SYMPTÔMES
qui les a étudiés à la Salpètrière, propose d'admettre une nouvelle espèce de goutte, qu'il appelle goutte asthénique primitive (1 ) ; enfin J. Hayharth fait évidemment allusion aux mêmes cas dans son Histoire clinique des nodosités des Jointures (2). Le début habituel dans les petites articulations qui sont bientôt profondément lésées, la tendance à la généralisation, l'intervention presque constante de la rétraction musculaire, et, par suite, la production plus ou moins rapide des déviations des extrémités, ou même des membres, tous ces caractères ont imprimée la maladie, dans les cas où nous l'avons observée, une physionomie particulière et un cachet de gravité qui n'autorisent pas, sans doute, la création d'une affection distincte, mais qui motivent, du moins, une description spéciale. C'est cette description que nous allons entreprendre, dans trois chapitres consacrés : le 1 "' à la symptomatologie, le 2^ à l'étiologie, le 3*^ à Tanatomie pathologique. Ce sont là, en effet, les seuls points sur lesquels nos études ont pu spécialement porter.
Symptômes.
La douleur, la tuméfaction, la rougeur des jointures, les déviations des extrémités ou des membres, sont les principaux symptômes présentés par les malades que nous étudions. Avant de montrer la manière dont ils s'enchaînent et la marche qu'ils suivent, nous allons les passer successivement en revue et chercher à indiquer leurs caractères les plus saillants.
1. Ltindrcj-Bcîiuvais. — Doit-on admettre une nouvelle espèce de f/outte nous la dénomination de (joutte asthénique primitive ? Thèse inaugurale, an VIII, n- 18.
2. J. Hayfjarth. —A clinical hislory of the nodositij of the joints.
3SC nvprAats
Itftulfur. {a douleur peut «iê^r eirhtsïvenieni iaB* les joîulure»: mai*. «»«^z mouvrai, rllr nrrtipr rn inêiM! Innps le rorp^t dr^i mnnbrf? : ri aloo. rllr parait réi^id^r -wîl âsn» les evli*iiiil^-<w**"ii'M«', wît dans \f^ tnawlw. «oi( dans |p« tronn l)«irv'4.'u\. atUN que oou» rlierrhrrun:^ à li^f dttnonlrrr. La tkui- Uur arl'ttulnirt e^l trèff nriiihl« datr- ^«n in(eD5Î(é ' au nî- TMu de» p»'lit« juinlure». Hle e«l «ouvent tîvp, superfirif llr. comparable ft celle qu*exHte une hrAlure au premier degré, arcompagnèe de rougeur el de gonflement ; dan» les grandes articiilalkins, elle e*4 habiluellemenl sourde, profonde ; elle cOQMsIe alor» enuiie sorte d'enguurdissemeni, el >'acronipagii« de gonfleinenl diffus ^ans rougeur.
Lorsque Tenvaliissenjenl surcesstf d'un grand nombre de joinliireA a rapidement produit l'infirmité, la douleur articulaire a pu J^lre ince5«aiite pendant plusieurs mois, plusieurs ann^eii, et di:«puraUre ensuite presque coniplélenient. Mais le pluî'ordinaireiiient. elle persiste iodéfinimenl. tout enprésen- Innt des exacerhations et des rémissions, sous diverses in- Hui'iiri'», l'iii des rpoqiips que nous aurons à dèlerralner ; elle n'est pas mobile, elle ne parait pas sous forme d'accès véritables el ne se transporte jamais rapidoment d'une jointure à une autre.
Il est des cas où la douleur articulaire osl â peine sensible, pendant tout le cours de la maladie, alors même que les déviations des membres se prononcent avec une rapidité extrême ; c'est ce qu'on peut voir dans l'observation suivante :
OnsKHVATiiJN I. ^ /'as d'antéa'tdeiils hêyédilaires ni d'habitation humide. — Jùnotion vivr suivie de la suppression des rrgles, el deux moi» plus lard, du début des mnnifesfaliots urticulairei (17 ans). — Appaiilioii rapide des n'-traclions musculaires. — Ténotnmic : Amëlioralioii. — Réapparition des rétractions mus-
culaires, — Caractères des déformations, — Absence presque complète de douleurs articulaires.
