Littré — Dicl. de la langue française, art. Empirisme
"2. Boerhaave avait dit: « Qui itaque haberet porfecte intellectas omnes conditiones requisitas ad actiones, ille perspiccret clare dofectuni conditionis ox cog^nito morbo, et rurius bene caperet ex cognito defeclu naturani morbi indc ncccssario sequentis. >*
X SES lNCONVÉ?iIKNTS, SES AVANTAGES
reconnaître les immenses services que les applications bien dirigées de la physiologie moderne ont rendu à la pathologie et à proclamer hautement que l'avenir de la médecine est là.
Au reste, ce qui a manqué à nos prédécesseurs, ce n'est pas le sentiment de l'importance qu'il faut accorder à la physiologie dans les études médicales, ce sont des notions plus exactes et plu.^ étendues sur les problèmes difficiles qu'ils ont quelquefois essayé de résoudre sans en avoir mesuré la profondeur. On peut même dire que de tout temps on s'est efforcé d'interpréter au point de vue de la physiologie alors régnante les faits pathologiques.
Permettez-moi de vous citer ici les propres paroles de Daremberg, qui se prononce sur ce point avec toute l'autorité que donne une connaissance approfondie de l'histoire : « Il n'y a rien de meilleur, disait-il, qu'une bonne physio- « logie, ou du moins qu'une physiologie qui, reposant sur « l'expérience, porte en elle-même des germes inépuisables « de perfectionnement. Une telle physiologie réforme la mé- « decine et transforme lu thérapeutique; mais aussi, il n'y a « rien de plus désastreux, de plus contraire au progrés de la c< pathologie, qu'une mauvaise physiologie, qu'une physiolo- « gie a priori qui, chaque jour, trouve en elle-même les « meilleures raisons de s'enfoncer de plus en plus dans les « ténèbres, et d'enchaîner l'essor de la science. En vain les « observations les plus délicates et les plus difficiles se mul- « tiplient dans l'école hippocratique, à Alexandrie : les idées <( sont plus entêtées que les faits. La physiologie résiste si « bien, qu'elle dénature, pour les ranger sous sa loi, les dé-
« couvertes de l'anatomie et les conquêtes de la pathologie
u Au contraire, lorsque, entre les mains de Galien, la mé- (( thode expérimentale, déjà maniée à l'école d'Alexandrie, a
1. Uésiuiti^ ilf l'histoire de la médecine, clr. — Union médicale, 1S65.
OBSERVATION PtRE XI
« Iransformé la physiologie du système nerveux, alors la « médecine change de face. »
Or, messieurs, cette physiologie a priori est seule responsable de ces trop fameux systèmes qui, à diverses reprises, ont exercé une si funeste influence sur le développement de la science ; le naturisme, le stahlianisme et toutes les formes du vitalisme ancien et moderne, saris en excepter celui de Bichat, s'y rattachent par uu côté ; Tiatro-mécanicisrae, Tialrochimisme s'y rattachent par un autre. Les uns détachent de l'organisme les principes de la vie, pour les faire régner sur lui en maîtres capricieux ; les autres tentent audacieusement ^e donner de la vie une interprétation physique ou chimique, et cela k une époque où Ton ne soupçonnait même pas les véritables rapports de la biologie avec les sciences physiques. De tels écarts sont heureusement impossibles de nos jours. Assise sur des bases positives, la physiologie ne saurait plus être un danger pour la médecine ; elle en est devenue, au contraire, le plus solide appui. Elle l'enveloppe de toutes parts, si j'ose ainsi dire, dans un réseau à mailles serrées, qui ne livre plus passage aux spéculations téméraires : et si, de nos jours encore, des erreurs sont quelquefois commises, elles ne témoignent que d'un vice dans l'application de la méthode et non d'une erreur dans ses principes.
Contre l'usurpation d'une mauvaise physiologie, les esprits sages et bien pondérés ont toujours protesté avec énergie ; et c'est surtout à ce point de vue qu'il faut admirer ces médecins voués par principe au culte de l'observation pure, parmi lesquels se détache, en première ligne, la grande figure d'Hippocrate.
