MÊMES EXPÉRIENCES CHEZ UN AUTRE SUJET
taîl. Toujours, chez les sujets de ce genre, la paralysie du membre non atleint d'anesthésie, déterminée par suggestion, s'est accompagnée d'aneslhésie cutanée et profonde, de la perte du sens musculaire, enfin de la diminution ou de Taboilion des réflexes tendineux, dans les segments du membre frappés d'impuissance motrice ^ On peut, cependant, je tiens à le faire remarquer, même chez les hystériques hémianesthésiques, obtenir la paralysie motrice, sans accompagnement au* cun de troubles de la sensibilité ; il suffît pour cela, ainsi que nous l'avons vu plusieurs fois, de persuader au sujet, au moment même où a lieu la suggestion, que le mouvement seul sera paralysé et que la sensibilité restera intacte. Je ne voudrais pas généraliser hâtivement, à propos d'expériences encore relativement peu nombreuses, mais je dois relever toutefois, que jusqu'ici, je n'ai pas encore observé cette variante sur les hystériques hémianeslhésiques, auxquelles j'ai suggéré, purement et simplement^ la paralysie motrice du membre sans rien dire de la sensibilité. J'ignore, quant à présent, ce qui adviendrait en pareil cas, chez les hystériques non anesthésiques.
C'en est assez sur ce sujet ; j'en reviens maintenant à l'objet principal de nos éludes d'aujourd'hui. Vous avez reconnu que la monoplégie de nos deux hommes, Porcz... et Pin... et celles que nous avons produites à dessein chez nos hystériques, sont, en ce qui concerne les caractères cliniques, non pas seulement comparables entre elles, mais, en réalité, parfaitement identiques : impuissance motrice avec flaccidité des parties, insensibilité cutanée et profonde, délimitation de l'anesthésie par des plans circulaires perpendiculaires au grand axe du membre *, perte ou diminution des réflexes tendineux,
1. Ce dernier fait n'est pas constant; les réflexes tendineux se montrent quelquefois manifestement exagérés.
S. Voir, plus haut, la notel, p. 316.
Charcot. Œuyres complètes, t. m. Système nerveux. S3
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abolition des notions da sens musculaire. Le syndrome est, dans les deux cas, le même absolument.
Il y a cependant à relever, sur un point, une différence qui, au premier abord, paraît bien profonde. Elle est relative» tous l'avez compris, au mode de production de la paralysie. Chez nos deux hommes, vous ne l'avez pas oublié, la monoplégie reconnaît pour cause occasionnelle, sinon un traumatisme, dans l'acception rigoureuse du mot, du moins un choc matériel plus ou moins violent, appliqué sur l'épaule ; tandis que chez nos femmes hypnotisées, c'est de la suggestion par la parole que relève la paralysie. Eh bien, Messieurs, cette différence en apparence si radicale, nous sommes en mesure de la bire disparaître. Nous allons, en efiet, chez nos hystériques de nouveau hypnotisées, reproduire tous les phénomènes paralytiques que nous avons obtenus tout à l'heure, non plus, cette foisj au moyen dune injonction^ mais en faisant intervenir un agent analogue à celui qui a occasionné la monoplégie aussi bien chez Porcz...^ que chez Pin... Il s'agit d'un choc appliqué sur la partie postérieure de l'épaule et déterminé tout simplement en frappant brusquement cette région — bien entendu avec une force modérée, — à l'aide de la paume de la main. Le résultat, vous le voyez, ne se fait pas attendre ; immédiatement la malade tressaille, pousse un cri et, interrogée sur ce qu'elle éprouve, elle accuse dans toute l'étendue du membre supérieur correspondant, une sensation d'engourdissement, de pesanteur et de faiblesse ; il lui semble que le membre frappé ne lui appartienne plus, quil lui soit devenu étranger. Presque aussitôt d'ailleurs, la paralysie se réalise en effet ; elle atteint rapidement son plus haut degré et se présente alors avec tout l'ensemble des caractères cliniques que vous savez.
Ainsi la ressemblance entre les deux groupes de faits que nous comparons l'un à l'autre, se complète, vous le voyez, de
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la façon la plus saisissante, même sous le rapport paihogénique. Sans doute, chez nos deux hommes — chez le cocher, dans sa chute de voiture, chez le maçon, lorsqu'il a sauté par la fenêtre d'un entresol, — le choc matériel a été beaucoup plus énergique ; mais il ne s'agit là, en somme, que d'une question de quantité, non d'une dissemblance foncière, de telle sorte que l'on peut arguer d'une différence d'impressionnabilité des sujets. Sans doute, ajouterai-je, ces deux hommes n'étaient pas en état de sommeil hypnotique au moment de la chute, non plus qu'à l'époque un peu postérieure où la paralysie s'est définitivement établie chez eux. Mais, à ce propos, il est permis de se demander si l'état mental occasionné par l'émotion, par le choc nerveux (Nervous Shock) éprouvé au moment de l'accident et lui survivant pendant quelque temps, n'équivaudrait pas, dans une certaine mesure, chez les sujets prédisposés comme l'étaient certainement Porcz... et Pin..., à l'état cérébral que déterminent chez les hystériques les pratiques de l'hypnotisme '. Dans cette hypothèse, la sensation particulière accusée par nos femmes hystériques dans le membre soumis au choc, et qu'on peut supposer s*ètre produite au même degré et avec les mêmes caractères chez nos deux hommes en conséquence de la chute sur l'épaule, cette sensation, dis-je, pourrait être considérée comme ayant fait naître chez ceux-ci comme chez celles-là, l'idée d'impuissance motrice du membre. Or, en raison de l'obnubilation du moi produite dans un cas par l'hypnotisme ; dans l'autre cas, ainsi qu'on l'a imaginé, par le choc nerveux, cette idée une fois installée,
1. C'est très probablement suiTant un mécanisme de ce genre que se déyeloppe la plupart de ces affections nerveuses yariées, souTent si durables et si tenaces, bien que ne relevant pas d'une lésion organique, particulièrement étudiées par nos confrères d'Angleterre et d'Amérique, sous les noms de • Raitway Spine • • Railway Brain • et dont il a été question, dans une précédente leçon (p. 850 et 251), au moment où J'attirais l'attention sur l'influence qu'exercent les chocs matériels, chez les prédisposés, dans la production des manifestations hystériques, même chez l'homme.