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Bail. — Thèse pour le concours de VarfrëffOlion, p

GOITTE REMONTÉE A l' ESTOMAC 93

LagouUe larvée de Testomac précède les accès et peut même î?e développer avant tout affection articulaire : chez un grand nombre de sujets, aussitôt que les jointures sont prises, les troubles gastriques éprouvent un amendement notable.

Chez un malade dont nous avons nous même recueilli l'observation, il existait des troubles digestifs avant le premier accès de goutte ; le diagnostic fut fondé sur la présence d'une concrétion tophacée de Toreille externe, et la marche ultérieure des accidents vint confirmer complètement notre manière de voir.

Dans un autre cas, il y avait eu autrefois icn seul accès de goutte articulaire. Une dyspepsie intense s'était déclarée plus tard : et après avoir vainement invoqué les secours de la science régulière, le malade crut devoir s'adresser à Thomœopathie. Un succès inespéré vint couronner ce mode de traitement, et Ion applaudissait déjà d'avoir eu recours à la médecine nouvelle, lorsque tout à coup il survint un accès de goutte au pied, qui donna l'explication de cette guérison miraculeuse ; il s'agissait ici d'une manifestation viscérale de la diathèse.

La goutte rétroccdée ou remontée à Vesloniac ditrère de la goutte larvée, par la gravité qu'elle peut offrir ; c'est ici qu'on a souvent l'occasion d'observer ces symptômes graves, qui aboutissent quelquefois à la mort.

La goutte, à ce que l'on prétend, i)eut remonter d'ellemême; c'est laméUistase spontanée de Guilbert. Mais le plus souvent ce déplacement a été provoqué par l'intervf^ntion d'une cause directe. Le cours régulier de la maladie a été interrompu par une émotion vive, par une indigestion, ou par un traitement intempestif; impatient de souffrir, le malade a commis l'imprudence de plonger le membre dans l'eau glacée (Lynch, Parry), ou de s'administrer un remède spécial, le colchique, par exemple (Trousseau, Potion de Lyon). On voit

94 DYSPEPSIE COUTTELSE

alors céder, comme par enchantement, la douleur et la turaéfaction des jointures; déjà le malade se félicite du traitement qu'il s'est appliqué, lorsque tout à coup on voit éclater les phénomènes redoutables de la goutte remontée à restoniac.

11 y a lieu de distinguer ici, avec Budd etScudamore, deux formes i^ymptomatiques. Dans le premier cas, le mal s'annonce sous la forme cardialgiqne ou sposmodiqne ; il existe alors une douleur vive avec sentiment de crampes à la région épigastrique, et celle sensation pénible est calmée par la pression ; il se produit en même temps une distension marquée de Testomac, avec des vomissements souvent incoercibles, et un état général plus ou moins grave : on voit alors survenir de lalgidité, des sueurs froides ; le pouls est petit, fréquent, irrégulier ; il y a une tendance à la syncope. En pareil cas, surtout depuis Cullen, on fait usage de stimulants, et les alcooliques sont tolérés à haute dose.

Dans le second cas, la maladie prend une forme inflammatoire. Il existe une vive douleur épigastrique, surtout à la pression ; des vomissements répétés, quelquefois uoirittres ou sanguinolents ; un appareil fébrile plus ou moins intense, et, la suite de tous ces phénomènes, un étal de prostration générale. Mais ici les stimulants ne sont plus tolérés, et Ton vante les émissions sanguines.

Dans les cas où la santé doit se rétablir, tout cet appareil syniptomatique disparaît subitement, soit sous l'influence de la médicalion. soit d'une façon spontanée, el la fluxion goutteuse revient au gros orteil. On croit assez généralement à Tinfluence des appliccitions stinuilantes sur la jointure primitivement affectée, pour > rappeler la goutte*, qui semble s'être déplacée ; mais c'est à peine s'il existe dans les auteurs quelques faits bien authenlicpies pour corroborer l'utilité de ce traitement.

Mais la science possède huit à dix observations dans lesquelles ces accidents se sont terminés par la mort. On a

IiNDIGESTlONS CHEZ LES GOrTTElX 9S

rencontré à Taulopsie. qui a été pratiquée quelquefois, un opaissi^i^ement du tissu cellulaire sou.^-muqueux ; la muqueuse de re.itomac est œdémateuse, couverte d'érosions hémorrhagiqiies, et la cavité de Torgane renferme quelquefois un liquide noir. L'ensemble de ces lésions semble indiquer une altération déjà ancienne, malgré la soudaineté de Tirruption de la maladie.

