RHUMATISME ARTICULAIRE CHRONIQUE
et qui d'ailleurs est peu fréquente dans le sexe féminin ; — tandis que la goutte est presque inconnnue à la Salpêtrière, le rhumatisme chronique est, au contraire, l'une des infirmités les plus conmiunes dans cet établissement. En eflfet, cette affection prédomine chez les femmes, parmi les classes peu favorisées de la société. Aussi la proportion des pensionnaires admises dans cet hospice pour des lésions de cette espèce est-elle d'un quinzième environ par rapport à la population totale.
La plupart des auteurs qui ont spécialement étudié cette maladie, ont puisé leurs observations dans des établissements analogues à la Salpêtrière. En Angleterre, ce sont les workhouses (asile pour les pauvres) qui ont fourni les matériaux des intéressantes publications de Colles, Smith et Adams. Vous savez que c'est à la Salpêtrière que Landré-Beauvais a rédigé la monographie que nous avons eu déjà l'occasion de citer. C'est donc une véritable étude clinique que nous allons entreprendre ici, et j'aurai souvent l'occasion de mettre sous vos yeux, non-seulement des pièces anatomiques, comme nous l'avons souvent fait jusqu'ici, mais encore des malades atteints des lésions que je vais avoir à décrire.
La dénomination que j'ai choisie pour désigner la maladie dont il s'agit consacre une interprétation nosographique à laquelle j'adhère pleinement, mais que n'admettent pas tous les auteurs.
Parmi les adversaires de l'opinion que je soutiens, les uns déclarent qu'il s'agit ici d'une affection spéciale, et complètement indépendante de la goutte et du rhumatisme articulaire aigu : c'est V arthrite rhumatoïde de Garrod (rhetimatoid ar-
f66 VARIÉTÉS
■thritia), le rhiimaiismr rjoi/tleux de FiiUer (rfieumatic ^out}. Les aatree considiSreot les diverses Forme:^ du rhumalisine noueux coninip subordonnéps à la goutte.
JeTM8iii"olïnrfpr, messieurs, de légitimer les idées auxquelles je me rattadie, et de tous mcmlnr qu'oa voil ^lof-
-guefoi», au lit du malade, le rlinmaLtaaie.artioiikive etmoiqiie proeédw directemant du rtiuioatisme «rtieulaire aîgw, diBela
ornent comme la pneumonie k^aire ohFOid^è |ieatjnHieèd«rt la pneumonie aigufi. Il est vrai, toutefois, que nons vojite* la forme chronique du rhumatisme aittei^re fl« AAweliçper presque toujours qmntantaient, et eam pasaisr par la ftnK
-aiguë ; mais ce fait négatif ne saurait infirmer la ^«fmwiw
-ipie nous (dierchons &itablir.
Pour ce qui touche k la goutta, noua étaUinas pins tant une distinction radicale entre ces deux n
Le rhumatisme articulaire chronique se présente sous des aspects variés et tellement opposés en apparence, que plusieurs auteurs ont cru avoir sous les yeux plusieurs aiïections différentes. Nous n'y voyons, au conlraire, que les formes diverses d'une seule et même maladie.
Pour n'en citer qu'un seul exemple, il nous suffira de vous dire que plusieurs auteurs admettent volontiers que le rhumatisme noueux n'est autre chose que le rhumatisme poly-«rtieulaire à l'état chronique, mais qu'ils se refusent à reconnaître l'origine rhumatismale de l'affection, lorsqu'elle se localise sur une seule jointure, pour y produire lentement, insidieusement, les graves et profondes altérations du morbus coxœ senilis.
Nous espérons vous démontrer qu'il est de toute imposaihi-
VAHIÉTÉS DE GKTTS MAUDIS 167
lité d'établir une distinction réelle entre ces formes diverses du rhumatisme, et qu'il est souvent possible, au contraire, de constater qu'elles procèdent toutes d'uue seule et même source.
Il est toutefois indispensable, au point de vue clinique, d'étudier séparément les principales variétés du rhumatisme chronique, comme s'il s'agissait, en réalité, de plusieurs maladies distinctes : c'est là le seul moyen d'éviter toute confusion. Après ce travail préliminaire, nous nous efforcerons de mettre en lumière le lien commun qui les réunit.
Les types du rhumatisme articulaire chronique sont fort nombreux ; mais nous porterons principalement notre attention sur les suivants :
1 • Rhumatisme articulaire chronique progressif.
C'est le rhumatisme goutteux, ou rhumatisme noueux des auteurs ; la goutte asthénique primitive, de Landré- Beauvais; \e^ nodosités des jointures, de Haygarth.
Cette forme est la plus grave ; elle entraîne des infirmités déplorables. Quoique se portant de préférence sur les petites jointures, elle envahit aussi les grandes ; souvent elle détermine des rétractions musculaires et d'autres accidents.
On peut en distinguer deux espèces. IdiUiàl primitive, tantôt consécutive à la forme aiguë (ce qui est rare), cette affection peut être bénigne ou maligne. Elle n'est pas toujours concentrée sur les jointures, et peut s'accompagner d'affections viscérales, qui sont tantôt semblables à celles du rhumatisme aigu{ et qui en procèdent quelquefois), et tantôt propres au rhumatisme chronique ; il faut ranger dans cette dernière catégorie ïophtfmlmie et la néphrite albumiîieuse.
