‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 69 sur 230 · HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEÇON

Affections concomitantes de la goutte.

SoMMAiiiK. — Accitlenls qui paruisseiit liés à la diathèse grouUcuse. — Anthrax uriqiie. — Phlej,'inons et érysipèles de mauvaise nature. Gan{n*ène sèche.

AfTertioMs intercurrentes dans la j^outte. — Traumatisme, phlegrniasicâ, typhus, syphilis, etc. -;- Marche des iutlannnations chez les goutteux non cachectiques. — (ioutte critique. — Action des médicaments, plomb, mercure, opium, etc.

•Vireclions concomitantes de la jçoutte. — Ses affinités avec la diabète. — Fréqu(M]ce plus ou moins jurande de cette relation. — Le diabète, Tobésilé et la jroutte se rencontrent .souvent, sinon chez le môme individu, du moins chez des sujets appartenant à la même famille. — Observations à l'appui.

— (ion.<e(iiu'nces pratiques. — (iravelle. — Concrétions urinaires. — Acide nricjuc, acide oxalitjiie. — La forinalion (rnn sédinuMit uri(|ue ne prouve pas toujours (|ue rcxcrélioii de cet acide ^oit auirnientée. — l^a ^ravelle se rallache (jncl(|U('fnis à la p^e^ence (1*1111 excès d'iicide nrique dans le santr.

— Corrélation ivelle ou ^^IpJ)o^é(• entre la f^outte, la scrofultr et la phlUisie; entre la ^Muilte et le cancer: entre la ^^oiitte et le rhumatisme.

Le cadre dans le(|ii(»l jai cm devoir circonscrire Tliisloire des aU'eclioiis f:oiillcuses al)articulaires ne m'a pas permis de vous entretenir de certains accidents cpii paraissent enraiement relever, d'une manière pins on moins directe, de la diathèse tionttense. Le moment est venn d'en dire cpielques mois.

A?iTHRAX URIQUE 111

On a depuis longtemps signalé, dans plusieurs des maladies qui impriment à la crase du sang une modification profonde, une disposition particulière aux phlegmons de mauvaise nature et au sphacèle.

La néphrite albumineuse est un exemple de ce genre : on voit souvent survenir, chez les albuminuriques, des érysipèles gangreneux ou des phlegmons diffus dans les régions infiltrées, soit spontanément, soit à la suite d'incisions ou de piqûres. Aussi les ponctions et les scarifications qui, dans d'autres hydropisies, sont un moyen de soulager le malade, sont-elles formellement contre-indiquées en pareil cas (Rayer.)

Le diabète nous offre un second exemple de cette prédisposition fâcheuse. Les médecins anglais avaient depuis longtemps remarqué que les anthrax, les gangrènes sèches, les phlegmons diffus, se manifestaient volontiers chez les diabétiques ; et M. Marchai (de Calvi),sans connaître les travaux de ses prédécesseurs, a eu le mérite d'appeler l'atlenfion sur ce sujet, qui, avant lui, n'avait guère été étudié en France.

f)r, nous rencontrons une série analogue de phénomènes dans la dialhèse urique et dans la goutte confirmée.

Cette coïncidence pathologique, déjà entrevue ou signalée par Morgagni, Thompson, Schonlein,l're, Carmichael et Prout, a été mise en lumière, dans ces derniers temps, par les travaux de M. Marchai (de Calvi), qui a nettement dégagé les accidents diabétiques de ceux qui relèvent de la goutte, ce que n^avait fait aucun de ses prédécesseurs (i).

1. Xîorgagiii. — De Sedih. et causis morbontm, lib. IV. cpisl. IV. j^ 24 et êeq. — .\.- K. Thompson. Uisiorii of a case of dnj (jamjiene, Medic. chirunf. Ti-ansact., l. XIII, 1827, p. 178. — Schonloiii. Pafholof/. ttnd. thérapie

112 PHLEGMONS, ÉRYSIPÊLES, GANGRÈNE

On peut diviser en trois catégories principales les phénomènes de ce genre qui se rattachent à la diathèse urique :

1° V anthrax urique^ lorsqu'il survient at^anH 'apparition de la goutte, est considéré comme accidentel par Garrod et M. Trousseau ; mais les accidents de ce genre, lorsqu'ils surviennent dans le cours même de cette maladie, paraissent se rattacher à la diathèse goutteuse. Ledwich et M. Marchai (de Calvi) en ont fait connaître plusieurs cas (1).