Au reste, ces cas si terribles .H)nt heureusement fort rares ; Scudaraore n'en cite que deux ou trois ; Garrod et Brinton n'en ont jamais rencontré un seul. Tout récemment Budd et Dittrich en ont publié deux exemples.

Mais, à un plus faible degré la goutte remontée à l'estomac est une affection assez commune ; elle se rencontre surtout dans le cas d'asthénie, de cachexie goutteuse, et chez les individus qui ont abusé des spécifiques, des applications de sangsues et du froid.

On peut cependant se demander si l'existence de cette maladie n'a pas été trop légèrement admise chez un certain nombre de sujets. II est facile, en effet, de commettre ici des erreurs de diagnostic ; et les coliques hépatiques ou néphrétiques, les troubles digestifs de l'albuminurie, peut-être même l'empoisonnement par de certains remèdes (le colchique en particulier) ont pu simuler, plus d'une fois, la goutte stomacale. Une simple indigestion, survenant brusquement chez un goutteux, pourrait à la rigueur être confondue avec un accès de goutte remontée, en raison de la gravité que prennent quelquefois les symptômes, par suite des prédispositions spéciales que la dialhèse urique a fondées. Aussi Watson fait-il observer que souvent il faudrait dire i<du lard dans rrstomac au lieu de a la goutte à F estomac )^ (porh in thc stoïnar/i, instead of goût tu thestomach). On a poussé le scepticisme jusqu'à nier presque complètement la goutte stomacale, et Brinton, après avoir longuement discuté ce point, linit ])ar

96 AFKECTIOÎSS HÉPATIÛUES

conclure qu'il peut, à la rigueur, exister un peu d'irritabilité gai^triqm^ chez les goutteux, niais qu'il faut attribuer à de simples coïncidences tout ce qui dépasse ce point

Nous professons, à cet égard, une opinion contraire ; et après avoir fait une large part aux erreurs de diagnostic, nous croyons que les diverses affections qu'on peut invoquer à cet égard sont loin de rendre compte de tous les faits. Nous avons vu plus haut que rexpérimentation physiologique réussit à produire, chez les animaux, des phénomènes analogues à ceux de ladiathèseurique: et nous savons qu'en pareil cas, les liquides gastriques et les follicules de l'estomac sont chargés d'urale de soude. Sans prétendre invoquer de^ conditions identiques pour rendre compte des phénomènes de la goutte stomacale, nous croyons que des lésions superficielles peuvent fort bien se produire dans l'appareil digestif, sous l'influence de la rétrocession : et cette manière de voir est parfaitement confirmée par les résultats des autopsies pratiquées chez des goutteux qui ont longtemps souffert d(» ces organes. Dans les cas de ce genre, Todd a souvent rencontré une dilatation énorme de l'eslomac, et Briiitoii lui-même vient confirmer ces résultats par des observations personnelles : ce serait là cet éUit de paralysie et (rafTaiblis^emeiil de Te^tomac que Scudainore avait depuis longtemps signnlé dans les cas chroniques de cette maladie.

Il esl d'ailleurs probable qu'il >e produità la longue des lésions permanentes chez les bujets atteints de ces manifestations en apparence purement fonctionnelles; et les cas funestes dont nous venons de parler sembleraient en fournir la preuve.

C. Aux deux formes de goutte stomacale que nous venons de décrire, correspondent deux formes de dyspepsie intestinale: la première se caractérise par des coliques spasmodicjues ; la se<'onde est une véritable enlérite. Ces phénomènes peuxent

AKKECTIO.>IS HÉPATIQUES 97

exisler isolément, ou se joindre aux troubles divers dont resiomac peut devenir le siège.

« Le foie est rareinent sain dans la goutte^ » a dit Scudamore ; et Tobservalion journalière vient démontrer la juste:$se de cette opinion.

Il existe indubitablement des affections du foie qui sont liées à la dyspepsie goutteuse, et des tuméfactions passagères de cet organe qui précèdent les accès, ainsi que Tout vu Scudamore, M. Galter-Boissière et M. Martin-Magron.

