‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 115 sur 230 · ENDOCARDITE · texte numérisé non relu

ENDOCARDITE

le dire, nous sont aujourd'hui familiers. Nous savons qu'il s'agit d'une inflammation de la membrane séreuse qui enveloppe le cœur, et que cette inflammation détermine en général la formation d'un exsudât séro-fibrineux qui, dans quelques cas exceptionnels, peut revêtir le caractère hémorrhagique ou purulent.

Nous indiquerons plus loin l'ensemble de symptômes qui on révèle l'existence, et les circonstances particulières au milieu desquelles elle se développe.

L'histoire de Y endocardite a été, au contraire, singulièrement modifiée par le progrès des études histologiques ; et l'endocardite rhumatismale, en particulier, a largement participé à cette transformation.

A une époque encore peu éloignée de nous, on se représentait l'endocarde comme une membrane séreuse, et l'on croyait retrouver, dans les lésions qu'il présente, les caractères de l'inflammation des séreuses. On sait que dans sa cardite polypeuse^ Kreysig avait signalé la sécrétion d'une lymphe plastique comme l'un des principaux caractères de la maladie ; on sait aussi que dans ses études si remarquables sur l'endocardite, M. le professeur Bouillaud avait longuement insisté sur la rougeur vive que présente la membrane interne du cœur.

Nous savons aujourd'hui que cette manière de voir manquait d'exactitude sous de certains rapports. L'endocarde n'est pas une séreuse, et ne saurait s'enflammer à la manière des séreuses. Mais on a exagéré en sens inverse, lorsqu'on a été jusqu'à nier l'existence de l'endocardite. On a voulu rapporter à de simples dépôts fibrineux toutes les lésions de cette maladie (Simon). C'est là le développement excessif d'une idée autrefois émise par Laênnec.

Il existe un certain degré de vérité dans l'une et l'autre opinion. L'endocardite existe, et la membrane interne du cœur

S12 iiisioLodi: l'vriioiDGiQi F.

peul s'enflammer, mais h 1h manière lios lis^u» privés de vaisseaux: it ne saurait être ici question d'un résultat plastique. D'un autre côté, la formation de caillots à rinlérieur des cavité» cardiaques joue uu rAle important daus la maladie; mais ce phénomène est toujours secondaire, et ue doit jamais usurper la première place.

Examinons d'abord la structure histologique de la membrane interne du cœur; nous serons alors mieux en état de comprendre les altérations dont elle peut devenir le siège.

L'endocarde se compose essentiellement d'une couciie très mince de tissu conjonctif, penfermaut un certain nombre de fibres élastiques, et recouverte d'un épithéliura pavimeuleux. D'après Luschka. l'endocarde fait suite à toutes les tuniques des vaisseaux; mais d'après la plupart deti auteurs, il ne se continue qu'avec leur membrane interne.

L'endocarde n'a point de vaisseaux propres: mais sur les parois cardiaques, en raison de sa faible épaisseur, tes capillaires sous-jacenls en sont trèsrapprocbés.ll en est tout autrement au niveau des valvules. Ici la membrane de revêtement estplus épaisse : quelques vaisseaux se trouvent répandus, d'après Luschka, entre les deux feuillets de la valvule mitrale ; mais, sur les valvules sigmoïdes, il n'en existe jamais à l'état normal.

Or c'est précisément sur les valvules, c'est-à-dire sur la partie la plus épaisse de l'endocarde, celle qui est la plus éloignée des vaisseaux, que siègent de préférence les lésions inflammatoires : elles débutent d'ailleurs sur la surlace extérieure.

En quoi consiste donc le processus pathologique ?

A l'état aigu, le travail morbide débute par la tuméfaction du point malade : il s'y forme de petits mamelons qui sont constitués par les éléments préexistants, dont le volume a sensiblement augmenté, et par une formation nouvelle de noyaux

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et de cellules embryo-plastiques ; le mamelon tout entier est imprégné d'un liquide, qui présente une réaction semblable à celle du mucus. Telle est la première période de la maladie.

Fig. 17. — Endocardite aiguë. Coupe de ta valvule milrale.

a. — Lamelle supérieure de l'endocarde.

a'. — Lamelle inférieure.

i. — CoDche mOTODoe dont le» vaiiieaui préieotent un degré marqué d'hy-

c. -- Effloreaccace de la lamelle supérieure de l'endocarde.

d. — U dép«t abrioeux. (1/10.)

fignn empruDlée K Rinâdeiscb. Lehrb, der paihol. GeweUbthre. Leipâg 1866, p. 186.

A laseconde période, les mamelons ont quelquefois acquis une organisation permanente : d'autres Toia leurs extrémités sont ulcérées, et cette lésion est la conséquence d'une dégénératioD granuleuse qu'il ne faut pas confondre avec l'altération graisseuse : ces petits ulcères sont taillés à pic.

Plus tard, le point tuméfié et rugueux se recouvre d'une couche de farine plus ou moins épaisse, suivant les cas. On sait du reste que l'inopexie (tendance à la coagulation du sang) est une conséquence habituelle du rhumatisme, ainsi que de l'état puerpéral et de certaines cachexies particulières.

Les végétations valvulaires de l'endocarde résultent donc de l'inflammation des tissus eux-mêmes, et du dépôt consécutif d'une couche flbrineuse.

Mais pendant que ce travail s'accomplit, les vaisseaux se développent. Dans la valvule mitrale oîi ils existaient déjà, ils deviennent plus apparents ; dans les valvules sigmoldes ils

3li PHË^iOMË:«ES CnNSLI'.lTIFS

sont créé» de toutes pièce», ou du moins les capillaire? voisins envoient des prolongements dans les parties privées de vaisseaux, comme il arrive pour la cornée loraqu'ellp s'euflamme ; voilà comment des arborisations vasculâires peuvpnt se montrer au pourtour des lésions du cœur (1).

[.es conséquences de cet état pathologique sont importantes à étudier. Voyons d'abord quelles en sont les suites immédiates.

Tantôt les choses en restent là ; il n'y a point alors de lésions de canalisation. Tantôt le dépôt Bbrineux se ramollit, tombe en détritus, et donne lieu à des embolies capillaires. C'est là un côté essentiellement clinique de la question, et un côté tout nouveau, bien qu'on ait dit le contraire. — Tantftt, enfin, l'ulcéraliongagnc en profondeur; il se Formealorsdesperforations valvidaires qui donnent lieu au\ lésions de canalisation les plus diverses ; la réunion de plusieurs pertuis peut amener le délaehemeul d'un fragment lie vaUnile et donner naissance h une embolie plus ou moins volumineuse. — N'oublions pas (|u'il se produit quelquefois des anévrisraes valvulaircs. qui jieuvent occuper soit les valvules sigmoïdes, soit la vahiile mitrale.

Dans quelques cas, par suite de causes inconnues, le processsus se modifie ; il peut alors se former du pus, ce qui est rare ; mais on voit plus souvent se développer des substances délétères qni vont infecter au loin la masse du sang, en donnant lieu à des symptômes typhoïdes. On dit le plus souvent alors qu'il t^'ug'il d'une ondorardite uicéreusp ; mais, à proprement parler, la forme ulcéreuse de l'endocardite ne s'accompagne pas nécessairement de septicémie.

Les conséquences ultérieures de l'endocardite se rencon-

- Dm rhumalismf vUciiral. Thèse Je runcoiirs pour r.afrégntion.

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