‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 59 sur 230 · PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE

On sera moins étonné de trouver, chez ces deux grandes classes d'animaux, une affection qui présente quelque ressemblance avec la goutte, si Ton réfléchit que chez eux le travail de désassimilation, ainsi que Font prouvé Davy et d'autres chimistes, ne produit pas de l'urée, mais bien de l'urate d'ammoniaque. C'est donc ce dernier produit qui seul se trouve dans les urines.

Messieurs, les auteurs de divers traités sur Tornithologie vous apprendront qu'il peut exister, chez divers oiseaux, des lésions fort analogues à celles de la goutte. Aldrovandi nous apprend que les faucons sont sujets à présenter autour des doigts des tumeurs formées par des amas de matière gypseuse. Cette maladie est incurable.

Il existe des faits analogues chez les perroquets. Bertin ( d'Utrecht ) a trouvé, chez le Psitt aciis grandis ^ des tumeurs uratiques au voisinage des jointures et des infarctus analogues dans les articulations et dans les reins.

Des lésions du môme genre ont été signalées chez les reptiles ; Pagenstecher a vu les reins et les jointures affectés de celte manière chez VAltigatorsclérops, Chez les ophidiens, ces altérations peuvent exister dans les reins; chez la tortue, Bertin a également trouvé des lésions articulaires et rénales.

11 est curieux de rencontrer, chez des animaux aussi peu voisins de l'homme des lésions aussi analogues sous tous les rapports à celles de la goutte. Mais un fait bien plus remarquable encore, c'est que ces lésions peuvent être artificiellement provoquées par l'expérimentation physiologique. C'est ce qui résulte d'un intéressant travail publié à Tubingue, par M. Zalesky.

Cet observateur a lié les uretères chez des poules, des oies et des couleuvres (Coîuber natrix). Les premiers phénomènes morbides se déclarent de douze à quinze heures après l'opération. La vie se prolonge deux ou trois jours. Après la

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mort, on trouve de l'urate de soude dans les viscères suivants :

1** Les reins en présentent dans les tubules, mais non dans la substance corticale. Les uretères en renferment également.

2** Les lymphatiques, les membranes séreuses, le tissu cellulaire, les capsules de tous les organes, en sont imprè-

gnes.

3° Los follicules de Testomac en renferment une quantité notable.

4** On en trouve dans les valvules du cœur.

r? Les jointures en présentent des accumulations considérables m/w5 et extra.

Les muscles ne renferment aucun dépôt d'urate de soude; mais le suc musculaire contient beaucoup d'acide urique.

Le cerveau et ses enveloppes paraissent en être complètemont exemptés.

Pour ce qui touche aux liquides de l'économie, le sang contient des quantités notables d'acide urique, et l'on trouve, après la mort, des grumeaux composés d'urates alcalins.

Enfin la vésicule biliaire contient une énorme quantité d'urate de soude; nouvelle coïncidence avec la pathologie humaine, car, chez riiomnie, on trouve quelquefois, d'après Frerichs, des calculs dans la vésicule biliaire, qui sont composés d'urate de soude.

Pour qu'il soit possible d'accepter ces données sans réserve il faudrait renouveler ces expériences et les varier; il faudrait étudier, par exemple, les effets produits par la ligature d'un seul uretère, et chercher si, après un certain espace de temps, on n'arriverait pas aux mômes résultatï^. 11 n'en est pas moins vrai que les expériences de M. Zalesky présentent un grand intérêt et méritent d'être prises en sérieuse considération.

Messieurs, bien que cette excursion sur le domaine de la

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