Mais nous ne savons pas encore, d'une façon positive, s'il existe des affections permanentes du foie qui résultent de la dialhèse goutteuse. Scudamore pensait qu'à la longue l'appareil spléno-hépatique subissait Tinfluence de la goutte et devenait le siège d'affections permanentes. On sait du reste que, d'après les travaux physiologiques modernes, le foie et la rate sont probablement les organes où se forme l'acide urique.

Mais les caractères anatomiques de cette affection viscérale, si elle existe, ne nous sont pas encore connus ; et les lésions hépatiques qu'on rencontre chez les goutteux se rattachent presque toujours à l'alcoolisme.

Cependant la gravelle biliaire coïncide quelquefois avec la dialhèse urique et la goutte ( Prout, Budd, Wunderlich, VVillemin), et l'on peut rencontrer parfois dans la vésicule du fiel, des calculs d'acide urique, ainsi que l'ont vu Stockhardt, Fabel et Frerichs. Peut-être les malades qui ont fourni ces concrétions étaient-ils des goutteux.

CiiARCOT. CEuvr. coinpl. T.vii. Mahnl, des Vieillards.

98 AFFECTIO.NS DU CCEUR

I/influenre de la goutte sur les affections du cœur ne saumii être contestée; mais il ne s'agit plus ici, comme dans le rhumatisme, d'endocardite, de péricardile, ni d'affections valvulaires. Ces lésions, lorsqu'elles se rencontrent chez les goutteux, paraissent surtout reconnaître pour causes l'alcoolisme ou la maladie de Bright.

Mais ce qui domine ici la situation, c'est la dégénération graisseuse du tis^ musculaire du cœur; Stokes, Quain, Gairdner, Garrod, se réunissent pour l'affirmer.

A l'origine, cette affection n'existe qu'à un faible degré et l'on ne constate que des troubles fonctionnels : des palpitations, de la dyspnée, de la faiblesse et de l'irrégularité du pouls (Hervezde Ghégoin). La rétrocession goutteuse est ici peu fréquente (Scudamore, Garrod); cependant il en existe quelques exemples, et l'on a même vu des malades mourir par le cœur. Mais alors les lésions que nous allons étudier s'étaient déjà développées.

Au second degré, la dégénérescence graisseuse du cœur existe. Les symptômes de cette lésion demeurent toujours les mêmes, qu'elle qu'en soit l'origine (Stokes, Garrod). Us simulent des troubles fonctionnels: en effet, les signes physiques sont peu caractérisés, et Ton arrive au diagnostic surtout par voie d'élimination.

L*impulsion du cn'ur est faible, presque nulle; le premier bruit est sourd, et quelquefois, il existe un souffle occasionné par la dégénérescence graisseuse des muscles tenseurs des valvules. La niatité préconliale est souvent augmentée: le pouls est mou, dépressible, inlermiltenl, quelquefois d'une grande lenteur, surtout pendant l'accès (20 ou 30 pulsations) ; enfin.

AFFECTIONS DU COEUH 99

OU a ïiignalé la présence de ïarcus senilis (Canton), chez les sujets atteints de cette altération du tissu musculaire du cœur. Les symptômes rationnels sont, eux aussi, bien faits pour tromper Tobservaleur. Les accès se développent par paroxysmes: il y a des palpitations violentes, de la dyspnée, une tendance syncopale : on voit se manifester des accidents cérébraux qui prennent la forme d'une apoplexie, bien qu'il n y ait point d'hémorrhagie intra-crftnienne (Law, Stokes) : des douleurs vives se manifestent à la région précordiale, et s'irradient le long du bras, simulant ainsi l'angine de poitrine, qui ellemême est souvent considérée comme une affection gd'origine goutteuse.

Enfin la mort subite est ici très fréquente : ainsi, sur 83 cas de dégénérescence graisseuse réunis par Quain, la mort eut lieu d'une manière inopinée 54 fois, à savoir : 28 fois par rupture du cœur, et 26 fois par syncope. Plusieurs de ces observations ont été recueillies chez les goutteux.

Il est donc évident que bon nombre des faits, dans lesquels la mort est attribuée à la goutte x'emontée au cœti}\ ne sont que des cas de dégénération graisseuse de cet organe. Ouain et Gairdner ont vu la mort se produire dans ces circonstances, sans rupture ; la mort avec rupture a été observée par Cheyne etLatham.La terminaison fatale est souvent survenue pendant l'accès de goutte, qui semble agir ici en déterminant la crise cardiaque.