2'' Les phlegmons, les érysipèies de mauvaise nature, qui peuvent survenir chez les goutteux, ont été signalés parProut (2). On sait d'ailleurs, que l'opération de la cataracte réussit mal chez ces malades, parce que Tœil s'enflamme presque toujours (3). On peut rapprocher de ces faits la suppuration du globe de l'œil dans un cas de goutte chronique (4), et le défaut de consolidation des fractures. Dans un cas où la malléole externe était fracturée, il survint un accès de goutte : les firagments se séparèrent, des ulcérations se développèrent, les os furent mis à nu ; mais tout rentra dans l'ordre, après le* cessation de l'accès (5).

3° L'd gangrène sèche, signalée par Carmichael, MM. Rayer et Marchai (de Calvi), survient surlout chez les sujets débililés atteints de la forme chronique de la goutte, et présentant des tophus (6).

p. *24S. \V Bd. — l/auleur allribuc à ross*ilicalioii arlérioUe la ^angivne dos extrémités (pi'on observe suivant lui fréquemment dans la goutte. — Al. Ure. Uesearches on dont. iMedir. Times, p. 145, 1845, t. II. — Carmichael. Duhlin Quart. Jintrn. l. Il, 1840, p. 288. Proul. Sfomach and rénal diseases, p. '^11, 1*848. — Marrhal (de Oalvii. liecherchcs sur les accidents diabétiques, Paris, 1854.

1. Trousseau. — (7///. méd..i. III. — Clarrod. On (iout.2^ édii., Londoii. 18(>J.p. 285. — Ledwich, liulAin, medir. jintrnal, l. XXV, p. 43. — Marcha de Calvi . bu- t*7., p. '.^X, "2^^.

"2. Lnc. cit., p. 211,

'.\. \V. Budd. — LUnary of Medicine. l. V, p. 213. i. Critchell. — Med. Times, 1858, t. I. p. 02. 5. O'Heillv. — American Medic. Times, p. 2<.>

i\. (Carmichael, btc. cit. — Hayer. l^timmunicalion orale. — Marchai, loc, cit., p. 'Î9.

AKFECTIO.'^S LNTERCIRRE2HTES DANS LX GOITTË 113

Nous allons parler maintenant des affections intercurrentes dans la goutte.

11 ne s*agit plus ici d'affections subordonnées à la diathëse goutteuse, mais bien des complications qui peuvent survenir dans le cours de la maladie. Comment les affections intercurrentes sont-elles modifiées par la goutte ? On peut, à cet égard, établir un parallèle entre la maladie de Bright, le diabète et Taffection qui nous occupe en ce moment. En effet, le traumatisme dans la goutte a des conséquences que nous venons de signaler. Voilà déjà. un point de contact entre ces trois affections. Les phlegmasies, d'après Prout (1), prennent souvent un caractère adynamique chez les goutteux, surtout lorsqu'ils sont strumeux et obèses: c'est ainsi que finissent, dit-il, la plupart d'entre eux. 11 y a là un rapprochement nouveau à établir avec ralbuminurie et le diabète. Le typhus présente, chez les goutteux, une gravité exceptionnelle ; il serait constamment mortel, d'après Schmidtmann et Murehi-

1. Ca.* p:is3aj;e îi souvent été cité dun» le cours de nos leeoiH. Nous allons le rapporter textuellement :

« n n'est point rare de rencontrer cette coïncidence ij^ravelle urique et diabète, chez des gens obf'scs, d'un âge mûr, d'un tempérament à la fois goutteux et strumeux: elle doit toujours inspirer d'assez vives in(|uiétudes au in«Hlecin. J'ai con.-itaté que de tels sujets succombent, en général, à (fuelque inllainmation viscérale, aussi soudaine que violente, qui prend rapidement le type adynamique. Us paraissent exposés,d*ailleurs, aux formes graves de l'érysipèle et aux phlegmons diffus. Au reste, dans la plupart des cas dans lesquels j'ai vu se terminer fatalement des inflammations diffuses, soit spontanées, soit provïKfuées par de simples piqûres, il s'agissait d'individus dont l'urine ronl<»nait de temps en temps du sucre, et laissait déposer du sable urique et dei jrravier?. • [Vroui. Stomach and rénal diseattes. iî54H, p. '211.,

CuARGOT. T. VU. ŒuvT. compl. MaUid. des Vieillards. 8

Page 1