La nommée Ëulalie Rolin, âgée de trente-quatre ans, couturière (Salpétrière, bâtiment Saint-Jacques, rez-de-chaussée). — Les parents de cette femme n'ont jamais eu de douleurs articulaires; elle n*a jamais habité d'endroit humide, et n'a jamais été exposée au froid. Elle a été réglée à Tâge de onze ans ; elle a toujours joui d'une bonne santé; elle est d'une forte constitution, plutôt sanguine que nerveuse ; elle n'a jamais eu d'attaques de nerfs. Elle avait dix-sept ans, et était dans ses règles, lorsqu'on vintlui annoncer que son père était mortsubitement. A la suite de l'émotion que lui causa cette nouvelle, ses règles, qui jusque-là coulaient fort régulièrement, se supprimèrent tout à coup, et elles ne reparurent, par la suite, qu'à l'âge de vingt-deux ans. Deux mois après la suppression des règles, les articulations métacarpo-phalangiennes des deux mains, et presque en même temps celles des genoux, deviennent rouges et un peu gonflées, mais sans douleur notable et sans fièvre. Presque immédiatement, comme dit la malade, les nerfs se retirent, et la rétraction symétrique des deux extrémités supérieures, d'abord, puis quelques mois après, la flexion forcée des genoux, se manifestent également, sans douleurs véritables, mais avec un sentiment de crampes se propageant le long des membres. Au bout de deux ou trois mois, pendant lesquels aucun désordre n'a été remarqué dans l'accomplissement des fonctions des viscères, E. Rolin était réduite à l'état d'infirmité où nous la voyons. Elle n'avait jamais suivi aucun traitement, lorsque M. Maisonneuve, aux soins duquel elle fut confiée, en 1841, opéra la section des tendons des muscles postérieurs de la cuisse, et plaça ensuite les membres inférieurs dans un appareil. Trois mois après cette opération, les membres avaient pris à peu près leur longueur normale, et la malade commençait à marcher; mais bientôt la rétraction se manifesta de nouveau, aussi marquée que par le passé, Depuis ce temps, la malade, complètement
3!!8 DOtLEtil OSSEUSE ET Ht'SCrLAIRK
incapable dp se inotivoir, est entrée A la Salpétrière, Les (épaules f^oiit libres, les coudes et les poignets sont incomplètement ankyioHf^B, les bras sont deini-iléchis sur l'avant-hras ; les moins, qui wint dans une pronotion complète, pri^enlent rattituJe que nous désignepon» sous le nom ds !" type. Les jambes Ronl dt'cbies à sii^le presque droit sur tes cuisses : les articulations des genoux presque complètement ankyloséea; les articulations des hanches sont libres, les articulations des cous-de-pied et des orteils sont complètement mobilfs et n'ont jamais été atteintes. La malade ne peut marcher : mais on la porte de son lit sur une chaise, ofi elle s'occupe toute la journée à travailler il l'ai^icuille, les deux pouces ayant consenè une mobilitt^ suffisnnlo pour le |ierinetlrc. Elle jouit d'ailleurs, depuis qu'elle ost infirme, d'une santé florissante, et n"n jamais (éprouvé la plus petite incnmiiindîtè,
Olle absence presque complt^te de la douleur articiilHirp iloil être considérée' comme un phi^nonitne eMeptiontiol, et c'est la seule fois que nous i'ayoïis notée.
La douleur osseuse est profonde, térébrante, plus pénible que la douleur articulaire; elle arrache souvent des pleurs aux malades, qui indiquent quelquefois fort bien le trajet qu'elle suit le long des extrémités des os; elle est toujours plus intense la nuit que le jour; elle n'existe guère que dans les cas ofi la maladie est depuis longtemps constituée. Nous avons cm remarquer que, chez certains malades, une percussion légère, exercée sur le corp? des os, l'exagérait manifestemenl.
Douleur musru/airfi. La variété de la douleur qui parait résider dans les muscles se montre ordinairement plus ou moins longtemps après l'appariliou de la douleur des jointures; d'autres fois, au contraire, elle la suit de très près.