‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 179 sur 230 · LÉSIONS DES CARTILAGES DAMS U GOUTTE · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES CARTILAGES DAMS U GOUTTE

OÙ Ton voit la matière tophacée disposée sous forme d'amas de cristaux aciculaires d'une grande ténuité. Dans un cas observé par le docteur Bramson ( Arthritische Erkrankung der gelenk'knorpel , in Zeitsch. fiir rationnel Medizin^ 1845, T. III, p. 175), les cartilages de plusieurs articulations étaient infiltrés de matière crayeuse , et l'examen microscopique démontrait que cette matière siégeait exclusivement dans les espaces intercellulaires. Les cellules cartilagineuses ellesmêmes avaient l'aspect normal.

Enfin le docteur W. Budd {Researches on Goût, in Medicochinirg. Transactions^ 1855) a décrit et fait représenter les altérations que subisssent dans la goutte chronique les cartilages articulaires. Cet auteur a vu la matière tophacée se déposer dans l'épaisseur du cartilage et sous forme granuleuse, et sous forme de cristaux en aiguille. Ces cristaux restaient quelquefois isolés, d'autres fois, ils s'agrégeaient de manière à présenter les aspects les plus variés. Les planches que nous soumettons à l'examen de la Société, et qui représentent les altérations des cartilages telles qu'on les rencontrait dans le cas qu'il nous a été donné d'observer, concordent parfaitement avec celles qui sont annexées au travail du docteur Budd.

Pendant longtemps, nous avons pu croire que les observations de ce genre n'avaient jamais été reprises en France ; mais M. le docteur Broca nous a dit avoir présenté à la Société anatomique, il y a de cela plusieurs années, des cartilages provenant des jointures d'un goutteux, et où la matière tophacée se montrait avec les apparences que nous avons décrites.

Ce n'est pas seulement dans l'épaisseur des cartilages que la matière des tophus peut se déposer sous forme cristalline. Garrod(/oc. cit,) et Lehmann ont vu des cristaux aciculaires tout à fait semblables à ceux qu'on rencontre dans les carti-

Chargot. OEuv. compl. t. vn. Malad, des VieiUarda. ao

il8 USIOSS DES C\1ITIUGES 1)\>S L\ GOl'lTK

lages e\i:«lcr en très grande abondance dans le liquide qui s'accumule chez cerlaina goulteui au voisinage des jointures des exlrémilôs, dans les poinls où, à la longue, se formeront les concrétions lopliacécspériarliculairep. Suivant Garrod et Lelimann, ces cristaux doivent être rapportés à l'urale de soude. Dans te cas qui fait l'objet du travail du dorleur Branson {lor. cit.), les depuis crayeux exislaient dans rêpaîsscur des tendons de la (aee dorsale des mains au voisinage des iirCiculations m^'liicirpo-plialangicnnes. La subslaiice lilanclie compacte ou friable, qui formait ces dépôts, examinée au microscope. )iaraissait comiiosêc en parlie d'une mati6re granuleuse, amorphe, et en partie d'aiguilles cristallines. I^ constitution chimique de ces aiguilles n'a pas été déterminée d'une manière e>acte ; mais leur forme rapjieiait celle qu'on voit prendre souvent à l'urale de chaux.

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Sur les concrétions tophacées do Toreille externe

chez les goutteux.

J'ai recueilli pendant ces dernières années un certain nombre d'observations qui me paraissent propres à éclairer plusieurs points de l'histoire clinique et nécroscopique de la goutte proprement dite ; j'espère pouvoir prochainement faire part à la Société de l'ensemble des résultats auxquels j'ai été conduit par la comparaison de ces observations ; mais pour le moment, je me bornerai à présenter quelques remarques concernant les concrétions tophacées qu'on rencontre assez fréquemment chez les goutteux, sur diverses parties du pavillon de Toreille.

Ces concrétions ont été remarquées déjà par plusieurs médecins : MM. Fauconneau-Dufresne (dans Cruveilhier, Allas (Tanat.path.^ \y^\\\T.),'ïoM{C Unie. Lectures on Urinary Orgam^f. 419. London 1859), Car rod, entre autres, les ont particulièrement mentionnées ou décrites. Ce dernier auteur surtout en a fait une étude attentive dont les résultats ont été consignés, d'abord dans un mémoire qui fait partie des Transaciions-médico chirurgicales pour Vannée 1854 (vol. XXXVII) puis dans un important traité de la goutte publié récemment {The Nature and Treatmentof Goût, London 1859). C'est

