‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 1 sur 94 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Maladies infeotieases.

Variole du foetus ; — Varioloîde chez la mère ; — Avortement au cinquième mois de la grossesse ^ .

Une femme âgée de 23 ans, brune, d*un tempérament où prédomine évidemment le système nerveux, bien réglée habitueliemenl,portant au bras gauche des cicatrices de légitime vaccine et n*ayant jamais eu la variole, entre, le 25 mars, à Thôpital de la Charité (salie saint Basile, 10, service de M. Rayer); elle se dit enceinte de cinq mois.

Voici les faits que nous croyons devoir noter, dans ses antécédents. Étant très jeune, elle a eu des (lèvres revenant par accès tous les deux jours; plus tard, à Tàge de 13 ans, elle a été choréi- Çue, pendant plusieurs mois. Les règles se sont établies difficilement; leur apparition a été précédée et suivie de flueurs blanches abondantes; mais enfin, elles sont devenues régulières. Il y a ^leuxans, une première grossesse se manifeste.

^îul accident ne raccompagne, si ce n*est quelques douleurs <lans les reins et dans le bas-ventre pendant la marche et la sta- ^on verticale. L'accouchement se fait d'ailleurs naturellement, à l^rme, et l'enfant est aujourd'hui bien portant. Il y a cinq mois, Bagnes d'une nouvelle grossesse. Ajoutons que, dans l'intervalle ^nire la première et la deuxième grossesse, aucun phénomène o^orbide ne s'est manifesté.

^' Comptes rendus de la Société de biologie^ 1851, p. 39. Gharcot. ŒuTres complètes, t. viii, Maladies infectieuses, 1

Dès le début de la nouvelle grossesse, la malade éprouve une fatigue insolite, de la langueur. En même temps les tissus pâlissent; il survient de la céphalalgie, des douleurs dans les reins et dans les aines, surtout pendant la marche. En même temps, un abondant écoulement de flueurs blanches apparaît. Les palpitations ne sont pas habituelles, mais il y a de temps à autre des lipothymies. Tout ceci dure pendant les quatre premiers mois de la grossesse.

Il y a trois semaines environ, sans cause connue, le malaise augmente: en même temps des frissons assez intenses, de l'inappétence, de la chaleur fébrile se font sentir; puis, à la suite de légères démangeaisons, des boutons apparaissent aux bras, aux poignets, aux cuisses, sur la face. Ces boutons sont tout au plus au nombre de Dix en tout : ce sont, diaprés la description de la malade, des papules qui bientôt se couvrent d'une vésicule argentine dont Tenveloppe se dessèche bientôt, de manière à former une croûte. Cette croûte, après sa chute, laisse voir, surtout à la face palmaire du poignet droit, deux petites ulcérations superficielles du derme, dont on voit encore très bien les tracesaujourd'hui.

D'ailleurs, l'apparition de l'éruption que nous venons de décrire a été accompagnée d'une rémission presque complète des phénomènes généraux qui l'ont précédée. L'évolution des pustules, depuis l'apparition des papules jusqu'à la chute des croûtes, s'est faite à peu près en cinq jours. Notons que, dans les phénomènes prodromiques, nous n'avons à remarquer ni vomissements ni douleurs de reins nouvelles.

C'est à celte époque, pour la première fois, que les mouvements de l'enfant se firent sentir. Assez intenses d'abord, douloureux même pour la mère, ils ne tardèrent pas à devenir très rares, et bien différents, dit-elle, de ce qu'ils s'étaient montrés, lors de la première grossesse. Remarquons toutefois qu'elle assure avoir 5enti remuer jusque dans ces derniers temps; mais c'était surtout quand elle changeait de position, et alors une sorte de choc se faisait sentir dans la partie de l'utérus devenue la plus déclive.

Quinze jours après le début de la fièvre éruptive, elle entre à l'hôpital, où nous la trouvons dans l'état suivant:

varioloYde chez la mère 3

La face est très pâle, plombée; les yeux sont enfoncés et entourés d'un cercle brun. État de langueur extrême; céphalalgie; pas de palpitations; pas d*œdème des membres inférieurs. La malade ne tousse pas; elle assure ne pas tousser habituellement et n*avoir jamais craché de sang. L'auscultation des poumons ne fait, au reste, entendre aucun bruit anormal ; souffle doux bien manifeste, au cœur, au premier temps et à la base ; murmure vasculaire continu dans les vaisseaux du cou.

