers avertissements. Il eut le temps de descendre et l'attaque convulsive eut lieu dans la rue. Les attaques se reproduisirent ensuite assez fréquemment. Il en a compté dans le temps jusqu'à 4 ou 5 par mois. Il parait que, à cette époque, dans plusieurs accès, il a uriné sous lui. Les crises convulsives s'étaient depuis plusieurs années considérablement espacées et ne revenaient plus qu'à de longs intervalles, lorsque, en 1880, le malade fut victime
d*une agression nocturne. Il reçut un coup de couteau sur la téle^ dans la région pariétale droite, toniba sans connaissance, fut dévalisé et laissé pour mort sur la place. On le releva et on le transporta à la Charité, dans le service de M. Gosselin, où il resta pendant trois ou quatre jours sans connaissance. Un érysipèle se développa quelques jours après autour de la plaie de tête produite par le coup, et c*est au moment de la guérison que débuta une céphalalgie intense et d*un caractère particulier qui persiste encore aujourd'hui.
Pendant longtemps, à la sui(e de cet accident, il resta plongé dans une sorte d'hébétude dont il ne sortit que peu à peu très incomplètement du reste, car depuis cette époque, même dans ses meilleurs jours, il lui est impossible de travailler, de s*occuper, de lire même avec quelque suite. Aussi bientôt lomba-t-il dans la misère. D'ailleurs, les attaques qui un instant avaient fait trêve, reparurent ensuite plus intenses et plus nombreuses qu'autrefois; c'est pourquoi, en février 1883, le malade se présenta à l'Hôtel- Dieu où il fut admis. Il y demeura jusqu'en mars 1884.
C'est là que l'hémianesthésie gauche complète, absolue, que nous retrouvons aujourd'hui fut pour la première fois constatée. Les attaques alors fréquentes et considérées, parait-il, dans le service comme relevant du mal comitial, furent pendant près de 13 mois traitées par le bromure de potassium à haute dose, sans le moindre amendement.
Lorsque le malade fut admis à la Salpélricre, en janvier 1885, nous avons constaté ce qui suit :
L'état général, en ce qui concerne les fondions de nutrition parait assez satisfaisant. Il mange bien et n'est pas anémique. Par contre, on ne tarde pas à reconnaître chez lui une dépression psychique très accentuée. Il est sombre, taciturne, méfiant ; il semble éviter les regards et ne fréquente guère les autres malades du service. Il ne se livre, dans la journée, à aucune occupation, à aucune distraction. L'hémianesthésie gauche déjà constatée à THôtel- Dieu est complète, absolue, en ce qui concerne la sensibilité commune. Les troubles sensoriels de ce même côté gauche sont aussi très nettement accusés. De ce côté, en effet, ubnubilation notable
de Touïe; perte complète de l'odorat et du goût; à l'œil gauche, achromatopsie complète régulièrement constatée par M. Parinaud et rétrécissement extrêmement prononcé du champ visuel pour la lumière blanche. Contrairement à ce qui a lieu dans la majorité des cas de ce genre, l'étendue du champ visuel, la notion des couleurs sont absolument normaux à droite. Il n'existe» d'ailleurs, aucune trace d'une lésion du fond de l'œil, soit à droite soit à gauche.
Constamment il se plaint d'une céphalée intense, gravalive ou pliilùt constriclive, générale, occupant l'occiput, le sommet de la léte, le fronl, les tempes surtout, plus prononcée du côté gauche que du coté droit. Il lui semble porter sur la tête un casque, lourd et étroit qui l'enserre et le comprime. Cette céphalalgie permanente comme nous Tavons dit, s'exagère notablement un peu avant et à la suite des attaques. Elle s'exagère surtout lorsque le malade se livre à la moindre occupation, lorsqu'il veut lire, par exemple, ou écrire une lettre.
Les attaques dont nous avons été bien des fois témoin dans le service, présentent les caractères suivants : elles peuvent être spontanées ou provoquées; dans les deux cas, elles ne diffèrent par aucun caractère essentiel. Trois zones hystérogènesont été découvertes: deux d'entre elles occupent à droite et à gauche les régions sous-mammaires; la troisième existe dans la région ihaque droite; de ce côté, cependant, la pression du testicule et du cordon ne produisent aucune sensation anormale. Quand on presse légèrement sur les plaques hystérogènes, dont le siège vient d'être indiqué, le malade éprouve immédiatement tous les symptômes de l'aura céphalique, à savoir: battement dans les tempes, sifflement dans les oreilles, vertiges, etc. Mais, pour peu qu'on insiste, l'attaque survient à coup sûr très rapidement. Quelques spasmes épileptoïdes, de peu de durée, du reste, inaugurent la scène. Ils sont bientôt suivis de contorsions diverses et de grands mouvements de salutation, interrompus de temps à autre par l'attitude en arc de cercle; pendant ce temps, le malade ne cesse de pousser des cris sauvages Un rire convulsif, des pleurs, des sanglots terminent l'attaque. Au réveil, G. ne conserve aucun souvenir de ce qui s*est passé.