Les altérations locales sont celles de ïarthrite sèche, qui sont d'ailleurs communes à toutes les formes chroniques, sauf quelques modifications secondaires.
i66 TYPES PRINCIPAUX DU RHUMATISME ARTIGULAIRB CflRmUtUM
2^ Rhumatisme articulaire chronique parti/eL
Dans ce type, les jointures affectées sont en petit nombre ; il n'y en a quelquefois qu'une seule. Les altérations articulairës^ sont4es mêmes que dans le cas précédent, mais avec beaucoup plus de gravité, comme nous le voyons dans le mùrhus coxœ senilis. Les corps étrangers qui se développent parfois dans les jointures, prennent souvent, en pareil cas, un volume exceptionnel.
Au contraire, les affections viscérales ou ab-iMiculaires sont ici peu fréquentes ; il en existe cependant quelqnrfds. C'est surtout dans la forme bénigne de la maladie qn^eUes se rencontrent ; on voit survenir, chez quelques-uns de ces sujets, certaines formes d'asthme et d'affections cutanées.
Il en est tout autrement dans la forme maligne, qui ne comporte guère d'affections viscérales, et dans laquelle toute la maladie semble.se concentrer sur la jointure affectée. On a vu cependant l'albuminurie se déclarer dans quelques cas exceptionnels.
3* Rhumatisme (PHeberden.
Les nodosités d'Heberden (digitorum nodi) constituent le type le moins grave de cette maladie.
C'est surtout ici qu'une discussion critique deviendra nécessaire. Lorsqu'il s'agit du rhumatisme noueux, on reconnaît en général qu'il diffère de la goutte, au moins par certains caractères. 11 n'en est pas de même pour la forme que nous signalons ici. Personne, on peut le dire, ne doute que ses lésions ne se rapportent bien et dûment à la goutte. Nous sommes obligés de soutenir une opinion diamétralement opposée. Nous nous proposons de décrire, d'une manière toute spéciale, les arthrites qui s'attaquent de préférence à la deuxième articulation des doigts et qui les déforment d'une façon si
singulière. A coup sûr, ces lésions ont frappé les regards de bien des observateurs ; mais elles n'ont pas encore été étudiées avec tout le soin qu'elles méritent. L'anatomie pathologique nous fera bientôt reconnaître qu'en dehors de leur siège spécial, ces arthropathies ne diffèrent en rien de celles qui constituent les deux types précédents ; et nous aurons l'occasion, dans la suite, de légitimer au point de vue clinique la séparation de ce types particuliers.
Nous nous contenterons, pour le moment, de faire observer que, dans le cas le plus ordinaire, on ne rencontre ici que des nodosités des phalangettes, presque toujours indolentes, sans autre complication. Quelquefois cependant, plusieurs autres jointures, dont quelques-unes sont au nombre des plus importantes, se trouvent affectées en même temps; enfin, la lésion articulaire peut coexister avec des douleurs musculaires ou des névralgies, qui occupent tantôt le sciatique, tantôt le trifacial, tantôt d'autres troncs nerveux.
Parmi les affections viscérales qui se rattachent à cette variété, nous indiquerons tout spécialement Vasthme et la migraine.
Nous allons maintenant nous occuper des caractères anatomiques du rhumatisme chronique.
Lorsque nous avons essayé de tracer l'histoire de la goutte, nous avons rencontré dès le principe, une donnée fondamentale, qui domine l'ensemble des manifestations symptomatiques de cette maladie : nous voulons parler de ï altération du sang par excès d'acide urique. Nous ne trouvons, pour nous guider dans l'étude du rhumatisme chronique, aucun caractère d'une portée aussi générale ; et bien qu'il soit probable que, dans le rhumatisme comme dans la goutte, il existe une modification
l^ro «isîuinutiË DE i:ëtti^ malaiiik ^I
spécinlfl (lus liquides de réconoraie, celW lij'potlièse est nntwire loin d'Atie dénionLrée.
Il faudra donc recourir Ji l'examen approfondi des lésions locales; noua poursuivrons ces recherches au double poiul de vue de la cliui(|uc »^t de ranaloniie palbologique, mais en insislanL surtout sur ce dernier côté du la question, pour le moment du moins.
L'anatomie pathologique nous permet, en premier lieu, de démonlrer i'imilé de cette alTection ; car les diverses formes qu'elle peut revêtir se distinguent surtout par leurs camctère» cliniques, et pri-sontent. sous Itt rapporl des alliirulions locale?, un type commun, modifié par quol(iuas dilTiSrencps d'ordre stv Qondaire. Elle nous permet, en second lieu, de nittacUer la forme chronique du rhumatii^me arLicukire à la forme aiguS ousubaiguS; elle nous permet enfin d'établir une sùparation radicale entre cette maladie et les autres diath»stssqiii partagent avec elle le privilège de se localiser sur les jointures; telles Bont, par exemple, la goutte, la scrofule et la sypliili».
Il ni! faut pas remonter bien loin dans Tiiistoire, (lour rencontrer les premiers travaux qui se rapportent à notre »iûet.
Les médecins de l'antiquité, comme nous vous l'avons déjà fait observer, paraissent avoir confondu le rhumatisme articulaire avec la goutte, et l'on a pu se demander si l:i première de ces deux affections n'était pai une de celles qui appartiennent aux temps modernes. Sous ce rapport, l'archéologie vient au secours de la médecine, et les fouilles de Pnmpéi nous ont Appris que le rhumatisme chronique existait déjà m l" aiàcle . de l'ère chrétienne, Délie Chi^e, dans un ouvrage intitulé : Il Osteoioffiapompeiana», a figuré des légions articulaires qui sont identiques h celles que noua trouvons dans les planches de l'ouvrage classique d'Adams. Il ne saurait donc exister aucun doute sur ce point ; toutefois, le rhumatisme chronique n'a été reconnu comme une espèce morbide âipart, que depuis