TRAITEMENT PSYCHIQUE
enfin, par la prolongation du traitement, elle peut se rétablir d'une façon définitive. En outre, en même temps qu'a lieu ce retour plus ou moins durable de la sensibilité, les autres phénomènes hystériques, les attaques, par exemple, se modifient, en général, favorablement, ou disparaissent ^
Mais j'appelle surtout votre attention sur la seconde partie de notre traitement; elle est fondée sur cette idée que nous vous exposions tout à l'heure, à savoir que chez nos deux malades, la paralysie se serait produite par un mécanisme analogue à celui qui, chez les hypnotiques, détermine les paralysies par suggestion. Les tentatives diverses d'hypnotisation que nous avons faites chez ces deux hommes, et qui, si elles eussent réussi, auraient, sans doute, facilité singulièrement notre t&che, étant restées sans succès, nous avons dû nous borner à l'emploi des moyens suivants : En premier lieu, nous avons agi et nous agissons tous les jours, autant que possible, sur leur esprit en leur a£6rmant d'une façon formelle — ce dont d'ailleurs nous sommes parfaitement convaincus, — que leur paralysie, malgré sa longue durée n'est point incurable, et qu'au contraire, elle guérira très certainement, à l'aide d'un traitement approprié, au bout de quelques semaines peut-être, s'ils veulent bien nous y aider ^. En second lieu, les membres
i. J.-M. Charcot, De V emploi de télectricilé statique en médecine. CoH' févence faite à Vhospice de ta Salpétrière, le 26 décembre 1880. {Revue de médecine^ 1881, t. I,p. 147.)
2. L'influence de Tidée sur le mouvement, dit M. Maudsley {Le corps et Pesprity p. 269), est prouvée par la guérison soudaine de paralysies imaginaires (?), due à une injonction énergique. Dans ces cas, l'idée du mouvement, la croyance qu'il aura lieu est, dans le for intérieur, le mouvement lui-même. Elle est le courant nerveux actif qui, dirigé sur les nerfs appropriés, donne réellement lieu au mouvement externe. — L'idée d'un mouvement particulier, avait dit Mûller, détermine un courant nerveux vers les muscles impliqués et produit leur contraction. On sait qu'une intimation soudaine peut avoir quelquefois pour effet de déterminer brusquement la guérison d'une paralysie psychique datant peut-être de fort loin et qui jusque-là, avait résisté à la mise en œuvre des agents thérapeutiques les plus variés. Ainsi, par exemple, l'on fait sortir de force du lit où elle était depuis longtemps immobile, une malade atteinte d'une paraplégie de ce
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affectés sont soumis à une gymnastique particulière. Nous mettons à profit les mouvements Yolontaires qui y subsistent encore, chez les deux malades, à la vérité, à un degré très faible, et nous cherchons à en augmenter progressivement Ténergie par un exercice très simple. Un dynamomètre est placé dans la main de chacun d'eux et on le leur fait serrer, de toute leur force, en les exhortant à augmenter progressivement, dans chaque expérience, le chiffre que marque Taiguille sur le cadre de l'instrument. Cet exercice est répété régulièrement à chaque heure du jour, environ trois ou quatre fois. Ces épreuves, Messieurs, je tiens à vous le dire en passant, ne doivent être ni trop prolongées ni trop multipliées. Nous avons remarqué, en effet, que quand les exercices sont poussés trop loin, ou répétés trop souvent, le chiffre maximum marqué par l'aiguille tend à s'abaisser. 11 importe donc de savoir attendre ; un excès de zèle, en pareille occurrence, aurait pour effet, j'en suis convaincu, en amenant la fatigue, de retarder le résultat attendu.
Nous agissons ainsi, si je ne me trompe, surtout psychiquemeiit. On sait que la production d'une image, ou, autrement dit, d'une représentation mentale quelque sommaire et rudi-
genre;puis, Tayant placée sur ses pieds, on lui dil: « marchez • et voilà qu'elle marche. C'est là un exemple de gucrison « miraculeuse • qui en explique beaucoup d'autres. Rien de mieux établi que ces faits dont, pour mon compte, j'ai été témoin plus d'une fois [Levons sur les malaflies du système nerveux^ t. I, 3« é»lit., p. 356 cl s. - P. Janet. Revue politique et littéraire , n^ du 2 août iSSi, p. 131). On ne saurait toutefois, à mon aTis, mettre le médecin trop en garde contre la tendance qu'il pourrait avoir, en se fondant sur la connaissance de ces faits, à prendre volontiers, d*ailleurs, dans la meilleure intention du mondi>, le rôle de thaumaturge, même lorsqu'il s'agit d'un cas de paralysie psychique bien avéré ; l'injonction est un instrument dont on ne connaît pas encore bien le mécanisme, et doQt, en dehors, des faits d'hypnotisation, on ne saurait mesurer la portée. Or, l'insuccès d'une guérison, en pareille circonslatio»', serait évidemment de nature à compromettre gravement l'autorité de celui qui l'aurait annoncée et peut-être à déverser sur lui le ridicule. « Sfr^'r prouhezf/ nnless you be sure >, dirent les Anglais. Procéder par voie d'enlrainemenl mental lent et progressif sera toiyours plus prudent et souvent plus efficace. J. M. C.