Ajoutons enfin que l'état athéromateux des artères, qui souvent coïncide avec les lésions du cœur, peut donner lieu à des hémorrhagies cérébrales : on observe alors de vraies et non de fausses apoplexies.

100 AFKECTIO.^S DL SYSTÈME >EKVEtX

H s*est opéré un changement dans nos idées, au sujet des connexions que présentent les arthropathies multiples avec lés affections du système nerveux ; autrefois, la plupart des accidents de ce genre étaient attribués à la goutte ; aujourd'hui, le rhumatisme, en raison des travaux modernes, a conquis la priorité. Toutefois la goutte a encore sa part ; mais il est intéressant d^ remarquer que les deux maladies marchent parallèlement sous ce rapport, et que toutes les formes du rhumatisme cérébral se retrouvent dans la goutte.

Ainsi la céphalée rhumatismale, indiquée par Van Swieten, et plus récemment étudiée par M. Gubler, a son pendant dans les céphalalgies goutteuses, depuis longtemps connues, et qui dans ces derniers temps ont été soigneusement décrites par Lynch (1), Garrod et Trousseau.

Le délire aigu, ou forme méningitique du rhumatisme cérébral, se retrouve, d'après Scudamore, chez les goutteux.

L'apoplexie rhumalisniale, ou forme apoplectique du rhumatisme cérébral, indiquée par Sloll el fort bien étudiée par M. Vigla, se retrouve, sous forme d(» stupeur, dans la goutte, d'après Lynch <'t M. le professeur Trousseau.

Les convulsions qui se manifestent dans le cours du rhumatisme encéphalique peuvent aussi se trouver dans la goutte : seulement, dans le rhumatisme, elles affectent surtout la forme choréique : dans la goutte, ce sont plutôt des convulsions épileptiformes, ainsi que l'ont observé Van Swieten, Todd et Garrod.

1. Nous rcroiniiiaïuliTons à ratU'iiiion do nos Icclours le inéinoiro dt» Lynrli Sofue remdrks on the Metastasls nf diseaaed action lo Ihe Hrain ift ifouf.cic. Ihihlin (Jiifirterh/ Journal, iS5(). p. *J7(J. >

MOELLE ÉPINIÉRE 101

On sait enfin qu'il existe une folie rhumatismale, étudiée par Burrows, Griesinger et M. Mesnet; il en serait de même pour la goutte, d'après Garrod ; mais dans cette dernière maladie, la folie est rare, du moins en France ; M. Baillarger, dont Texpérience fait autorité en pareille matière, nous a dit qu'il n'en avait jamais rencontré aucun exemple.

Remarquons ici, pour signaler une différence, que V aphasie qui n'existe pas dans le rhumatisme (si nous faisons abstraction des affections du cœur et des embolies consécutives) se rencontre, au contraire, dans la goutte. Il faut ajouter que les troubles encéphaliques ont en général moins de gravité dans la goutte que dans le rhumatisme ; que leur alternance avec les phénomènes articulaires est plus marquée ; que la rétrocession est plus évidente ; enfin que, s'il existe assez souvent une goutte cérébrale larvée, il en est bien rarement ainsi dans le rhumatisme.

Il ne faudra point confondre ces accidents cérébraux de la goutte avec le delirintn tremens^ survenant au moment d'un accès (Marcet), ni avec le délire des affections aiguës intercurrentes, ni enfin avec les symptômes que peuvent développer, (lu côté des centres nerveux, la dyspepsie, les affections du cœur et l'urémie, bien plus fréquente dans la goutte que dans le rlmmatisme. Sous ce rapport, une observation prolongée, une étude attentive du malade pendant un long espace de temps ^nt les seuls moyens d'éviter toute erreur.

l/influencede la goutte sur les maladies de la moelle épinière ^!*l une question encore litigieuse. Todd et Garrod indiquent 'apparition de symptômes légers, d'une sorte de pnrésie, all^rnanl avec les «iccès; mais il ne faudrait pas confondre avec

102 MOELLE ÉPI n 1ÈRE

une lésion de la moelle épinière cette faiblesse musculaire qui succède aux atUiques intenses de goutte articulaire, et qui peut presque simuler une véritable paraplégie.

