‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 60 sur 230 · PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE

pathologie comparée puisse vous paraître un peu étrangère à la clinique, il ne faut point vous étonner de l'importance que nous attachons à ces faits ; nous les retrouverons h Tépoque où nous chercherons à discuter la théorie physiologique de la goutte.

SIXIÈME LEÇON

Séméiologie de la Grontte. — Diathèse urique. - Goutte aiguë. — Goutte chronique.

SoxrMAiRE. — Deux formes principales de la goutte : goutte aigiic, goutte chronique. — La goutte est toujours au fond une maladie chronique ; mais l'accès aigu a une physionomie bien différente de l'étit permanent. — Diathèse urique. — Ensemble symptomatique qui la caractérise. — Sécrétion urinairc moins abondante et plus riche en mitériaux solides. — Gravelie microscopique. — Goutte aiguë. — Prodromes. — Invasion des douleurs articulaires. — Symptômes généraux. — Caractères principaux de la goutte aiguë. — Phénomènes consécutifs. — Déviations du type régulier. — Goutte aiguë généralisée. — Goutte molle ou asthénique. — Retour des accès. — Transformation insensible de la goutte aiguë en goutte chronique. — Cachexie goutteuse. — Gravité des affections intercurrentes. — Goutte chronique succédant â la goutte aiguë. — Goutte chronique dVinblée. — Évolution des tophus.

Messieurs,

Les altérations anatomiques de la goutte ont, jusqu'ici, fixé notre attention d'une manière exclusive. Nous avons étudié les modifications que subissent à la fois les solides et les liquides de l'économie, sous l'influence de cette infection; il nous reste maintenant à faire passer sous vos yeux les symptômes qui se rattachent à l'existence de ces altérations.

Dès le principe, nous avons établi que, tantôt aiguë, tantôt chronique, la goutte se présente sous deux formes principales, qui méritent Tune et l'autre une description spéciale, Il ne

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faut cependant pas oublier que la goutte est, dans tous los cas, une maladie essentiellement chronique. En effet, le premier accès esl la manifestation primitive d'un état constitutionnel, qui, par la suite, peut rester latent pendant un certain nombre d'années, mais qui, tôt ou tard, se révèle par de nouveaux accidents. S'il existe des cas de goutte passagère, marqués par un seul accès, les faits de ce genre sont très-exceptionnels et ne sauraient infirçier la règle générale.

Toutefois, la physionomie d'un accès aigu est si différente de celle que présente la maladie envisagée à l'état permanent, que nous sommes forcés de respecter ces expressions consacrées par l'usage, qui, malgré leur inexactitude, correspondent incontestablement à des faits réels.

Nous allons donc étudier successivement la goutte aiguë et la goutte chronique, nous conformant ainsi à la tradition universellement acceptée. Mais, avant d'aborder ce sujet, il convient d'appeler votre attention sur un état morbide, qui se manifeste quelquefois avant l'apparition des phénomènes articulaires, et qui, chez les sujets déjà frappés de la goutte, remplit assez souvent l'intervalle des accès. Vous avez déjà nommé \adiathdse tirique. Occupons-nous, pendant quelques instants, de cet état î^énéral, que les Anglais ont principalement contribué à faire connaîlre(I).

niATlIÉS?: l RIQl'E.

Le fait capital qui domine ici l'ensemble de la situation, est une dyspepsie particulière, dont les symptômes les plus habituels sont la flatulence et la distension de l'estomac, les acidités gastriques et le pyrosis, qui en est la conséquence. En

1. Todd. — Pracfical Remarks on Goitf, ctr. Londres 1843. — Budd^Gcor^.i 0/1 fhe orf/anic Diseases of the stomach, etc. Londres, 1B55.

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même temps, il existe de l'amertume de la bouche, avec de la sécheresse de la langue et un état saburral ; on observe presque toujours de la constipation.

Le foie semble aussi participer aux troubles de Tappareil digestif ; souvent tuméfié, il dépasse alors le rebord des fausses côtes ; on constate quelquefois une teinte subictérique, et les selles, d'ailleurs peu abondantes, sont grises et décolorées.

Des phénomènes nerveux assez prononcés accompagnent cet état dyspeptique, et peuvent môme exister en dehors de lui.

On observe des lassitudes spontanées, de rabattement, de là céphalalgie ; le sommeil est interrompu ; souvent les malades tombent dans l'hypocondrie. Chez les femmes, cet état peut se compliquer de manifestations hystériformes.

Des palpitations du cœur et du catarrhe bronchique peuvent, en outre, se montrer chez certains sujets. Ces phénomènes, qui n'ont pas une grande importance par eux-mêmes, acquièrent une signification plus sérieuse en raison des autres circonstances qui les accompagnent. Mais ce qui caractérise le plus spécialement cet état particulier, c'est qu'il s'aggrave périodiquement et subit très manifestement l'influence des écarts de régime ; c'est là un trait d'union avec la goutte dont Timportance ne saurait vous échapper.

Que devient en pareil cas la sécrétion urinaire? D'une manière générale, elle est moins abondante et plus riche en matériaux solides; les urines sont rares, mais très-acides et fortement colorées; elles sont chargées de sédiments, qui se forment en général après l'émission, mais qui peuvent exister déjà tout formés dans la vessie; il est fréquent en pareil cas de rencontrer dans l'urine des cristaux d'acide urique ; c'est la gravelle microscopique de M. Rayer.

Lorsque la diathèse urique se manifeste avant les phénomènes articulaires de la goutte, on peut quelquefois constater, dès cette époque, la présence d'un excès d'acide urique dans le

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