SEIZIÈME LEÇON
Symptomatologie du rhumatisme chronique partiel et des nodosités d'Heberden.
SoMMA.[n.E. — Fthumatisme chronique p«rtkl. — D^numinïtiont dîvenes qu'U a reçues. — Ne diffère pu cisentiiillement du rbumntUniG noueu). — Ses caractères parllculiera. — Petit nnmbrf dci Juintiire» alTeclées. — Les grandes articulations sont le plus souvent frappéiia. — Début insidieux ; forme chronique d'emblée. — Dëfonnutioni articulaires. — MonireatalioDs diaihésiques. — AfTeclions cutanées. — Lésions viscérales.
Mode de développement. — Succède parrois au rhumatisme aigu. — Peut se manircster d'emblée. — Se généralise quelquefois.
Phénomènes articulaires. — Déformations. — Douleurs. — Absence de scnsihililé a la p»]p»tion. — Craquements.
Pninoatic relativement peu sérieux. — Abolition plus ou moins complète de» inouvemenls. — Kétracliori apaamoiiiqup des miiarlca assez rare — lligidilé extrême de l'articulation.
Nodosités d'Heberden. — Indépendantes de la goutte. — Sièfrent au niveau des ariiculationa des phalangoltes. — Lésions identiques à celle de l'arthrite sèche. — Les autres jointures de la main souvent affectées, mois ï un moindre degré. — Cette alToction se rattache à la diathèse rhumatismalp. — Ellle peut, bien que rarement, coïncider avec la goutte.
Messieurs,
Nous allons compléter la description des symptômes du rhumatisme chronique, par l'étude des deux formes principales de cette maladie, qui font suite au rhumatisme noueux, dans la classification que nous avons adoptée. Il s'agit du rhumatimie chronique partiel, et des nodositéx d'Heberden.
Le rhumatisme chronique partiel dont nous allons nous
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occuper d'abord, a reçu un grand nombre de dénominations diverses suivant les auteurs. Lorsqu'il siège à la hanche, on rappelle Morbus coxœ senilis ; on lui a donné, lorsqu'il occupe un autre siège, les noms A' Arthrite sénile, à' Arthrite sèche. C'est l'affection qui produit les difformités, les mieux caractérisées ; c'est V Arthrite déformante.
Cette maladie ne diffère pas essentiellement de la précédente ; cependant, elle s'accuse par quelques symptômes particuliers. Nous en avons déjà signalé plusieurs. Nous allons maintenant vous rappeler les différences les plus caractéristiques qui séparent ces deux formes d'une seule et même affection.
1** Les articulations sont prises en petit nombre, relativement à ce qui se passe dans le rhumatisme généralisé.
2** Les grandes jointures, et même celles qui, dans la forme précédente, ne sont que très exceptionnellement atteintes, sont ici frappées le plus souvent.
3* La forme chronique d'emblée est ici la règle. Le début est le plus souvent insidieux ; les douleurs sont peu prononcées ; les membres affectés conservent le plus souvent leur mobilité, du moins jusqu'à un certain point. Mais, par contre, il se produit souvent des difformités considérables au niveau des jointures, par suite de l'exubérance des bourrelets osseux ; quelquefois aussi l'on rencontre une hydarthrose assez considérable pour contribuer à la déformation (Forme hypertrophique d'Adams).
Cette maladie a été surtout étudiée au point de vue de la pathologie externe : on s'est plus spécialement occupé des cas dans lesquels Taffection s'est localisée sur une seule articulation. En effet, le diagnostic peut alors oflrir de grandes difficultés; car cette forme de rhumatisme peut simuler une luxation, une fracture, et mieux encore une tumeur blanche.
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Ce sont là des queslions qui ont surLouL alliré ratlentinn de* chipurgieas; néanmoins, l'étude de celte maladie présente un grdnd intérêt pour le médecin; en effet, il s'agit d'une affectioD presque Loujoura diathésique, qui peut souvent coexister avec des m.anifestations cutanées (1) et avec des lésions viscérales (asthme, cardiopathies) dont la signification se révèle par le fait mCrae de leur coïncidence avec des arlhropathies chroniques.
Remarquons d'ailleurs que la localisation du mal sur une seule jointure, le début latent de raffection, l'énorme exubérance des bourrelets osseux de formation nouvelle, suul des faits plutflt exceptionnels que réguliers, et qui frappent surtout par leur singularité. Les arthropalbies du rhumatisme chronique partiel se montrent très fréquemment avec tous ces caractères, h nu degré bien inférieur, sans doute, mais parfaitement appréciable. Ce fait a une grande importance clinique; car l'existence bien constatée de ces arthropalbies peut être un indice facilement saisissable de la diatbèse rhumatismale : et c'est surtout à ce point de vue qu'elles nous iuté-
Je n'entreprendrai point, messieurs, de vous donner une description en règle de cette forme du rhumatisme ; elle appartient surtout, comme je l'ai dit, au domaine de la chirurgie, sur lequel je ne veux pas empiéter. Je ne puis toutefois me dispenser de vous faire connaître ceux des caractères de cette affection qui, au point de vue où nous sommes placés, nous intéressent plus spécialement.
A. Le rhumatisme chronique partiel parait succéder quelquefois au rhumatisme articulaire aigu, dont i! est alors la conséquence.
i. Colombe). — Recherc/iea sur Varthrite sèdie. Thèse de Paris, 1862.
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Adams, qui a spécialement étudié cette question, reconnaît ce mode de développement des phénomènes morbides. Il s'agit, en pareille circonstance, d'une des formes du rhumatisme mono-articulaire. Deux cas peuvent se présenter : tantôt le rhumatisme dégénère en tumeur blanche ; tantôt il prend les caractères de Tarthrite déformante. C'est là ce qui arrive le plus souvent ; et cette transition n'a rien qui doive nous étonner, car nous savons que le rhumatisme aigu présente, en germe, les lésions de la forme chronique.
B. Le début de l'arthrite déformante peut être aigu, quoique le rhumatisme soit partiel dès l'origine. Adams (1) et M. Colombel(l) en ont rapporté des exemples, et moi-même j'en ai observé quelques cas à la Salpêtrière. Ainsi, chez une femme âgée de cinquante-trois ans, il y eut, au début, des arthrites partielles aiguës, avec fièvre et rétraction musculaire; puis la maladie persista, sous forme d'arthrite sèche ; en dernier lieu, des douleurs symétriques se manifestèrent aux deux mains et l'on constata le passage de l'afiFection au rhumatisme noueux.
C. Au contraire, le début de la maladie peut, comme nous l'avons vu, être lent, insidieux, les accidents restant localisés, à l'origine, sur une seule jointure : mais le véritable caractère de l'affection se révèle à la longue par l'apparition d'une ou plusieurs autres arthrites, ou de quelques manifestations abarticulaires, liées au rhumatisme. Il existe actuellement à la Salpêtrière une femme de quarante-six ans qui, après avoir eu d'abord une arthrite sèche à la hanche, fut atteinte, à une époque ultérieure, d'une affection semblable au genou. Chez une autre malade, âgée de soixante-trois ans, il