11 est vrai que Graves a rapporté un fait dans lequel, l'autopsie ayant eu lieu, on trouva un racornissement de la moelle; mais cet exemple nous paraît peu satisfaisant. 11 ne faut point oublier d ailleurs que, s'il existe des affections médullaires liées à la goutte ou au rhumatisme, ce qui n'est pas encore démontré, il est indubitable que des affections articulaires très prononcées peuvent se développer à la suite des lésions, même traumatiques, de la moelle épinière (1).

L'appareil respiratoire peut aussi devenir le siège de certaines manifestations de la goutte; nous allons les passer rapidement en revue.

1° Asthme goutteux, — Parmi les affections thoraciques qui peuvent mériter cette désignation, il en est qui se rapportent à rasthnie dit nerceux : les poumons sont alors parfaitement libres pendant l'intervalle des accès, et il existe une alternance manifeste des symptômes thoraciques avec les accidents articulaires.

M. le docteur Vigla eu a ra[)porté un exemple intéressant à la Société dr nuMlecine (h'S Iiopilaux.

Mais il existe une seconde forme «rastlinie goutteux, qui se rallaclie à des lésions perninnenles, et coïncident surtout avec reniph\sènie : au reste, on rencontn* encore ici des alt(Tnatives d'exacerbntion et de rémission, qui correspondent à In disparition el au retour des accidents articulaires,

1. Hall. — Thèse de roncours pour rngr(fffO/ifm, \H'à\, p. S7.

APPAREIL RESPmATOIRE 103

Ces faits sont assez rares : Pâtissier n>n a vu que 2 cas sur 80 malades; Garrod 1 cas sur 40; enfin, Hyde-Salter, auquel on doit un traité de l'asthme, en rapporte aussi un cas.

2" Quelques auteurs anciens décrivent une pleurésie goutteuse. Il est probable qu'il s'agit ici d'une simple pleurodynie, comme nous le verrons plus loin.

3" Existe-t-il une pneumonie goutteuse ? Quelques observateurs en ont parié, mais on manque de faits bien authentiques. Scudamore a vu deux fois la goutte se déclarer après la guérison d'une pneumonie. On se demande s'il ne s'agit pas ici d'une coïncidence fortuite. Toujours est-il que, d'après le même auteur, ces deux affections peuvent coexister, sans exercer aucune influence l'une sur l'autre. Nous reviendrons sur ce point.

Les affections des voies urinaires sont fréquentes dans la goutte, et deviennent presque, la règle, à une certaine période de la maladie. Elles sont rares, au contraire, dans les diverses formes du rhumatisme articulaire chronique. C'est là un caractère distinctif qu'il nVst pas sans intérêt de faire ressortir.

Il faut cependant éliminer du cadre de la goutte viscérale tout ce qui est relatif à la pierre et à la gravelle urique, soit rénale, soit vésicale, d'après les règle? que nous avons suivies jusqu'à présent; ces accidents sont fréquents, il est vrai, chez les goutteux, mais sans leur appartenir d'une manient exclusive.

Mais il existe des affections urinaires qui correspondent directement à la goutte, et que nous allons maintenant décrire.

104 voilas l'RIISAIRES

A. Les reins peuvent être frappés d'un trouble fonctionnel passager, qui offre des analogies évidentes avec la goutte articulaire. Il survient à une époque peu avancée de la maladie; il a pour symptômes une douleur vive mais transitoire, alternant manifestement avec la goutte articulaire qui peut occuper l'un ou l'autre rein, et une albuminerie qui ne persiste pas longtemps. Il peut se faire que, pendant toute la durée de cette complication, il n'y ait aucune émission de graviers. Cette manifestation de la goutte n'est pas exceptionnelle ; Garrod en a observé plusieurs cas, et j'en ai vu un moi-même avec M. le docteur Clin. Le malade dont il s'agit était un médecin, et pouvait par conséquent, donner des renseignements dignes de foi sur les phénomènes qu'il avait éprouvés.

B. Les affections permanentes du rein deviennent presque la règle, dans la goutte chronique : il s'agit d'une néphrite albumineuse^ offrant des caractères anatomiques qui ne laissent subsister aucun doute sur son origine, k savoir, des infarctus d'urate de soude dans le parenchyme du rein. Nous avons déjà décrit ces altérations, en traitant de l'anatomie pathologique.

