‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 72 sur 166 · PAS DE MODIFICATIONS DES RÉACTIONS ÉLECTRIQUES · texte numérisé non relu

PAS DE MODIFICATIONS DES RÉACTIONS ÉLECTRIQUES

bord dans le vide, plus ou moins loin du but, et lorsqu'il est tombé, presque par hasard, sur un point quelconque du membre, de préférence la racine, il parcourt avec sa main tout le bras pour descendre ainsi jusqu'au point qu'on lui a ordonné de toucher. Il ne sait poinl dire non plus, quand il a les yeux fermés, si Ton meut son poignet, son coude ou son épaule. Au contraire, dans ces mêmes conditions, il reconnaît très bien lorsque l'on pratique la même manœuvre sur les doigts, quel est celui d'entre eux auquel on imprime des mouvements passifs. P... a perdu également la notion du poids des objets placés dans la paume de sa main ; lorsqu'il ne les regarde pas, jl ne saurait distinguer, sans s'aider du palper, une pièce de 5 francs d'une pièce de 10 centimes; elles lui paraissent toutes deux également légères.

En résumé, impuissance motrice absolue des muscles de l'épaule, du bras et de Tavant-bras, avec perte complète de la sensibilité de la peau, des muscles, des nerfs, des tendons, des capsules articulaires, etc. ; perte absolue des notions relatives au sens musculaire, dans toutes les parties qui correspondent à la paralysie motrice ; absence complète de rigidité des parties privées du mouvement, avec conservation du relief des muscles et légère exagération des réflexes tendineux. Voilà les points les plus saillants que nous ayons relevés jusqu'ici.

Mais il importe de signaler encore ce fait très remarquable et très significatif dans l'espèce, que les muscles pas plus que la peau ne présentent aucune marque de troubles trophiques, bien que, je le répète, la monoplégie date de plus de quatre mois déjà. Vous avez constaté qu'il n'existe pas d'amaigrissement du membre; j'ajouterai que les muscles, soumis à wi examen méthodique y n' ont présenté aucune modification des réactions électriques^ soit faradiques^ soit galvaniques: pas le moindre soupçon de réaction de dégénérescence

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D'un autre côté, pas de teinte livide ou violacée de la peau, pas d'oedème ; seulement, il existe peut-être sur le membre malade un très léger abaissement de la température. Ainsi, la température axillaire étant des deux côtés de SG^'yO, celle du membre sain, étudiée à Taide du thermomètre à surface placé sur la face antérieure de Tavant-bras s'élève à 32'',8, tandis que celle du membre paralysé, sur le point correspondant, n'est que de 32**4, c'est-à-dire inférieure de 4 dixièmes de degré environ.

Tels sont les phénomènes que l'analyse nous a révélés dans l'étude du membre paralysé. Il existe en outre chez ce malade, je dois vous en prévenir, Messieurs, en dehors de ce qui concerne la monoplégie, bien d'autres faits cliniques très ^ntéressants; mais ils ne frappent pas les yeux tout d'abord, et nous n'avons pu les reconnaître qu'à la suite d'une enquête poursuivie dans une certaine direction. Je me réserve de vous signaler ces particularités au moment même oii, après discussion, il s*agira de fixer définitivement le diagnostic.

Quelle est donc la nature de cette monoplégie que nous venons d'étudier minutieusement et dont nous connaissons actuellement les caractères cliniques? Relève-t-elle d'une lésion plus ou moins grave des nerfs périphériques, conséquence d'une contusion ou d'une commotion du plexus brachial produite par la chute sur l'épaule? S'agit-il d'une lésion spinale? ou d'une lésion cérébrale en foyer? Telles sont les hypothèses qu'il convient d'examiner maintenant.

La première se présente tout d'abord à Tesprit. Il existe de nombreux exemples de monoplégies brachiales survenues à la suite d'une chute sur l'épaule, et un certain nombre des phénomènes observés chez notre malade paraissent, à première vue, pouvoir s'expliquer tout naturellement dans l'hypothèse de la commotion ou de la contusion du plexus. Je suis

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assez l^^'ureux pour pouvoir placer sous vos yeux, à côté de P... , r.'\ malade chez lequel il existe une monoplégie brachiale qui, 1res certainement, cette fois, procède d'une lésion du plexnr, et qui s'est développée dans des circonstances assez semblables à celles qui ont déterminé la monoplégie brachiale chez P... Il ne s'agit pas ici, à la vérité, d'une chute sur la partie postérieure de l'épaule, comme chez notre malade, mais d'un choc violent portant sur cette même région, produit par la chute d'une poutre volumineuse et pesante; vous voyez qu'en somme les conditions du traumatisme sont analogues dans les deux cas. Recherchons quelles en ont été les conséquences chez notre second malade, dont voici l'histoire en abrégé*.

Le nommé Deb..., homme très vigoureux, âgé de 31 ans, terrassier, avait toujours joui d'une excellente santé, lorsque le 3 avril 1884, c'est-à-dire il y a treize mois, il reçut sur la partie postérieure de l'épaule gauche l'extrémité d'une lourde charpente et le choc fut assez violent pour le renverser la face contre terre. Une pointe de fer rivée à l'extrémité de la poutre, et portant une poulie, avait frappé sur la partie postérieure et supérieure du crâne et y avait fait une plaie d'ailleurs assez légère. Cependant il n'y avait pas eu de perte de connaissance immédiate, et pendant les quelques minutes qui ont suivi l'accident, 5 ou 6 minutes peut-être, le malade est resté conscient. 11 se rappelle très bien, entre autres, il l'affirme du moins, qu'à ce moment, il a éprouvé une sensation qui lui a fait croire que son membre supérieur était absent, qu'il était complètement séparé du corps. Puis survint une perte de connaissance qui, paraît-il, dura trois heures. Lorsque Deb.,. re-

1. Tout récemment, Tobservation de ce malade a été donnée m extenso^ par W^* Klumpke, dans son intéressant travail sur les paralysies radicu' Jaires du plexus brachiaU (Revue de médecine^ 5* année, n® 7^ 10 juillet 1^85, p. 604.)

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vint à lui, la paralysie motrice des divers segmenU du memlve était absolue, comme elle l'est encore aujourd'hui ; seuls les

mouvements d'élévation de l'épaule étaient conservés. Quant aux troubles delà sensibilité, ils paraissent avoir été, dès ce moment, tels que nous allons les voir.

A partir de ce jour te, malade a séjourné dans divers bOpî-

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