GOUTFE ET LE RHUMATISME SURAIGU
Après cette description sommaire du rhumatisme articulaire aigu, nous sommes en mesure de faire ressortir les différences et les analogies qu'il présente, soit avec la goutte, soit avec le rhumatisme subaigu.
1* Pour ce qui concerne la goutte aiguë, nous ne voyons ici qu'une seule analogie à signaler : c'est la marche irrégulière et paroxystique de la maladie. Partout ailleurs, on ne trouve que des différences.
Ainsi, dans la goutte, la température est moins élevée (autant que nous pouvons l'affirmer dans l'état actuel de la science), la fièvre est moins intense; elle paraît plus exactetement subordonnée au nombre des jointures affectées, et n'acquiert un degré vraiment élevé que dans la goutte généralisée.
Le pouls n'offre plus le caractère spécial que nous lui avions trouvé dans le rhumatisme.
Les sueurs sont beaucoup moins abondantes, et n'ont point cette acidité que nous avons signalée.
L'état des urines diffère de ce que nous avons constaté dans le rhumatisme, bien que l'expérience extérieure soit la même; mais lorsque nous procédons à l'analyse des urines, chez les goutteux, loin d'avoir un excès d'acide urique, nous trouvons plutôt une diminution de ce produit.
Enfin, l'anémie ne se prononce jamais, dès l'origine, dans la goutte aiguë.
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2* Le rhumatisme articulaire subaigu se présente encore avec les caractères de l'état aigu : seulement le mouvemenl fébrile est moins intense, ainsi que tous les phénomènes qui l'accompagnent; cependant, l'anémie est tout aussi prononcée; d'une autre part, les alfeclions articulaires ont plus de fixité, ce ([ui contraste avec ia mobilité extrême des manifeslationi^ locales du rhumatisme articulaire aigu. Enfin, l'on peut établir une distinction entre ces deux formes de la maladie, sous le rapport de la durée; elle est de six semaines à deux mois dans le rhumatisme subaigu, d'après Macieod: dans le rhumatisme aigu, elle & été diversement appréciée, mais elle est toujonrs inféripure an rhiffn' que nous venons d'indiquer; elle serait, en effet, rie huil à quinze jours, d'après M. le professeur ItouiUaud ; de vingt et un jours, d'après Legroux ; de vingt-huit jours, d'après Chorael et Requin; d'après Lebert, elle varie suivant le traitement employé, et peut a'étendre de vingt-huit à trenle-cinq jours.
III, — HÉJIATQUIGIE pathologique llll RHtrNATISKK AnTinCLAIRE AIGU ET SUBAtCU
La composition du sang dans le rhumatisme articulaire diOère considérablement de ce qui existe dans la goutte aîgu(t, et c'est là, sans contredit, l'une des distinctions les plus importantes qui séparent les deux maladies.
On sait que le caillot d'une saignée, dans le rhumatisme articulaire aigu, est résistant et rétracté, et qu'il ressemble à la couenne des pleurétiques romme unœufà un œuf, selon l'expression un peu triviale de Sydenham.
Les recherches de Nasse, Simon, Andral et Gavarrel, Becquerel et Rodier, nous ont donné la raison de ce phénomène ; ils ont constaté une augmentation considérable de la propor-
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tion de fibrine qui peut s'élever à 7 ou 8 pour i ,000, au lieu de 3 pour 1,000, ce qui est le chiffre normal. 11 existe en même temps une diminution considérable du taux des globules rouges. Sous ce rapport, la composition du sang dans le riiumatisme articulaire aigu peut être considérée comme le type du sang inflammatoire, et diffère essentiellement de la composition de ce liquide chez les goutteux.
Ajoutons enfin que, chez les rhumatisants, le sérum du sang est alcalin, que la proportion d'urée est normale, et qu'on n'y rencontre aucun excès d'acide urique. Ce fait, qui est aujourd'hui hors de toute contestation, présente une importance qu'il serait impossible d'exagérer.
Mais, dans le rhumatisme articulaire aigu, le sang ne possède-t-il pas quelques caractères spéciaux qui lui appartiennent en propre ? Ne renferme-t-il pas quelque produit pathologique, quelque matière étrangère à sa constitution normale, et qui puisse expliquer pourquoi le rhumatisme articulaire aigu diffère à tant d'égards des phlegmasies ordinaires, qui impriment cependant à la composition du sang des modifications du même ordre ?
De nombreuses analogies plaident en faveur de cette hypothèse ; mais elles ne s'appuient encore sur aucun fait positif.
Au siècle passé, Van Swieten, Baynard (1) et plusieurs autres médecins ont fait dépendre le rhumatisme d'une acrimonie particulière du sang, d'une rétention des acides et des sels que les reins doivent éliminer. On a formulé récemment, en Angleterre, une hypothèse plus en rapport avec les données de la chimie moderne. On suppose que l'acide lactique, produit normal de la désassimilation des tissus fibreux, se forme en excès et donne naissance à tous les phénomènes
1. Baynard. — PhUoêophical Transaciions fabridgedj, t. III, p. 265.
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que oous venons de décrire. Celle opinion a élé soutenue par Prout, Williams, Todd et FuUer; mais elle ne repose sur aucun fondement solide. Cependant Richardson, après avoir injecté de l'acide lactique dans les veines des cliiens, a trouvé des lésions articulaires et des affections du cœur chez ces animaux. Mais ses expériences ont été répétées en Allemagne, et l'on a constaté que, dans l'espèce canine, les affections du cœur sont d'une fréquence excessive, en dehors de toute intervention artificielle. Il parait donc bien démontré que les lésions de l'endocarde existaient d'avance; et, pour ce qui est des lésions articulaires, il faut se rappeler que les jointures sont affectées dans un grand nombre d'empoisonnements divers.
Une circonstance mérite d'être signalée en terminant ce rapide exposé. Vinopeiie, la coagulabilité excessive de la fibrine, indépendamment de l'excès de ce principe, existe au plus haut degré dans le rhumatisme articulaire aigu : de Ifc cette fréquence excessive des thromboses vasculaires et des végétations fibrineuses du cœur.
Par contre, on observe dans plusieurs cas graves un étal tout opposé. On trouve alors, â i'autopsie, le sang liquide et noir (1) ; il ne rougit plus au contact de l'air, et c'est surtout alors que les exsudais liquides des cavités séreuses offrent une réaction éminemment acide, ainsi que nous l'avons plusieurs fois constaté.
Rappelons enfin que, chez plusieurs sujets, le rhumatisme parait lié à la diathèse hémorrhagique.
En résumé, nous croyons avoir démontré que le rhumatisme articulaire, sous toutes les formes diverses qu'il peut affecter, constitue une seule et même espèce morbide essen-
1. Vogel. — Wirehou'M Hartdbuck der tp. Palh. und Thtrapit, I. t, 479.
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tiellement distincte de la goutte. Le rhumatisme aigu, le rhumalisrae chronique et le rhumatisme subaigu qui sert de transition entre les deux points extrêmes, ne sont au fond qu'une seule et même affection. Nous avons cherché à le démontrer par Tétude des lésions articulaires et des caractères généraux de la maladie : nous allons en trouver une nouvelle preuve dans Tétude des lésions viscérales que nous allons aborder maintenant.