Une fois constituée, la néphrite albumineuse de la goutte ne difTère que bien peu, par ses symplAnies, de la maladie ih* Briglh ordinaire. On trouva» en général les urines claires j)ou colorées: elles renferment une (juantité d'albumine variable, mais presque toujours assez faible, conliennent peu d'urée et de sels : et montrent au microscope des cylindres llbrineux, garnis de cellules épilhéliales, ou chargés de granuIntions.U peut y avoir <le rœdènie de la face et des membres inférieurs ; mais ce syniplônie fait souvent défaut. On constate aussi, connue dans la maladie de Bright ordinaire, de la dypepsie et de la diarrhée. Mais, comme nous l'avons déjà fait pressentir, la niar.he de Taflection est plus lente, et

VOIES URrNAIRES lOo

son pronostic moins grave que celui de la néphrite albumineuse proprement dite.

Cependant on a quelquefois observé de Turémie dans le cours de cette affection : Basham, Todd, Deschamps (de Bordeaux), et d'autres observateurs, en ont rapporté plusieurs exemples : j'ai appelé moi-même l'attention sur ce point il y a plusieurs années, et M. Fournier en a fait ressortir l'importance dans sa remarquable thèse sur Turémie.

C. La goutte vésicale a été signalée par divers auteurs : Scudamore en a parlé, et Todd s'est attaché à en faire ressortir les caractères (1); et Ton doit y rattacher un grand nombre de cas que les Anglais désignent sous le nom de vessie ivHtàble (irritable bladder).

Dans le principe, comme nous Tavons déjà vu pour les reins, il s'agit d'une affection passagère, d'un trouble dynamique, caractérisé par une douleur soudaine et violent*» de la vessie, par du ténesme, et par l'émission de sang et demucopus par l'urèthre, même en l'absence de toute complication calculeuse (Todd) ; ces phénomènes peuvent alterner avec les affections articulaires.

Mais, à un degré plus avancé, c'est une lésion perniauente avec catarrhe de la vessie, et d'autres phénomènes d(» cette espèce. M. le professeur Laugier a bien voulu me communiquer une observation qui démontre la réalité d'une goutte vésicale, indépendante de toute complication de gravelle.

D. On a parlé enfin d'une nrëthrite goutteuse, avec écoulement de pus par l'urèthre; mais les auteurs (et Scudamore en particulier) ne s'en sont-ils pas laissé imposer ? H s'agis-

1. Todd. — Clinicnl lectures on certain (tineaseft of the iirinart/ ttrfftins. I^mdon. tH57. p. 359.

106 GOUTTE ABARTICl'UIRE NON VISCÉRALE

sait peut-être d'une arthrite blennorrhagique. Telle est, du moins, l'interprétation qu'il est permis d'appliquer à quelques-unes des observations de Scudamore.

Vin.

Goutte àbarticnlaire non viscérale, — Indépendamment des affertions internes qui peuvent se développer dans le cours de la goutte, il existe d'autres manifestations de la même maladie, qui, sans envahir les organes intérieurs, s? localisent cependant ailleurs que dans les jointures : on les voit occuper les muscles, les tendons, les nerfe, la peau, et quelques autres points de l'économie.

A. Dans un premier groupe, nous réunirons les phénomènes de cette espèce qui se rattachent aux ligaments, aux tendons et aux tissus fibreux en général.

Nous avons déjà établi que, lorsque les cartilages diar- Ihrodiauv ont été saturés d'urate de soude, on voit les ligtiinents el les leiidoiis s'iiiipréfiner de celte substance. Les syiiiplonies de cet étal de rlioses se confondent en général avec ceux de la goulle articulaire; ils peuvent cependant avoir (piehiuelois un rôle indépendant. On sait, par exemple, (jue h» lissLi fibreux prérolulitMi peut devenir le siège de douleurs fort analogues à <*elles de la goutte aiguë: c'est la (joifitc prcrohiUmne de M. Ilayer. On se (b*niand(» si dans les loiidoiis rt les ligaments la goutte peut exister sous forme larvée ; peut-elle précéder lii goutte articulaire ou la remplacer entièrement? C'est là un point encore obscur, et (|ui demande de nouvelles rechen'lies.

