DÉFAUT DE RÉACTION CHEZ LES VIEILURDS
Si les conduits biliaires, distendus par le passage des calculs, se montrent si peu disposés à provoquer une réaction d'ensemble, il en est de même des conduits excréteurs des reins qui peuvent subir, presque sans douleur, le contact des graviers urinaires ; aussi, les vives douleurs de la colique néphrétique sont-elles presques inconnues chez nos vieillards.
Dans un autre ordre de faits, nous voyons le diabète se présenter, chez les sujets d'un âge avancé, avec des symptômes fort différents de ceux qui le caractérisent chez l'adulte. Les urines, souvent peu abondantes, ne renferment de glycose que d'une manière intermittente (1) ; et la soif, cet indice accusateur, qui nous met le plus souvent sur la voie du diagnostic, aux autres périodes de la vie, peut manquer complètement chez le vieillard.
Après avoir constaté de pareils faits, vous apprendrez sans étonnement que le cancer de l'estomac (2) et du foie, ainsi que la tuberculisation pulmonaire (3) peuvent rester à l'état
un nombre pIu:» ou moins grand de calculs dans la vésicule, et pourtant, les coliques hépatiques sont extrêmement rares à la Salpètrière. >» (Beau, Eludes sur Vappartil spléno-hépatique. Arrh. de Méd. — Avril 1851, p. 401.) « Le fait est vrai pour les coliquei» avec tout leur appareil de douleur ; mais il faut tenir compte aussi de la diminution de sensibilité ; et il n'est pas rare d'observer des douleurs sourdes dans la région gastro-hépatique, douleurs que les malades apportent toujours à des causes imaginaires, mais qui pourraient bien avoir pour cause réelle la présence des calculs. »> (Gillette, art. cité, p. 898.)
Nous partageons entièrement sous ce rapport les idées de Gillette, et nous ajouterons que d'après nos propres observations, des douleurs sourdes peuvent aussi coïncider plus souvent chez le vieillard que chez l'adulte avec le passage des gra\ier3 urinaires.
1. Bence Jones On intermitting Diabètes, and on Diabeles, of old âge. Medico'chir. Tram,, 1853, t. XXXVI.
2. « (^est chez les vieillards qu'on rencontre ces dégénérescences de l'estomac à marche trompeuse, qui ne sont accompagnées ni de vomissements, ni de douleurs violentes, ni de dyspepsie, au moins avouée, ((iillette, loc. cit. , p. i^.)
3. • La phthisie chez le vieillard est remarquable par sa forme lente et insidieuse. * (Gillette, loc. cit., p. 898.)
22 PHÉNOMÈNES ANALOGUES CHEZ l'aDULTE
latent pendant tout le cours de leur développement ; ce sont là des surprises que l'autopsie nous réserve assez souvent.
Mais c'est surtout dans la pneumonie lobaire, si fréquente dans cet hospice, que nous rencontrons d'une manière frappante cette absence presque complète de signes généraux. Nous nous contenterons de citer à cet égard un passage extrait de l'important mémoire de MM. Hourmann et Dechambre (1).
« Les vieilles femmes, disent-ils, ne se plaignent même pas de malaise ; personne dans leurs dortoirs, ni surveillants, ni filles de service, ni voisines, n'aperçoivent de changement dans leur position. Elles se lèvent, font leur lit, et expirent. C'est à une des morts dites subites^ de vieillesse, à la Salpêtrière. On ouvre les cadavres et l'on trouve une grande partie du parenchyme pulmonaire en suppuration.»
Ces récits ne paraissent-ils pas bien étranges ! Est-ce à dire cependant que les lois qui régissent*chez l'adulte le rapport des symptômes aux lésions soient complètement interverties chez le vieillard? Non, sans doute ; il y a lieu de faire remarquer tout d'abord que les faits de ce genre, s'ils ne peuvent être révoqués en doute, doivent être considérés toutefois comme exceptionnels. Ils ne sont pas d'ailleurs complètement étrangers à la pathologie ordinaire. La pneumonie reste parfois latente chez l'adulte, dans certaines conditions particulières de l'organisme, et le plus spécialement chez les ivrognes. On peut rapprocher ce type de plusieurs autres afTections graves ; ne sait-on pas, par exemple, que la variole hémorrhagique peut revêtir, au début, des apparences favorables qui sont brusquement démenties par la terminaison fatale ? Mais c'est surtout dans le groupe des fièvres pestilentielles qu'on peut constater des faits analogues. C'est ainsi que dans