‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 30 sur 230 · MALADIES SPÉCIALES A LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

MALADIES SPÉCIALES A LA VIEILLESSE

jouit d'une santé excellente ; elle présente dans l'aisselle une température de 37 degrés 2/3 ; dans le rectum, nous trouvons 38 degrés, ce qui est le maximum de la température normale chez Tadulte. Ainsi, messieurs, si la vieillesse affaiblit la plupart de nos fonctions, elle est loin de les paralyser toutes ; et une observation rigoureuse nous montre que, sous de certains rapports, les organes du vieillard s'acquittent de leur t&che avec tout autant d'énergie que ceux de Tadulte.

Messieurs, Taperçu qui précède nous a montré que les progrès de l'âge établissent, en vertu des modifications physiologiques, une différence profonde dans les phénomènes pathologiques. Nous aurons donc à étudier la question sous trois points de vue différents :

1" Il existe des maladies spéciales à la vieillesse, et qui se rattachent, en partie du moins, aux modifications générales survenues dans l'économie. Nous citerons, comme exemple: le marasme sénile, Tostéomalacie sénile, l'atrophie sénile du cerveau, certaines altérations du sang (1), Tasystolie sénile, enfin Tathérome artériel dont l'étude constitue l'un des côtés les plus intéressants de la médecine des vieillards.

2** Parmi les maladies qui peuvent exister aux autres époques de la vie, il en est plusieurs qui, pendant Tâge sénile, présentent un caractère spécial; tel est, par exemple, la pneumonie lobaire, ce grand ennemi des vieillards, et Tune des principales causes de mortalité dans cet hospice. Nous reviendrons plus tard sur cette partie de la question.

1. La fréquence des coagulations intravasciilairos riiez les vieillards semble démontrer qu'il existe chez eux une tendance à Tinopexie. et le purpura senilis n'échappe point à cette règle ; car il est probable que cette dernière affection ><î rattache, au moins fort souvent, à des ruptures spontanées des capillaires.

16 IMNUiMTÉS PATHOLOGIQUES

3° La vieillesse semble créer, à certains égards, des immunités pathologiques. Les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, la phthisie sont peu communes à cet âge ; cependant, il ne faut point s'exagérer l'importance de ces immunités, qui sont loin d'être absolues, ainsi que M. Rayer l'a démontré pour la fièvre typhoïde, Murchison pour le typhus, et d'autres auteurs pour diverses maladies (1). Qui ne sait, d'ailleurs, que Louis XV est mort de la variole à l'âge de soixante-cinq ans?

Nous croyons en avoir dit assez, messieurs, pour vous convaincre qu'il existe une pathologie sénile ; et pour vous offrir un exemple frappant des modifications que l'âge peut

1. Consultez Rayer, Gaz méd.j t. X, p. 573 (1842), et Uhle, Ueber der typhtis abdominalis der allet^en Lent., in Archiv filr PhysioL Heiluknde, Bd UI, Hcft. 1859. Ces auteurs rapportent des exemples frappants de flèvrc typhoïde chez les vieillards. — Murchison fait observer qu*aucun âge n*est exempt du typhus : de 15 à 20 ans la proportion est de 66 p. 100 ; de 60 à 65 ans, elle est de 2,5 p. 100 ; de 70 à 75 ans, elle est de 1,21 p. 100. Le cas survenu à l'àg^e le plus avancé est relatif à un vieillard de 84 ans. — La fièvre à rechutes (relapsing fever) est moins fréquente que le typhus chez les vieillards, cependant on en observe quelques exemples ; au-dessus de 50 ans, la proportion est de 6,63 p. 100 ; au-dessus de 60 ans, elle est de 1,6 p. 100. — Les vieilles femmes sont plus exposées à ces deux maladies que ne sont les hommes âgés. — Pour la fièvre typhoïde, la proportion est de 846 p. 100 au-dessus de 50 ans ; au-dessus de 60 ans, elle est de 0,5 p. 100. — Ces chiffres suffisent pour montrer que Timmunilé relative dont jouissent les vieillards, par rapport aux fièvres continues, est loin d'être absolue. (A Ireatise on conlimied fever in Great Britain, Londres, 1862. pages 61, 303, et 410.;

Pour ce qui concerne la phthisie, nous avons remarqué, M. Vulpianct moi, que la tuberculisation, môme aigul', est plus fréquente à la Salpôtrièrc qu'on ne le croit généralement. Un élève de M. Vulpian. M. Moureton a rapporté dans sa thèse inaugurale neuf cas de tuberculisation aiguë chez les vieillards. Trois de ces individus étaient âgés de plus de 80 ans et la phthisie aigué était primitive dans tous les cas, à l'exception d'un seul (Thèses de Paris, 1863.)

Chaque année, nous observons à la Salpôtrière quelques cas foudroyants de méningite cérébro-spinale. Dès 1852, j'avais recueilli un certain nombre de faits de ce genre ; ils se trouvent réunis dans la thèse de M. le docteur Inglessis C^ur quelques cas de méninf/ite cérébro-spinale observés à la Saljyetrière pendant le printemps de iSM. Thèses de Paris, 1855.)

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