\\. Mft.^clrs, — Les p)nlteu\ éprouveni souvent dans le

GOnTE ABARTrCUUIRE NON VISCÉRALE 407

cours des accès, des crampes douloureuses dans les masses musculaires des membres ; il sont sujets au lumbago, et peuvent ressentir des douleurs très vives, sous forme de points, dans les parois de la poitrine; elles occupent probablement les muscles intercostaux ou le tissu fibreux des parois thoraciques (pleurodynie goutteuse). Ces sensations sont assez souvent désignées par les malades sous le nom de douleurs rhumatismales s mais en réalité, elles appartient h la goutte.

C. Nerfs, — On constate aussi des douleurs sur le trajet des troncs nerveux, et en particulier du scialique et du trifàciai, pendant le cours de la goutte. Elles ont pour caractère de paraître brusquement et de s'évanouir de même, et d'alterner avec les affections articulaires.

D. Affections cutanées, — Brodie et M. Givialeont depuis longtemps remarqué qu'il existe une relation évidente entre le psoriasis, la gravelle et les calculs uriques. Il est certain qu'on rencontre souvent le psoriasis chez les sujets appartenant à des familles goutteuses, et qu'il peut coïni'idrr avec la goutte chez un seul et même individu. C'est là un fait que b»s observations de Holland, de Garrod et de M. Raver ont

mis complètement hors de doute. — On a vu aussi reczéma coïncider ou alterner avec les accès les mieux caractérisés d(» goutte.

Telles sont, pour le moment, les seules affections cutanées dont la corrélation avec la goutte soit authentiquenieiil établie. Mais sous le nom d'arthritides, M. Bazin et son école ont rassemblé un grand nombre d'exanthèmes divers qui se rattachent au rhumatisme et à la goutte, deux affeclions qu'ils confondent en une seule [arthritis). Il faut conv(»nir que h»s observations présentées à fappui de ces opinions laissent singulièrementà désirer, et que la goutte est ici complètement

108 AFFECTIONS OCUUIRES ; SURDITÉ

laissée dans Tombre. Les faits rassemblés par M. Bazin se rapportent exclusivement au rhumatisme.

E. Affections oculaires. — Morgagni avait déjà signalé la conjonctivite qui survient quelquefois dans le cours d'un prem ier accès de goutte ; plusieurs auteurs Tout observée après lui ; mais de toutes les maladies oculaires qui ont été rapprochées de la goutte, celle qui mérite le mieux de se rattacher à cette diathèse est inconstestablement ïiritis. Lawrence et Wardrop ont rapporté des faits dans lequels Talternance de Tiritis avec des accès de goutte bien caractérisés ne pouvait-être révoquée en doute ; et M. le professeur Laugier nous a communiqué une observation dans laquelle ce phénomène était parfaitement caractérisé. 11 est extrêràement remarquable de voir Tiris affecté de cette manière dans la goutte, puisque nous savons que le rhumatisme articulaire, et surtout {erhurnsLlisme subaigUj noueux eX blennorrhagique^ provoquent les mêmes accidents. Enfin, M. Garrod, dans un article récent (1), a décrit une affection goutteuse de Tœil qui n'avait pas encore fixé Tattention : nous voulons parler de rinflammation de la sclérotique, avec dépôts blanchâtres d'urale de soude à la surface de celte membrane.

F. Affections de Cappareil auditif, — Nous avons dt\jà suffisaniinenl insisté sur les concrétions lophacées de Toreille externe, pour ne point y revenir ici; nous avons également signalé les altérations des osselets de Touïe. Or, il nous paraît certain que les malades afTectés de goutte chronique sont exposés à devenir sourds; il serait fort intéressant de pouvoir rattncher aux lésions que nous venons de mentionner ce nouveau g^enre de surdité; mais nous ne savons rien de positif à

1. Hoyiiold;*. — A System of ïned'ic'tne, art. ilout. par A. B. Garrod.

AFFECTIONS OCULAIRES ; SUUDin' 1U9

cet égard, et de nouvelles recherches seraient nécessaires pour fixer les idées sur ce point.

Nous terminerons ici l'histoire de la goutte abarticulaire et viscérale, et, dans la prochaine conférence, nous nous occuperons de quelques affections qui offrent un certain degré de parenté avec la goutte.

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