1. Comptes rendus de la Société de biologie ^ l. II, 3« série, 1860, p. 47.

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plus spécialemenl sur les observalions du M. Garrod et sui celles qui nous sont propres que sodI fondées les coiisidém tious qui suivent :

Le nombre des concrétions dont il s'agit psL variabltr : on en rencontre tanlôt une ou deui seulement, taiitât jusqu'à huit ou dix sur une même oreille. Elles peuvent n'exister que sur une seule oreille, ou occuper au contraire les deux opuilios d'un même sujet. Ce dernier cas semble être le plus rarcfl^ Leur siège de prédilection est la partie supérieure de la r nure de l'hélix; mais on les observe assez Tréquemmcnl surl l'Iiétix lui-mélUQ ou sur son bord tranchant, cl enfin sur l'aii^ 1 thêlix. Ainsi qu'on le voit sur la planche que nous présentomj k la Société, elles constituent cheit un de nos malades trois| petites tumeurs arrondies ayant environ le volume d'un pois ^ deux de ces tumeurs occupent l'exlrémité inférieure de l'an» Ihélix; la troisième, un peu plus volumineuse que les autres, j est située sur le rebord obtus qui limite en arriére la cavitâ J de la conque et l'ail légérenkcnl saillie dans celle cavité. Nous croyons que ces concrétions n'ont pas encore été rencontrées sur les parties qui composent le tiers inférieur du pavillon, sur le lobule, par exemple. Graves (A Si/stem of Clinical Médicine, Dublin, 1843, p. 381), qui décrit une congestion du lobule de l'oreille survenant par accès chez quelques goutteux, ne dit point que celle congestion ail produit quelquefois, dans les parties où elle se porte, un dépôt de matière lophacée.

Dans certains cas, les concrétions de l'oreille peuvent acquérir, comme ou l'a dit plus baul, le volume d'un pois; mais, le plus souvent, elles sont à peine grosses comme une tète d'épingle ou un grain de millet. Elles se présentent, d'ailleurs, sous deux formes principales. Dans une première forme, elles constituent de petites tumeurs sous-cutanées, hémisphériques, plus ou moins régulières et plus ou moins

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saillantes ; mobiles avec la peau ou adhérentes au cartilage sous-jacent, parfois obscurément fluctuantes, elles ont d'autres fois une consistance comme pierreuse ; la peau qui les recouvre peut avoir conservé sa coloration naturelle, ou laisser voir, au contraire, par transparence, la substance d'un blanc mat qui les compose. Dans la seconde forme, ce sont de petites plaques arrondies qui semblent faire corps avec le tégument externe, et au niveau desquels la matière d'aspect crayeux est à nu ou recouverte seulement par une mince couche épidermique.

Extraite à l'aide d'une légère incision lorsque les concrétions sont profondément situées, ou détachée par le grattage lorsqu'elles sont tout à fait superficielles, la matière tophacée peut être demi-liquide, de consistance caséeuse, ou offrir enfin la dureté de la craie. Si l'on emporte un fragment sous le microscope, elle parait quelquefois composée d'une infinité d'aiguilles cristallines, principalement lorsque le dépôt est mou et de formation récente (Garrod); mais le plus souvent, elle se présente sous l'aspect d'une poudre amorphe. Si l'on soumet la préparation à l'action de l'acide acétique concentré, les aiguilles cristallines ou la poudre amorphe se dissolvent bientôt, quelquefois avec effervescence, et l'on voit, au bout d'un certain temps, se former en leur place de nombreux cristaux affectant, pour la plupart, la forme rhomboïdale caractéristique de l'acide urique. Enfin, traitée par l'acide nitrique bouillant, la matière tophacée se dissout, et donne rapidement lieu, lorsqu'on fait intervenir l'ammoniaque, à une belle coloration pourpre de murexide. Comme on le voit, la substance des concrétions de l'oreille ne diffère par aucun caractère essentiel de celle qui constitue les tophus goutteux articulaires ou abarticulaires. (Voyez, sur ce sujet, la note publiée plus haut, p. 415).

C'est, le plus souvent, à la suite d'un accès de goutte

m TOriUS DE l."(HIEII.I.E II\?1S IJ, GUI ÎTE

nrliculairo tnleiisc ou di^ luiigue durée qufi se ppoduiapnl !m'3 concKilioiis de l'oreille. Leur formation n'nsl en général, , accompagnée d'aui-un symptAine parlieulier. et les malades i les portent quelquefois depuis longtemps sans les av<Mr''I remarquées. Cependant, parfoig. elles donnent lieu de lempSiT ji autre, principiilement au moment où les accès articulaires 1 se déclarent, it un sentiment de gône et de picotement, ott f m^me à une douleur plus ou moins vive ; îl n'est point rare, 1 en pareil cas, que les vaisseaux cutanés ou sous-culanés qoM les avoisinent soient dilatés et plus nombreux que de coa-l tume.