Douleurs dans les reins et dans le bas-yentre spontanées et provoquées par la pression, par la marche et par la station.

La langue est rouge, sans enduit, parfois sèche. La peau s*échaufTe un peu le soir, et il y a, de temps en temps, des frissons erratiques. Le soir aussi le pouls devient' généralement assez fré* quent (de 90 à 100 pulsations). Pas de sueurs nocturnes.

Le foie et la rate ont leur volume normal; Tutérus remonte à 1 ou 2 pouces au-dessus de Tombilic. Jamais l'auscultation de Tutérusn'a pu nous dénoter l'existence soit de souffle placentaire, soit des battements du cœur du fœtus.

En raison de ces symptômes, on administre à la malade 50 centigrammes de sous-carbonate de fer chaque soir; bains simples.

Au bout de cinq ou six jours de ce traitement, la malade se sent beaucoup mieux et pense déjà sortir de rhôpilal.

Ainsi la petite fièvre du soir avait diminué; les douleurs dans les reins et dans le bas-ventre avaient presque entièrement cessé, 1 orsque, dans la nuit du 3 au 4 avril, la malade est réveillée tout-àcoup par une violente douleur siégeant au dessus du pubis, douleur suivie presque aussitôt d'un écoulement assez abondant de sang par les parties génitales. Ces douleurs prennent bientôt le caractère de douleurs expultrices, et l'accouchement s'opère à une heure de l'après midi, le 4 avril. L'enfant ofl're tous les caractères d'un fœtus de 5 mois, et présente, en outre, tous les signes qui dénotent une mort remontant déjà à plusieurs jours au moins. En efl*el, le tissu cellulaire péricrànien est abondamment infiltré de sérosité rousse; de plus, l'épiderme s'enlève presque partout

avec la plus grande facilité, surtout aux mains et aux pieds. D'ailleurs, pas de fétidité bien remarquable.

Le corps de ce fœtus présente çà et là des pullules de divers volumes, dont les unes sont isolées, dont les au très, au contraire, sont réunies en plaques plus ou moins larges. De ces pustules, les unes ont de 6 à7 millimètres de diamètre; ce sont, il est vrai, les plus volummeuses ; il en est, au contraire, qui ont tout au plus de i à 2 millimètres de large; il en est enfin de volumes intermédiaires. Toutes sont parfaitement arrondies, et font une légère saillie au dessus du niveau de la peau.

La plupart présentent une dépression centrale de lombilic ; d*autres présentent, au contraire, une surface entièrement lisse, et cet ombilic n'existe pas plus spécialement soit sur les grandes pustules, soit sur les petites; car il est de très petits boutons qui ont à leur centre une dépression bien nette; il en est de volumineux, au contraire, qui n*en présenten t pas de traces.

La couleur des pustules est d'un blanc jaunâtre, mat, opaque, qui tranche vivement sur la coloration rouge foncée des téguments. Voici, d'ailleurs, d'une manière générale, comment elles sont disposées à la surface du corps. La région du crâne présente quatre ou cinq pustules, petites, non ombiliquées; trois pustules volumineuses, non ombiliquées, sur la face : l'une en avant du lobule de l'oreille droite ; l'autre à la commissure droite des lèvres; l'autre enfin au-dessous de la lèvre inférieure. La région de la nuque est entièrement couverte par une large plaque composée de pustules, dont les plus périphériques sont encore libres par une partie de leur circonférence, dont les plus centrales sont entièrement confondues. De larges fissures sillonnent cette plaque, au fond desquelles le derme est mis à nu, par suite de la chute d'une partie de l'épiderme et de la matière opaque sous-jacente, laquelle est, en ce point, friable et comme caséeuse. Quatre ou cinq pustules de divers volumes, dont quelques-unes sont ombiliquées, à la partie supérieure de la région du dos; quatre petites pustules non ombiliquées sur la fesse gauche; trois pustules non ombiliquées sur la région antérieure de la poitrine.

Les membres inférieurs présentent les boutons les plus volu-

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