CHALEUR FÉBRILE
âges de la vie. Ce tableau est-il exact ? représente-t-il fidèlement la vérité ? Nous devons convenir qu'il ne nous satisfait pas d'une manière absolue. Mais pour justifier nos restrictions, il devient nécessaire d'aborder une discussion préalable ?
Qu'est-ce que la fièvre ? qu'entend-on par état fébrile ?
11 est à peine nécessaire de vous prévenir, messieurs, que la définition que nous allons chercher sera toute descriptive, et que nous n'avons nullement la prétention de pénétrer la nature intime du phénomène que nous voulons caractériser.
Au temps d'Hippocrate, à l'époque où Ton ne pratiquait pas encore l'exploration du pouls, l'élévation de la température constituait le seul et unique élément de la fièvre. C'est ce dont témoigne suffisamment la définition de Galien. Calor prœter ncUuram (1), telle est pour ce grand médecin la caractéristique de l'état fébrile. La tradition, pendant une longue série de siècles, a respecté l'opinion de Galien ; mais elle s'est altérée par la suite, et nous voyons Boerhaave, dominé par les idées iatro-mécaniques qui prévalaient de son temps, déclarer que « l'accélération du pouls est le seul symptôme qui, dans la fièvre, se trouve toujours présent, du commencement à la fin, et qui seul suffit pour faire reconnaître au médecin la présence de la fièvre (2). » La question, depuis, cette époque, a été reprise maintes fois (»t résolue dans des sens bien divers; mais il faut reconnaître qu'aujourd'hui, le témoignage unanime des travaux modernes s'est prononcé en faveur de l'opinion acceptée par l'antiquité. 11 a été reconnu et proclamé de toutes parts que l'exaltation de la chaleur animale est bien le fait fondamental de l'état fébrile. Parmi les autres phénomènes qui l'accompagnent, le
1. De Différent, febrium, cap. l. De (fenerali fehrium divisione. — Il y a une autre définition de (ialien, mais qui se trouve dans uu ouvrage moins authentique, et dans laquelle on fait intervenir la fréquence du pouls.
"Z. Aphorisme. 570.
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plus ordinairement, il n'en est aucun, pas même raccéléralion du pouls, qui se montre d'une manière aussi constante, aussi obligatoire. La fièvre n'existe pas lorsque la température reste au taux normal, et la fréquence du pouls peut atteindre les dernières limites sans qu'il y ait aucun mouvement fébrile. Qu'il nous suffise de citer l'extrême surexcitation du système circulatoire, observée dans certains cas de palpitations artérielles, et en particulier dans la cachexie exophthalmique et l'hystérie (1). Peut-on dire, d'un autre cAté, qu'il y ait fièvre toutes les fois que la température s'élève ? C'est là un point sur lequel il n'est guère possible de se prononcer aujourd'hui. Nous voyons, en effet, la chaleur du corps s'élever dans des cas qui paraissent étrangers à toute création pyrétique : dans le tétanos, dans l'attaque épîleptique et dans le choléra, surtout au moment de l'agonie ; elle peut alors atteindre 42 ou 43 degrés. Il y a là, sans doute, un élément qui nous échappe; toujours est-il que l'accroissement de la chaleur animale domine dans la fièvre tous les autres symptômes, et peut même servir, dans bien des cas, à en mesurer l'intensité.
C'est l'emploi méthodique d'un moyen d'exploration inconnu aux anciens, qui a contribué pour la grande part à fixer définitivement nos idées à cet égard. Nous avons nommé la therraoméirie clinique. Bien que les critiques ne lui aient pas été épargnées, ce moyen d'exploration a fait aujourd'hui son chemin, et Ton peut prévoir que le temps nVst pas loin où son emploi sera généralement répandu dans la clinique usuelle.
On dit que le célèbre Hollandais Swammerdam a eu le premier, au xvii' siècle, Tidée d'apprécier avec le thermomètre la chaleur des malades (2). Depuis lors, plusieurs mé-
1. Hriquot, Traité de rhtfsiérie. p. 3*?G. l^ Requin, t. I, p. VM.
IMPORTANCE DE U THERSiOMÉTRIE CLINIQUE 27
decins se sont livrés à ce genre d'observation. En 1754, de Haen appelait Tattention de ses élèves sur la nécessité de substituer l'emploi du thermomètre à l'application de la main, dans l'appréciation de la température du corps. On lui doit aussi la constatation, d'un fait important et auquel nous ferons allusion bien des fois, parce qu'on l'observe très fréquemment dans la clinique du vieillard ; c'est qu'au moment même où la peau des fébricitants est pâle, violacée et refroidie, par suite de la contraction des vaisseaux capillaires superficiels, la température du sang s'élève de plusieurs degrés au-dessus du taux normal ; et cela non plus d'une manière passagère, comme dans le frisson initia! de la fièvre, mais d'une façon pour ainsi dire permanente, et qui persiste pendant toute la durée de l'état fébrile.
John Hunter est, dans le siècle passé, à peu près le seul auteur qui ait répondu à cet appel. Mais, de nos jours, les travaux de Gavarret (1839), de Bouillaud, de Monrieret et de quelques autres médecins français, ceux surtout de Roger (1844), ont fait pressentir toute la portée clinique de ce moyen d'investigation. Toutefois, cVsten Allemagne, et dans ces dernières années seulement, que de véritables progrès ont été réalisés à cet égard. On peut dire, ï^ans exagération, qu'entre les mains de Baereasprung, de Traube, de Michal^l, de Wunderlich surtout, la thermoinétrie clinique a subi une transformation radicale. Il ne s'agissait plus, en effet, de constater que la température s'élève de plusieurs degrés dans la fièvre, ni d'en apprécier l'intensité suivant les espèces morbides ; il fallait suivre le phénomène jour par jour, heure par heure pour ainsi dire, depuis son origine jusqu'à sa terminaison définitive, dans les diverses phases de son évolution, et en consigner jusqu'aux oscillations les plus minimes ; montrer que les tracés graphiques obtenus par rette exploration méthodique fournissent pour chaque espèce