Les points hyslérogènes ne sont chez lui que trèâ incomplètement spasmo-frénateurs; quand on les comprime pendant l'attaque, celle-ci se suspend pendant un instant, mais elle reprend bientôt le cours de son évolution. Provoquées ou spontanées, les attaques se répètent, en général, successivement un certain nombre de fois de manière à constituer des séries ; jamais, en pareil cas, la température rectale ne s'est élevée au dessus de 37^8 c.
D*après la description abrégée qui précède, vous reconnaîtrez que le cas de 6. se rapproche beaucoup de celui deRig... (C^obs.) dont il ne diffère que par quelques points de détail. Dans les deux cas, mêmes stigmates hystériques, mêmes tendances mélancoliques; mêmes attaques caractéristiques avec cette seule particularité relative à 6. que chez lui Taura évolue avec une grande rapidité, et que dans la crise, les attitudes passionnelles font défaut. Voici maintenant les quelques différences qu*il convient de signaler, à propos du second cas.
Nous avons dit que dans quelques-unes de ses attaques, G. se mord la langue et urine sous lui. Le fait a été par nous parfaitement constaté. Nous avions été, un instant, porté à croire, d*après cela, que chez lui il s'agissait de Thystéro-épilepsie à crises distinctes, à savoir : épilepsie vraie d*un côté, grande hystérie de l'autre, se montrant sous forme d'attaques séparées. Un examen plus attentif nous a fait reconnaître qu'il n'en est rien. Toutes les attaques, chez G., ont le caractère de la grande hystérie, et c'est pendant le cours de ces attaques-là que quelquefois il se mord la langue et que quelquefois il urine sous lui. Mais la morsure de la langue et l'émission involontaire des urines ne sont pas, tant s'en faut, des caractères unlvoques du malcomitial. Ces accidents peuvent s'observer dans l hystéro-épilepsie dégagée de toute complication de mal comitial. Le fait est rare à la vérité; jen ai observé et publié cependant un certain nombre d'exemples parfaitement caractéristiques*.
1. Quelques mois plus tard ce malade mourait brusqucmont. aprc^ AToir ingéré tout d'un coup une dose énorme de chloral qu'il avait amassée en secret. L*autopsie absolument négative, en ce qui concerne les centres nerveux, est venue confirmer pleinement le diagnostic.
En lerminant ce qui concerne ce cas, j'appellerai voire ailenlion sur la céphalée dont G. soufTre (l*une façon permanente; mais qui s*exaspère, à coup sûr, pour peu qu*il se livre à la moindre occupation. Avec toutes les particularités que nous avons relevées plus haut, la céphalalgie de ce genre n*appartient pas an lableau de l'hystérie ; elle se rencontre au contraire, pour ainsi dire, nécessairement dans la névrose neurasthénique (Neurasthenia de Beard *), dont elle constitue un des caractères prédominants, et où Ton observe également la dépression physique et mentale qui existe à un si haut degré chez notre malade. J'ai eu soin de relever que chez lui ces divers symptômes se sont produits, à la suite du coup qu'il a reçu sur la tête. Or, Messieurs, Télat neurasthénique, avec tout l'ensemble des phénomènes que Beard lui assigne dans sa remarquable monographie est Tune des affections nerveuses qui se développent le plus fréquemment, en conséquence du shock, en particulier dans les accidents de chemins de fer. C'est ce dont témoignent plusieurs des observations rapportées par M. Page': j'ai, pour mon compte, rencontré deux exemples absolument semblables à ceux publiés par cet auteur, et dont l'un concerne un de nos confrères de Paris. D'après cela, il y a lieu d'admettre, je crois, que deux éléments biens distincts coexistent chez notre malade G. En premier lieu, l'état neurasthénique, conséquence immédiate et directe du shock dont il a été victime, il y a trois ans: en second lieu, Thystéro-épilepsie avec tout le cortège des phénomènes qui la caractérisent. Celle-ci préexistait à l'accident, mais elle s'est toutefois considérablement aggravée depuis, ainsi que vous pourrez en juger en vous reportant aux détails de l'observation.
J'en viens maintenant à l'examen d'un troisième malade qui, du reste, rentre exactement, ainsi que je vous Tai annoncé, dans le môme cadre que les deux précédents.
1. G. M. Beard. — Die Servenschwxche {Neurastheiiia, 2« Aufgabe. Leipzig, 1883.
2. H. Page. — InjuHes of ihe spinal cord and nervous schock^ etc., p. 170 et 172. London, i885. Voir aussi L. Dana. Concussion of the xpine and ifs relation lo neurasthenia and hysttria, (New-York médical Record. 6 déc. 1884.