‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 166 sur 230 · DOULEUR MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

DOULEUR MUSCULAIRE

Elle est sourde, accompagnée d'un sentiment de crampes et de fourmillements, quelquefois, de tremblements dans les extrémités, et bientôt d'une rétraction musculaire, presque invincible, qui amène la flexion ou l'extension des membres et constitue un phénomène souvent très pénible, contre lequel les malades luttent avec persistance. Cette douleur occupe généralement toute la longueur d'un membre, depuis l'épaule, par exemple, jusqu'à l'extrémité des doigts; elle peut être limitée à un côté du corps, mais le plus souvent, elle se montre symétriquement des deux côtés; elle peut occuper simultanément les membres abdominaux et les membres thoraciques. Nous verrons que c'est principalement chez les jeunes sujets, dans les cas où la maladie a coïncidé avec la grossesse, l'accouchement, la suppression des règles, que cette rétraction douloureuse des muscles a été prononcée et persistante. Je crois que c'est à ce symptôme que Haygarth et Landré-Bau vais fout allusion, lorsqu'ils disent que l'affection des jointures s'accompagne souvent de douleurs spasmodiques dans les membres. Dans ces derniers temps, M. Adams a parfaitement remarqué la sensation de crampes, et les fourmillements qui la caractérisent. Nous aurons à revenir sur ce sujet dans plusieurs points de ce travail, et, en particulier, au moment où nous chercherons à apprécier le rôle que jouent les muscles dans la production de la rigidité articulaire, et des déviations des extrémités; mais nous devons dire, dès à présent, que ces déviations s'accomplissent assez souvent sans que les malades aient éprouvé la sensation douloureuse que nous avons essayé de dépeindre.

Les douleurs musculaires sourdes, qui sont accompagnées de crampes dans les membres, et suivies de rétraction, nous semblent bien distinctes de celles qui reconnaissent pour cause la myosite rhumatismale. Ces dernières ont été notées chez le tiers environ des malades que nous avons observées;

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elles occupaient alors diverses régions du corps, et étaient li-1 mitées à un petit nombre de muscles. Elles avaient cessé 1 d'exister, dans la plupart d^s cas, h l'époque oti le gonflement 1 des jointures s'était montré pour la première fois (Obs. IIl),.! Nous avons noté, chez deux malades seulement, l'existence | de douleur, occupant le trajet des nerfs. Dans ces deux cas, c'est te nerf sciatique qui parait avoir été atteint. Nous ne I pouvons donner plus de détails sur ces douleurs, car elles 1 avaient cessé d'exister depuis longtemps, à l'époque où nous avons observé les malades qui les présentaient.

La rougetir des jointures est un phénomène qui se montra I au début, et lors des exacerbations de la maladie. Nous n'a vous pu l'observer que dans ce dernier cas. Elle était blafarde, ] circonscrite aux parties saillantes de la jointure, et s'accompagnait d'un peu de chaleur et de gonflement œdémateux des parties molles ; elle n'était le plus souvent appréciable qu'au niveau des petites articulations, et encore y manquait-elle souvenl.

Gonflement. — Le gonflement inflammatoire des parties molles superficielles de la jointure est tôt ou tard remplacé par une tuméfaction permanente des parties profondes ; on rencontre alors tantôt un gonflement mollasse, donnant la sensation d'une fausse fluctuation, et qui est due à l'hypertrophie des couches celluleuses qui doublent la synovialeà l'extérieur; tantôt une tuméfaction dure, osseuse, qui justifie la dénomination de nodosité (nodosity of the joints), employée par Haygarth pour la désigner. Ce gonflement noueux est quelquefois accompagné ou précédé d'une véritable hydartbrose, que M. Adams parait considérer comme à peu près constante à une certaine époque de la maladie. Nous ne l'avons que rarement QOtée, peut-être parce que, dans la plupart des cas,

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nous n'avons assisté ni au début, ni aux premières périodes de l'affection.

Les nodosités reconnaissent des causes diverses ; elles sont produites : 1" par des ostéides ou des corps étrangers mobiles ; 2"* par des stalactites osseuses plus ou moins régulières, souvent acuminées et toujours adhérentes aux tètes des os, et qui circonscrivent plus ou moins complètement les jointures ; 3* elles peuvent enfin exister , même en l'absence des stalactites et des ostéides, et reconnaître pour cause la subluxation des os, dont les tètes viennent faire saillie sous les téguments amaigris, et paraissent quelquefois au point de les percer.

Les jointures gonflées sont tantôt mobiles, tantôt plus ou moins rigides : c'est dans le premier cas seulement qu'on peut y produire un craquement sec et tout spécial, en rapport avec les ulcérations et les érosions des cartilages diarthrodiaux.

On peut généralement, au moyen de la palpation, se rendre compte pendant la vie des malades, de la plupart des détails que nous venons de présenter.

Rétraction musculaire. — Déviations. — Avant d'entreprendre l'étude des déviations, nous croyons nécessaire d'indiquer les articulations qui sont le plus souvent affectées, pendant le cours de la maladie. Toutes les jointures ne se prennent pas indifféremment ; quelques-unes des plus petites, celles des mains en particulier, sont atteintes presque constamment, et fort souvent avee toutes les autres. Il est, au contraire, des articulations qui ne se prennent que très tard, assez rarement, et presque toujours à un faible degré ; telles sont, par exemple, celles de l'épaule et de la hanche. Le tableau suivant nous dispensera de donner sur ce sujet de plus amples détails :

362 iu';vivrro\s

Tal'lfnii (Ifs jninlurex le plus sottvpnt affectées pendant ta période ifélat, sur 40 cas.

ArlicuInLîiins d(?s phalanges entre elles (à un

tiaul degré) 40 fui».

— iiiétauarpo-plialaogicnnes (à des

degrés divers) 40

— rlu poignel 30

— du coude 31

— de Tépaul.e (elle est raremeol prise

au même degré que les prf'côdentes) 23

— plerno-claviculaire 5

— vertébral es 16

— leraporo-maxillaire 6

— phalanges des orteils (du pouce

principalement') 17

— méfatarso - phatangiennes ( du

pouce urlout) 21

— tibio-tarsïenne {h. des degrés très divers) 2ÎJ

— du genou (à des degrés très divers) 27

— de la hanche (simple roideur). .. 2

On voit, par ce tableau, que les articulations des membres supérieurs sont plus souvent affectées que celles des membres inférieurs. Aussi la plupart des infirmes ne peuventelles pas faire usage de leurs mains et de leurs bras, tandis que les articulations des membres inférieurs sont très souvent assez libres pour permettre la marche. Haygarlh a donné, dans son Traité de la nodosité des jointures, un tableau qui a beaucoup d'analogie avec celui que nous venons de présenter. Nous n'avons pas eu à rechercher s'il est un côté du corps qui présente le plus souvent les jointures malades; car presque constamment, les deu\ côtés sont envahis symétriquement.

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