‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 79 sur 230 · PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

Nous commencerons d'abord par Tétude empirique des faits qui nous sont fournis par l'observation directe, en dehors de toute préoccupation théorique; nous chercherons ensuite à interpréter ces données au point de vue de la physiologie actuelle; en d'autres termes, nous nous efibrcerons de suivre dans leur évolution successive les modifications que peut subir l'organisme, sous l'influence des causes auxquelles Texpérience nous apprend à rattacher la goutte. Nous aurons donc à nous demander comment les changements ainsi survenus dans l'économie peuvent déterminer les divers phénomènes qui constituent l'histoire clinique de cette aflection ; en un mot, nous chercherons à nous fiedre une idée de la physiologie pathologique de la goutte. Tel est, en effet, le couronnement de l'œuvre dans toute étude nosolQgique.

Mais, il faut bien le reconnaître, la séparation rigoureuse et systématique des deux points de vue que nous venons de signaler est plus indispensable que jamais dans la questicm qui nous occupe; car c'est surtout ici que l'intervention prématurée et téméraire des théories chimiques et physiologiques, dans rinterprétation des phénomènes morbides, pourrait contribuer à discréditer injustement ce genre d'études.

Celui qui réussirait à mettre d'accord la pathologie des anciens avec la physiologie des modernes, disait Boerhaave, serait assurément, de tous les médecins, le plus digne d'éloges (i). Mais la physiologie moderne^ au temps de Boerhaave, ne répondait guère à la science que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom: et dans quelques siècles d'ici, la physiologie contemporaine pourrait bien ne plus se trouver à Tordre du jour. 11 convient donc d'user de la plus grande réserve, et

1. 'Sec in medicum plus taudis redundare posset, quam ex eo lahore, quo veierum pulholof/iam redif/erel ad neotericorum physiologiam, ( Boerhaave : Med. stud, medic. Pars IX. Palholor/ia, p. 573.)

PATHOLOGIE IIISTOKIQUE OK LA GOUTTE i29

df* iravancer dans cette voie qu'avec des précautions infinies ; car ce qui a manqué à nos prédécesseurs, ce nVst point le sentiment de l'importance qu'il faut accordera la physiologie dans les éludes médicales, ce sont des notions plus exactes et plus étendues sur les problèmes difficiles qu'ils ont quelquefois essayé de résoudre, sans en avoir mesuré toute la profondeur. 11 faut, du reste, en convenir: l'histoire des produits de désassimilation reste encore obscure, malgré les progrès que nous avons réalisés dans l'étude des fonctions nutritives : el l'acide urique, en particulier, ne fait pas exception à cette règle. Nous savons peu de chose sur les conditions qui président à sa formation régulière, et sur les circonstances pathologiques qui peuvent la modifier. Il est donc aisé de prévoir, dès le principe, que la pathogénie de la diathèse urique est encore à l'état rudimentaire, et que, par conséquent, il est impossible de formuler aujourd'hui une théorie complète de la goutte ; tout au plus nous est-il donné de poser çà et là quelques jalons qui serviront, peut-être, à diriger les n;cherches des observateurs qui viendront après nous.

Nous commencerons celte analyse par un coup d'œil ia[)ide sur Xhistoirf* et la ffêofjraphie de la goutte ; car, puisqu'il s'agit ici d'une affection éminemment constitutionnelle, et qui se rattache essentiellement à l'état général de l'individu, il est indispensable, pour bien en saisir les caractères, d'éludier l'ensemble des conditions climatériques el sociales qui imraissent > prédisposer l'espèce humaine. Envisager une maladie à ce point de vue, c'est faire en grand son éliologie.

Page 1