‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1- (volume 2)Chapitre 93 sur 166 · HYPNOTISME A L'ÊTAT DE VEILLE · texte numérisé non relu

HYPNOTISME A L'ÊTAT DE VEILLE

fixée dans Tesprit et y régnant seule, sans contrôle, s'y serait développée et y aurait acquis assez de force pour se réaliser objectivement, sous la forme de paralysie. La sensation dont il s'agit aurait donc joué dans les deux cas, le rôle d'une véritable suggestion '.

Je vous donne, Messieurs, cette interprétation pour ce qu'elle vaut, sans y attacher plus d'importance qu'elle ne mérite. Je la crois cependant vraiment digne d'être examinée de plus près et soumise au contrôle d'observations plus nombreuses. Je vais d'ailleurs vous rendre témoins d'un nouveau fait qui me semble encore plaider en sa faveur.

Il est des sujets, et peut-être sont-ils plus nombreux qu'on ne le pense, chez qui la plupart des manifestations tant psychiques que somatiques de l'hypnotisme, peuvent se rencontrer à l'état de veille, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir les pratiques d'hypnolisation. Il semble que Tétat hypnotique qui, pour d'autres, est un état artificiel, soit pour ces singulières créatures, l'état ordinaire, Tétat normal, si tant est qu'en pareille circonstance, il puisse être question d'état normal. Ces gens-là, passez-moi le mot, dorment^ alors même qu'ils semblent parfaitement éveillés; ils procèdent, en tous cas, dans la vie commune ainsi que dans un songe, plaçant sur le même plan la réalité objective et le rêve qu'on leur impose, ou tout au moins, entre les deux, ils ne font guère de difTérence. J'ai fait placer sous vos yeux, à titre d'exemple, un

1. En ce qui concerne les sensations produites par le choc, nos deux hommes sont incapables de nous renseigner. L'un d'eux, Pin..., a perdu, en tombant, connaissance un instant; l'autre, Porcz..., assure être resté conscient. Ni l'un ni l'autre ne savent dire exactement ce qu'ils ont ressenti, dans le membre alTectc, au moment de l'accident, et les quelques Jours qui ont suivi. On sait qu'au réveil, pour peu que l'hypnose ait été profonde, les sujets hypnotisés paraissent le plus souvent ignorer absolument les phénomènes qui, dans l'état de sommeil, ont été proToqués chez eux.

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sujet de ce genre : il s*agit d'une hystéro-épileptique bien connue de vous par nos études antérieures, la nommée Hab... ^ Elle est atteinte depuis de longues années d'anesthésie généralisée, complète, permanente, et chez elle, les attaques répondent de tout point au type classique. Vous voyez qu'ici, bien qu'on n'ait employé aucune manœuvre d'hypnotisation, par conséquent, à l'état de veille, nous pouvons obtenir à la fois et la contracture par la pression exercée sur les masses musculaires, les tendons ou les troncs nerveux (contracture des léthargiques), et l'immobilité cataleptique des membres placés dans les attitudes les plus diverses, et aussi à l'aide de légers frôlements ou de mouvements à distance la contracture somnambulique. Tous ces phénomènes somatiques se trouvent donc chez ce sujet en quelque sorte mélangés, coexistant, au même moment, sans distinction de périodes, contrairement à ce qui a lieu dans le grand hypnotisme. Mais, au point de vue psychique, ce sont évidemment les caractères de Tétat somnambulique qui dominent. Eh bien! si, opérant par suggestion verbale, nous affirmons à cette malade, non endormie, je le répète, que son bras droit est paralysé, qu'elle ne peut plus le mouvoir volontairement, nous voyons immédiatement se produire efTectivement la monoplégie flasque, douée de tous les caractères que nous avons appris à connaître ; après quoi, la simple affirmation qu'elle peut mouvoir son bras, tout à l'heure paralysé, suffit pour que les mouvements volontaires se rétablissent. Enfin, et c'est là le point qui nous intéresse spécialement, en ce moment, par lamise en jeu de cette espèce de suggestion traumatique dont je vous ai rendus témoins, il y a un instant et qui consiste en un choc brusquement appliqué sur l'épaule, vous voyez immédiatement le membre se paralyser de nouveau. Cette fois, l'identité entre la monoplégie

1. J.-M. Charcot, Lezioni cliniche^ etc., Redatte dal D'Miliotti. Lez. XX..., p. 159. DeUo ttato di maio ister<hepilettieo.

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arlificiellement produite et la monoplégie survenue chei Porcz.... et chez Pin..., en conséquence d'un traumatisme, n'est plus guère contestable, ce me semble, tant au point de vue symptomatologique qu'au point de vue pathogénique, elle est parfaite, ou peu s'en faut, car ni dans un cas ni dans l'autre, les pratiques d'hypnotisation ne sont intervenues ; tout s'est fait à y état de veille. La démonstration, si je ne me trompe, est suffisamment probante et je ne crois pas que, dans une recherche quelconque de physiologie pathologique expérimentale, il soit souvent possible de reproduire plus fidèlement ^'affection que l'on s'est donné pour but d'étudier.

Les considérations qui précèdent, Messieurs, n'ont pas seulement une portée purement spéculative ; elles nous ont fourni en effet, déjà, certaines déductions pratiques, qui, au point de vue thérapeutique, en particulier, nous ont été, vousaUezle voir, d'une certaine utilité.

Nos deux malades, Forez..., et Pin..., sont soumis depuis quelques jours à un traitement régulier, dont je vais vous dire quelques mois. Ce traitement se compose de deux éléments. Pour une part, il est en quelque sorte indirect, en ce sens qu'il s'adresse surtout soit à Tétat général, soit à la diathèse hystérique. Deux fois par jour Pin... reçoit une douche en jet, générale, froide; Porcz..., n'ayant pas pu tolérer la douche, prend trois fois par semaine un bain sulfureux. En outre^ tous les deux jours, ils sont soumis l'un et Tautre à l'électrisation statique. Ce dernier agent est destiné surtout, vous le savez, à modifier les troubles de la sensibilité. L'expérience nous a appris depuis longtemps, qu'à la suite du bain électro-statique, la sensibilité, chez la plupart des hystériques anesthésiques reparaît, d*abord pour un instant, pour quelques heures peut-être, puis, à mesure que les séances se répètent, pour un temps plus long, pour plusieurs jours, par exemple ; et

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