Après avoir persisté pendant plusieurs mois ou méniA I plusieurs années sans éprouver de modification appréciable,,] les dépôts tophacés de Toreille peuvent diminuer de volumdj on s'effacer à peu près complètement, ainsi que cela arriva] quelquefois auv tophus articulaires. A mesure que rertaiof J dépôts disparaissent sur un point de l'oreille, on peut en voir 1 de nouveaux se former sur un autre point. Il n'est point rare que les concrétions soient rejetées en masse, lepluscommonémenl h la suite d'une inflammation plus ou moins vive quï s'empare des parties avoisinantes. L'intervention d'un travail inflammatoire n'est cependant ici nullement nécessaire : ainsi, chez un goutteux depuis longtemps soumis à notre observation, une concrétion superficielle, plate, arrondie, ayant 2 millimètres de diamètre environ, d'un blanc mat paraissant laire corps avec la peau, et recouverte seulement par une mince couche d'épidémie, siégeait depuis plusieurs mois sur l'hélix de l'oreille droite. D'abord très adhérente lorsque nous l'aperçûmes pour la première fois, celte concrétion se détacha peu k peu, d'abord par un point de la circonférence, puis par les parties profondes, et devint tout a fait mobile. Un jour, enfin, elle tomba sans que le malade s'en aperçût. Or, ce travail d'éliini nation spontanée s'est effeclué sans que

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la peau ait jamais présenté aucun indice d'inflammation. Une petite perte de substance en forme de fossette, et représentant, en quelque sorte, le moule externe de la concrétion, marqua pendant longtemps le lieu où celle-ci avait existé.

Il ne faudrait pas considérer les concrétions tophacées de Toreille externe comme un objet de vaine curiosité ; elles paraissent au contraire, devoir tenir une place importante dans l'histoire clinique de la goutte. En effet, d'après les recherches de M. Garrod, ce seraient de tous les dépôts goutteux situés superficiellement, et dont l'existence peut être directement reconnue pendant la vie, ceux qu'on observe le plus fréquemment. Lorsque sur un point du corps, au voisinage des jointures, par exemple, il existe de semblables dépôts, on en rencontre en même temps, du moins le plus communément, quelqu'un sur l'oreille, et, de plus, l'oreille peut en présenter un ou plusieurs, alors qu'il n'en existe pas ailleurs. Voici, du reste, les résultats statistiques sur lesquels se fonde l'opinion de M. Garrod. On rechercha attentivement, chez 37 goutteux, s'il existait des concrétions d'urate de soude, soit à la surface du corps, soit au moins dans des points où leur constatation est chose facile : ces concrétions furent rencontrées dans 17 de ces cas ; elles faisaient défaut dans les 20 autres cas. Sur les 17 cas où les concrétions existaient, 7 fois elles siégeaient sur l'oreille seulement, 9 fois on les rencontrait h la fois sur l'oreille et au voisinage des jointures ; enfin, dans un seul cas, il en existait au voisinage des jointures, bien que l'oreille n'en présentât pas de traces. Les sujets chez lesquels on rencontr i des dépôts tophacés sur l'oreille externe, sans qu'il en existât au voisinage des jointures, avaient tous éprouvé ou éprouvèrent par la suite un ou plusieurs accès arthritiques bien caractérisés ; chez plusieurs d'entre eux le sang et l'urine furent soumis i\ Texamen chimicjue, el l'on s'assura que ces

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liquides renfermaient de l'acide urique en excès. EnSn, cliM deux de ces individus qui succombèrent, bien que pendant la vie les jointures ne fussent point déformées, on trouva les cartilages d'encroûtement de plusieurs articulations chargé» de dépôts d'urate de soude.

On prévoit aisément, d'après ce qui précède, que la constatation des dépôts tophacés de l'oreille externe pourra, dan» certaines circonstances, être une précieuse ressource pour le diagnostic ; les pertes de substance ou les cicatrices que les concrétions laissent après elles, lorsqu'elles se sont détachées spontanément, devraient également ^Ire recherchées avec soin.

Des dépdls topliacés analogues à ceux que nous venons de décrire se rencontrent quelquefois, au dire de M. Todd{/oc. cil., lect- XVI), sous la peau qui recouvre les cartilages dcfl ailes du nez. Jusqu'à présent nous u'avons pas été assez heun eu,v pour rencontiep des exemples de ce genre (11.

I«i9. p. 47 ot r,a:ellf hrhdo-

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