‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot. t.1-Chapitre 80 sur 230 · PATHOLOGIE HISTORIQUE DE U GOOTTE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE HISTORIQUE DE U GOOTTE

de ces changements, tel est le but principal de la pathologie historique ; aussi les investigations de cette espèce nous permettent-elles d'apprécier non seulement Tinfluence pathogénique des causes extérieures, mais encore le résultat des conditions inhérentes h Thomme lui-même.

Mais, pour quHl soit possible d'appliquer ce procédé à Té* tude d'une maladie, il faut que l'attention de nos prédécesseurs ait été depuis longtemps appelée sur ce' point ; ' o*esl seulement alors qu*on peut se flatter de recueillir une ample moisson de documents historiques. Or, de pareilles conditions ne se trouvent guère réalisées qu'à l'égard des afTections épidémiques, qui ont autrefois exercé de grands ravages, et de certaines maladies chroniques qui ont attiré, de tout temps, les regards des observateurs. Quelques exemples vous feront aisément saisir ma pensée. — La peste, autrefois si redoutable, s'est montrée, pour la dernière fois en France, au commencement du siècle dernier (1721 ); elle tend d'ailleurs à s'éteindre dans les pays qui en ont toiyours été les foyers principaux. On peut donc, à bon droit, se demander quelles étaient*les conditions qui en favorisaient autrefois le développement, et qui paraissent avoir cessé d'exisler aujourd'hui. — La Ifrpre subsistait encore à Marligues à la lin du siècle dernier: depuis cette époque, elle a disparu du sol français; elle devient de plus en plus rare en Europe, et tend h se réfugier en Norvège, — connue la goutte en Angleterre. — On comprend tout Tattrail que peut offrir au médecin philosophe Thisloire d'une affection prèle à s'évanouir, après avoir joué un si grand rôle et occupé une si grande place dans les préoccupations des législaleui*s dt» tous les siècles (1).

t. Lctf iiie»urtii ri8:uurQUti4^a,quifrapp]|iieiii )<» lépreux d'uuUuleiueiUabsiolu au sein de la société, ont été maintenues dans toute leur sévérité pendanllc Moyen- Age. Elles ont fontribiié, pent-ètre, à Textinction de la lèpr«. Certains patliolo-

AMIQriTK IIP. l\ GOITTE J.*)|

Parmi les afferlions dont Tétude hisLorique peut otIVir un intérêt vraiment scientifique, la goutte se place évideninient au premier rang. Il est certain, en effet, que cette maladie prédominait autrefois, d'une manière en quelque sorte en* démique, parmi les classes les plus favorisées de la société ; aujourd'hui, nous la voyons graduellement s'éteindre, et cependant, elle n'a subi, depuis les temps les plus reculés, aucun changement dans son évolution symptomatique; car nous la retrouvons toute entière dans les écrits des anciens.

Nous allons vous exposer succinctement les données principales (|ue l'histoire nous fournit pour résoudre cette question.

A.NTIQIITÉ DE L\ GOITTE.

La goutte», on ne saurait en douter, a été connue en Europe dis la plus haute antiquité : les écrits d'Hippocrate en font foi. Mais, c'est sous le règne des premiers Cj'^sars qu'elle paraît avoir atteint son apogée : nous possédons, à cet égard, un hiv dr rciisrigiicinents cpii ne laisse rien à désirer. Les tnivaii\ des médecins, les œuvres des historiens et les satires •leïi poètes, sont remplis d'allusions à cette maladie.

Au premier siècle de l'ère chrétienne, Arétée et (lelse d'une part. Ovide et Sénèque de Tautre, nous ont amplement informés des conditions pathologiques du monde romain sous <»' rapport. Au if siècle, Galien (1*10 A. l).)el lesinlérc^ssants «lialogues de Lucien de Samosate (1) nous fournisseiil de pré- •i^'ux rlétails, au point de* vue hygiénique et médirai. Au m siècle, un édil de Dioclélien dispense les goutteux des

'Â\^U'< aimeront iniCMix iiivoquiM* ici l;i spoiilanéité inorbidr : iioiisarccpton.'^ voloiitiersreinot, pourvu qu'il soit h'wn entendu qu'il ne préjuge rien sur le fond 'le la question, et ne î<ert qu'à exprimer une larune dans nos connaissances.

l. Traffodopodagra : Ocype, l'homme aux pUih léf/ers. — Ce dernier poëine, audirpde quelques critiques, n'appartiendrait pas k Lucien.

i32 ANTIQUITÉ DE LA GOt'TTE ; SA DIMINUTION ACTUELLE

charges publiques, lorsqu'ils sont atteints de défomiations articulaires assez considérables pour les gêner dans l'exercice des fonctions ordinaires de la vie, circonstance qui semble démontrer à la fois la fréquence extrême de la goutte à cette époque, et Timmutabilité des principaux caractères syniptomatiques de cette affection.

Du m* au vi* siècle, Tétat des choses paraît être resté le même, si nous en jugeons par les écrits d'Oribase, d'Alexandre de Tral les, d'Aé tins, de Paul d'Egine et de plusieurs autres médecins. Au moyen âge, les Arabes, continuant les traditions médicales de l'antiquité , nous enseignent que la goutte n'a guère perdu de terrain depuis cette époque (i) ; et les auteurs du Bas-Empire, Actuarius', Démétrius Pépagomène, etc., nous conduisent jusqu'au xiii" siècle. Arrivés enfin aux temps modernes, nous nous trouvons en présence d'innombrables témoignages qui ne peuvent laisser aucun doute sur la diffusion générale de la goutte en Europe.

Vous le voyez donc, messieurs, un chaîne non inl(»rrompuc de preuves historiques nous démontre que, pendant plus de vingt siècles, cette atrectiim a mainlenu son empire dans les contrées que nous habitons artuelicnicnl. Mais il suffit aujourd'hui de jeter un regard autour (h' soi pour se convaincn' (|uc la goutte tend à devenir de plus en [)lus rare. Il convient d'entrer ici dans ([uel([ues détails.

Diminution acti ku.k i»k i.a goitth.

(l'est surtout depuis le commencement du siècle présent

1. Il ru' raiil puiul oubluM" rcpciiduiil <|iu' les imJi<'alioii> que |)iv>c'nt(Mil li'^ autour» (le roltc ♦'i)oque u'oirront |)a> toujoinv^ une valeur ahsoliie. Trop souvent ils se ropiaieril les uns le, autre?:, sans :,e préoccuper de rassembler des observations personnelles. Le> Araix's. en particulier, ont l'ail de larj^es enipriMits à la littérature médicale grecque; et «"onnne il est souvent (|ue>tioi) de la jroutte dan^ b's ouvra^^es de-anr-iens, iU ^e sont certainement approprie une partie conï^iderable de leur> travaux.

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