Messieurs, quels ont été les fruits de cette médecine systématiquement isolée de tout contait étranger, réduite par conséquent à ses propres forces et fondée nur Tobservation pure? Quel a été son caractère, jusqu'où pcMit-elle pré-
\II MÉUECIISE HIPPOCKATIQUE
tendre, où s arrête son domaine? Voilà des questions qui méritent bien d'être examinées. L'histoire nous offre, à ce sujet, une expérience toute faite, qui s'est prolongée pendant plusieurs siècles et dont les résultats se présentent aujourd'hui h notre appréciation.
Mais ceci nous conduit en pleine antiquité, aux plus beaux jours de la Grèce, au siècle de Périclès <.
L'anatomie, à cette époque, n'existait qu'à l'état le plus rudimentaire ; on n'avait pas encore distingué le système nerveux des parties tendineuses. On prenait le cerveau pour une glande. On croyait les artères pleines d'air, et la distribution réelle du système veineux était complètement inconnue.
La physiologie était encore au dessous de ce point ; elle ne reposait que sur des vues de fantaisie ; elle ne s'était même pas dégagée de la philosophie spéculative de l'époque, qui, dans ses aspirations audacieuses à la connaissance immédiate de Tunivers, négligeait la patiente, la modeste recherche des faits, et la considérait presque comme indigne d'un sage. Car Terreur radicale de la philosophie grecque, ainsi que l'a fort bien dit Herschell '^, a été d'hnaginer que la méthode qui, en mathématiques, avait donné de si beaux résultats, pouvait s'appliquer aussi à la réalité objective, et qu'en partant des notions les plus élémentaires ou des axiomes les plus évidents, on pouvait tout discuter.
Au milieu de ces circonstances, en apparence si défavo-
1. On reconnaîtra facilciiienl, dans re passage, les emprunts fais à la belle exéj?èse (|ii"a donnée M. Litlré de l'œuvre liipporratiqne.
2. Discours sur VEfude r/e la philosophie nafitrelle, p. 1:^4,
NÉDECLNE HIPPOCRATIQrE Mil
rables, nous voyons surgir l'école de Cos. Elle nous apparaît dirigeant toutes ces critiques contre les médecins cnidiéns, qui n'avaient pas su, comme elle, résister à l'envahissement de la philosophie de l'époque. Elle affirme que la médecine doit marcher dans ses propres voies, en s'appuyant sur les faits, non sur des hypothèses ; et c'est ainsi qu'elle construit cet édifice qui a méritél'admiration de tous les siècles.
On pourrait le comparer à ces chefs-d'œuvre de la statuaire grecque, exécutée par des artistes qui n'avaient observé que les formes extérieures, et dont toutes nos connaissances analomiques ne nous ont pas encore appris à surpasser la beauté.
Hippocrate envisage le corps dans son ensemble et, si je puis ainsi dire, dans ses grandes lignes, sans prétendre en pénétrer le mécanisme interne.
Il le considère aussi dans ses rapports avec le monde extérieur, afin de constater les modifications qu'il en reçoit.
Ce dernier point de vue le conduit à une étiologie large et compréhensive, où l'influence des saisons, celle des climats, et, parmi les causes individuelles, celle des âges, sont surtout mises en relief.
A mesure que l'année passe par des phases successives de chaleur et de froid, de sécheresse et d'humidité, le corps humain éprouve des changements, et les maladies en empruntent les caractères. C'est sur ce fondement qu'est établie la doctrine des constitutions médicales correspondant à des états particuliers de l'atmosphère, doctrine qui a subsisté jusqu'à nos jours, malgré les exagérations dont elle a été souvent l'objet, parce qu'elle renferme un fond de vérité.
Quant au climat, ce n'est, pour ainsi dire, qu'une saison permanente, et dont l'empreinte e.-t plus marquée, parce que son influence ne manque jamais d'agir. Si les Grecs sont braves et libres, si les Asiatiques sont efféminés et esclaves, cela