GOUTTE ET GRAVELLE
grravelle; preuve nouvelle de la corrélation qui existe entre ces diverses manifestations morbides.
Nous croyons cependant devoir rappeler ici, que la formation d'un sédiment composé d'urates amorphes ou d'acide urique à l'état cristallin, dans les urines, peu de temps après leur émission, ne saurait prouver que Texcrétion de cet acide est augmentée d'une manière absolue. Une diminution notable de la partie aqueuse de l'urine, une acidité prononcée de ce liquide, sont des conditions, suffisantes pour provoquer la précipitation de ces édiments, sans qu'il y ait une élévation réelle' du chiffre de l'acide urique. D'un autre cfMé, nous savons aujourd'hui, grâce aux travaux de Bartels (i\ qne des urines qui ont conservé une limpidité parfaite, longtemps après l'émission, peuvent contenir une proportion considérable d'acide urique. Pour connaître à cet égard le véritable état des choses, il serait donc indispensable d'analyser la totalité des urines rendues pendant les vingt-quatre heures, et même de répéter cet examen pendant cinq ou six jours de suite, d'après le précepte de Parkes et de Ranke (2); car il est démontré que l'excrétion de Taciib' urique ï'ubit les variations les plus prononcées, non seulement aux diverses époques de la journée, mais encore d'un jour à l'autre.
Il semble cependant assez naturel d'admettre que Tacidr urique existe en excès dans le sang, lorsque les sérliniciits urinaires se forment non plus après, mais avant rémission : ftàplus forte raison, lorsqu'il existe de la^ravelle. Mais cet accident peut être provoqué par des caus<»s entièrement indépendantes de la dialhèse urique; une inflnmmalion
i. Harnsaure aiisncheidung in Krankh, 'Dcufsch. Arrhin. fiir Id'in. Mefiivin. Bd. I, Hoa. I, p. 13. Leipzig', 1805. .
"2. Parkoâ. — On urine, London, 180), p. 218. — Uankc AusarheHliiwi dcr UantJtnure. Miinchcn. 1858.
124 GOUTTE ET GRATEUE
purement locale de Tappareil urinaire suffit pour le déterminer (Brodie, Rayer) (1). J'ai eu plus d'une fois Toccasion de constater Tabsence complète d'acide urique dans le sérum du sang, chez des sujets non goutteux qui rendaient habituellement pendant la miction des concrétions uriques plus ou moins volumineuses.
Nous ne prétendons pas nier, toutefois, d'une manière absolue, la corrélation entre ces deux ordres de &its; loin de là, il est démontré que, chez certains sujets, la gravelle se rattache à l'existence d'un excès d'acide urique dans le sang. M. le docteur Bail m'a communiqué l'observation d*un homme &gé de soixante-quatre ans, qui rendait fréquemment à la suite de coliques néphrétiques violentes, de petits calculs uriques. Un vésicatoire ayant été appliqué sur la ré* gion épigastrique, on constata, dans la sérosité qu'il avait fournie, la présence d'une quantité notable d'acide urique. Le malade n'avait cependant jamais éprouvé aucun des symptômes de la goutte articulaire, et n'était pas albuminurique. Il faut, sans doute, rapprocher ce fait de ceux où l'on voit la gravelle précéder rapparition de la goutte, pour cilterncT ensuite avec cette maladie.
On peut établir, en effet, trois catégories à cet égard. Tantôt la gravelle précède la goutte; c'est le cas le plus fréquent ; tantôt elle lui succède, ce qui est plus rare; tantôt (»nfin, ces deux états coïncident, ce qui est plus exceptionnel encore. Sur cinq cents goutteux, Scudamore n'a rencontré que cinq calculeux; et Brodie prétendait n'avoir jamais vu la gravelle chez un goutteux atteint de concrétions tophacées.
Les accidents occasionnés par la gravelle s'entremêlent avec ceux d(» la goutte. Il peut y avoir émission de sable
1. Ij»ço»s sur les Malarties des ovf/nnes vrinah^Sy trad. do Patron, Piris, 1745, p. 251, TiK^ Maladies des veins, Paris. i809. t. I, p. 94, 197.198.
COCTTE, SCROFULE, PHTHISIE 125
avec l'urine et albuminurie passagère ; il peut exister de la gravelle rénale, que M. Rayer signale sous le nom de néphrite goutteuse ; mais nous savons qu'il existe une autre forme de néphrite goutteuse, qai est caractérisée par des dépôts d'urale de soude dans le parenchyme du rein [gouty kidney des auteurs anglais). Enfin, chez les goutteux il peut exister de Fischurie; il peut y avoir une pyélite goutteuse, des coliques néphrétiques et de l'irritabilité de la vessie. Tous ces accidents, qui peuvent coïncider avec la gravelle, n'en sont pas nécessairement la conséquence, et peuvent la simuler, ainsi qu'on Ta vu plus haut.
C. Goutte^ scrofule et phthisie. — Existe-t-il une corrélation bien réelle entre la goutte, la scrofule et la phthisie ? Nous sommes peu disposés à l'affirmer d'une manière absolue; mais il est vrai que la scrofule est fréquente chez les sujets atteints de rhumatisme noueux ; il est donc permis de se demander si ce n'est pas à cette dernière affection qu'il faut rapporter ce que l'on avait attribué à la goutte. Cependant Prout, qui avait soigneusement examiné ce point, admet que les enfants issus de parents goutteux sont exposés h la phthisie (Ij.
Cette dernière affection, peu commune dans le rhumatisme articulaire aigu (Wunderlich, Hamernjk) (2), est fréquente chez les sujets atteints de rhumatisme articulaire chronique. Chez les goutteux, au contraire, elle se présente rarement, bien que le diabète, dont nous avons signalé rétroite parenté avec la goutte, soit, pour ainsi dire, une porte toujours ouverte à l'invasion de la phthisie. Cependant, chez un jeune homme qui portait des concrétions tophacées autour de plusieurs jointures, Garrod a vu se développer une phthisie à marche