‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 108 sur 230 · I. — Description du rhumatisme articuuire aigu · texte numérisé non relu

I. — Description du rhumatisme articuuire aigu

Nous nous retrouvons ici en présence des deux formes dont nous avons déjà signalé l'existence: d'une part, le rhumatisme articulaire aigu, fièvre rhumatismale (rheumatic fever) des auteurs anglais ; d'autre part, le rhumatisme articulaire subaigu

196 M<Tnni>IUTIIlF.S

(Gnrpml. Copland) ou cnpsiilairp (Mac Lt-od). Il s'agit ici il'iiiif forme île transition, coramp nous l'avons déjà dit, dont nous étudierons tout à l'heure les caractères. Four le raoraenl. nous allons Hous occuper de la fièvre rhumstismale.

Les arthropathies le plus souvent multiples que nous CODnaissons déjà au point de vue analomique, et que nous allons bienldl étudier au point de %'ue clinique, sont loin de constituer exclusivement le rhumatisme articulaire aigu. II s'y joint une réaction d'ensemble, qui se traduit par un état général très caractéristique, par une allération très prononcée de la crase du sang (augmentation du cllilTre de la fibrine et diminution des globules rouges), et par la coexistence Iréqueule, nous poumons dire habituelle, de certaines affections viscérales. L'endocardite et la péricardile. par exemple, constituent Tune des données fondamentales du rhumatisme articulaire aigu; et ce caractère co;;lribue en grande parlie h. nous faire envisager celle affection comme une maladie générale ou du moins à siège indéterminé et uon comme une simple collection d'arthrites plus ou moins indépendanles les unes des autres.

Nous arrivons à la même conclusion par l'étude de l'évolution de la maladie, et des conditions étiologiques qui peuvent lui donner naissance, parmi lesquelles, comme vous le savez, l'hérédité joue un rôle manifeste.

Tels sont, messieurs, les caractères les plus généraux de la fièvre rhumatismale. Mais il nous faut maintenant entrer dans quelques développements, à propos de chacun des points que nous venons de signaler.

A. — Des arthropathies dans /e rhumatisme articulaire aigu.

Les caractères de ces lésions locales vous sont déjà con- Dus; je me bornerai donc à faire ressortir les analogies et les

ARTHROPATHIES 197

différences qui les rapprochent ou les séparent des arthropathies de la goutte. Nous les étudierons d'abord isolément, pour les envisager ensuite dans leur ensemble.

!• Douleur. — Elle est surtout nocturne; son intensité est moins grande que celle de la goutte ; mais elle s'accompagne de crampes musculaires, comme dans cette dernière affection.

2* Tuméfaction. — Elle a lieu surtout pour les jointures voisines de la surface : elle peut siéger dans le tissu cellulaire voisin, ou résulter de la distension de la synoviale par un épanchement séreux, ou séro-fibrineux. Contrairement à ce qui se passe dans la goutte, elle ne s'accompagne pas d'un œdème local, pouvant conserver l'impression du doigt; cependant Garrod a vu ce symptôme se produire quelquefois chez les sujets cachectiques. Il n'y a pas de desquamation, quand le gonflement se résout.

3* Rougeur. — Elle présente une apparence érysipélateuse. Elle est moins prononcée que dans la goutte, et n'offre point d'ecchymoses ; d'ailleurs les veines sont moins saillantes.

4* Température. — 11 existe quelquefois, d'après MM. Bouillaud et Neuraanu (1), une différence d'un degré centigrade entre le point malade et les régions ambiantes, qui ne participent point à la chaleur qui résulte du travail pathologique.

5" Durée. — D'après Budd, chacune de ces arthrites dure de trois à quinze jours environ (2).

Considérons maintenant ces affections articulaires dans leurs rapports mutuels.

En général, plusieurs jointures sont prises à la fois. Le rhumatisme mono-articulaire d'emblée n'existe probablement pas; s'il est secondaire, c'est le rhumatisme fixé sur une

1. Neumann. — Ergebnisse und Studien aus der medicinischen Klinik zu Bonne. Leipzig, 1860, p. 33.

2. Twecdie's library of medicine, arl. Rheumatism, vol. V, p. 191.

{98 AHTIIHOPATHIES

seule joinlurc. Ciipendanl nous admettrons que le rhumatisme peut ôlre partiel, c'est-à-dire localisé sur un petit nombre de jointures, par opposition à celui qui est généralisé ou polyarticulaire. On sait que, dans la goutte aiguë, il est rare de voir l'affection se généraliser dès le début.

Pour ce qui concerne le mode d'envahissement, il existe des caractère» qui distinguent très nettement le rhumatisme de la goutte. D'après les recherches de M. le professeur Moiineret ((), ai le rhumatisme est mono-articulaire, il n'affecte preisque jamais le gros orteil; d'ailleurs, la maladie envahit simultanément les membres inférieurs et supérieurs. Dans la majorité des cas, le genou, le poignet, le cou-de-pied, en Bout les lieux d'élection. Rarement elle se porte sur les petites jointures, si ce n'est dans le rhumatisme subaigu.

L'articulation libio-larsieu ne est celle, qui. le plus souvent. est &appée la première, d'après Budd et M. le professeur Monneret.

On voit souvent les arthrites rhumatismales se développer symétriquement rl-'s dru\ rùli^s; raai?^ il ne faut pas attacher Irop d'iniporlaïur' ;i ci' plir'[iniiif>ne, ([iii l'sl à peu près commun à toutes les arthropathies diathésiques.

Quelquefois, la disparition brusque des symptômes articulaires coïncide avec le développement soudain d'une affection viscérale. Mais c'est là plutôt l'exception que la règle ; en tout cas, il n'existe aucune preuve expérimentale d'une rétrocession de la maladie provoquée par les agents extérieurs, comme nous l'avons vu pour la goutte.

Enfin, l'un des traits cliniques les plus essentiels de cette affection est lu mobilité excessive qui lui permet de sauter d'une articulation sur une autre, et de changer plusieurs fois de siège dans le cours de la maladie.

1. Monneret. — Tbèse de concaurs pour le proressoral, 1851, p. &1.

Page 1