‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 16 sur 94 · TOPOGRAPHIE MÉDICALE · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE MÉDICALE

Le typhus fever est répandu dans loule la Grande-Bretagne, mais c'est surtout en Ecosse et en Irlande qu'il exerce le plus de ravages. Il y est endémique, et y règne conjointement avec la fièvre typhoïde. On peut se faire une idée de la proportion dans laquelle se montrent habituellement ces deux affections dans les diverses parties de l'Angleterre, si Ton consulte celles des relations d'épidémies de fièvre continue qui sont accompagnées de détails nécroscopiques. Dans les épidémies de Dublin de 1836-37 et 1847-48, les lésions de l'entérite folliculeuse ont été rarement rencontrées (A. Kennedy, {Médical report on ihe fever hospital, Cork-Street, Dublin, et Dublin Quaterly Joum, ofmed. science^ 1849, p. 64). Elles existaient au contraire assez fréquemment dans Tépidémie de 1818 et dans celle de 1825 (Stokes). A Edimbourg, de 132 sujetsmorts de fièvre continue, et dont l'autopsie a été faite par le docteur Reid, 8 seulement présentaient ces lésions. Pendant l'épidémie de 1846-47, elles ont été rencontrées dans 19 cas sur63, par le docteur Bennet [Monthly Journal ofmedic. andmrgic. science. Edinburg, 1848, t. VIII, p. 295). A Londres, la proportion des cas où l'autopsie démontre l'existence des lésions des plaques de Peyeret des follicules isolés de l'intestin, est habituellement plus considérable : elle est de 1/3 environ, d'après le docteur Davidson ; d'après le même auteur, elle est

70 XALADIES INFECTIEUSES

de 1/4 seulement à Glascow ; àDublin, elle est plus faible encore. Le typhus fever règne aussi fort souvent, sous forme éle maladie populaire, dans le nord deTAmérique, où il parait être fréquemment importé par les émigrants irlandais (Gerhard, ioc. cii. — Upham, Records of maculaied typhus j or ship fever. New-York, 4852. — Flint, Ioc. cit. (1731 F.). Dans ces dernières années, diverses contrées de l'Europe, la Silésie, la Bohême, la Suède, certaines parties de l'Italie, de la France et de la Belgique, ont été le théâtre d'épidémies de typhus plus ou moins meurtrières. Partout la maladie s'est présentée avec des caractères qui permettent, ce nous semble, de l'assimiler complètement au typhus fever des anglais. L'exanthème pétéchial était presque toujours des mieux marqués, et il passait par les diverses phases que nous avons indiquées (p. 61.)- Les symptômes abdominaux et les lésions spéciales de TiléoD et des glandes mésentériques manquaient dans la grande majorité des cas. La rate était habituellement volumineuse et ramollie. La maladie affectait souvent une marche relativement rapide ; elle était transmissible par contagion (Finger, Prager vierteljahr.^ Bd. 23, p. 30. Relation d'une épidémie de ly^ phus observée dans l'hôpital de Prague pendant les années 1846, 1847 et 1848. — Virchow, Archiv. fûrpaiholog. Anai.^ t. II, 1849. Épidémie de Silésie. — Lasègue, Le typhus en Si^ lésie in Archiv, gén. de méd., t. XXIII, p. 301, 1850. — MagnusHuss, ouv. cit., 1736. — F. del Gindice, Statistica iwedica delfospedale di S. Maria délia Pace, per l'anno 1852, ia Filiatro Sehezio, fascic. 278. Napoli, 1854. — Ch. Schiltzenberger, Compte rendu de la clinique médicale ^ etc., in Gazette médicale de Strasbourg, n"" 6, p. 191, 1855).

NOTE mSTOBlQliE.

Il semble donc que le typhus fever n'est pas une maladie exclusivement propre à la Grande-Bretagne ou à l'Amérique du

TYPHUS FEVBR : HISTORIQUE 71

nord. Ce n'est probablement pas non plus une maladie moderne ; son histoire ne peut ôtre qu*ua fragment détaché de l'histoire générale des typhus (1567). L'appareil symptomatique qui le dislingue se retrouve en entier dans les descriptions que les épidémiographes des XVI*, XVII* et XVIII* siècles nous ont laissés de la fièvre pétéchiale [febris peiechtalis, morbus cum petechiisy etc.). (Frascator, De morb. contag.^ lib. II, cap. VI, 1346). — CF. Lœw, De febr. petechiali^ anni 1683, etc., inSydenham, Opéra omnia^ t. il, p. 282. — C. Slrack, Obs. med. de morbo cumpetechiis. Carisruhe, 1746. — M. Sarcone, Hùitoire raisonnée des maladies observées à Naples^ traduct. par Belloy. Paris 1805, t. II, etc.). Les fièvres pétéchiales observées à Plymouth, par Huxham, principalement pendant les années 1735, 1740, 1741, 1742, 1745, et qui se développaient primitivement sur les pontons, pour delà se répandre dans la ville, doivent, sans doute, en particulier ôtre rattachées au typhus fever (Huxham, Observ. de aère et morbis épidémie.^ in Opéra phi/sico-medica. Leipsick, 1754). — Des épidémies de typhus qui ont ravagé l'Irlande durant le dernier siècle et le nôtre, les plus célèbres sont celles qui ont régné pendant les années 1725^1731, 1740, 1815, 1818 (Cheyne, Dublin hospital reports, 1. 1 et II, 1825-36, 1836-37, 1846-47 ; Report iipon t/ie récent épidémie fever in Iréland, in Dublin QiiaterlyJournalyl8i9). Ces épidémies ont sévi habituellement dans les temps de grande disette. La dysenterie, les affections scorbutiques, \di fièvre à rechute {relapsing fever) j^onl les maladies qui les ont le plus souvent précédées, accompagnées ou suivies. Suivant le docteur Stokes, les ulcérations de riléon ont été rencontrées plus fréquemment dans les épidémies de 1815-18 et 1826-27 qu'elles ne l'ont été dans les épidémies subséquentes. Aujourd'hui, suivant le même auteur, c'est habituellement sous forme de pneumo-typhus, que se montre la fièvre continue d'Irlande.

72 ■%T.A Plies 15FECTIErSB5

THtEAPCniQrB.

Relalivemeiit à la prophylactique : voir, en thérapeutique générale^ les indications fournies par les dangers de la contagion (tl2. E.), e( dans Tartide Typhus [liH)^ le paragraphe consacré à la thérapeotiqne de celte affection. Noos ayons dit, lorsque nous avons parié du traitement de la fièvre typhoïde (p. 36.)y d'après quelles règles les che& actuels de l'école de Dublin (Stokes, Corrigan}, administraient les toniques et les excitants, dans les cas de typhus fever. Les saignées locales (sangsues derrière les oreilles) peuvent être utiles id, quand il y a insomnie et délire actif; mais les saignées trouvent tris rarement leur application, même au début de la maladie (Co^ rigan). Les purgatifs sont rarement usités dans le typhus fever par les médecins irlandais, au moins comme méthode gêné* raie de traitements

1. Cet article est extrait du tome l\ des Elémenis de Pathologie médieeU de Requin, paru en 1863.— Nous rappelons que dans les différents articles extraits du même ouvrage les nombres entre parenthèse renvoient an même ouvrage.

L'épidémie de Saint-Pétersbourg *

La lumière commence à se faire parmi nous, au sujet de la maladie qui règne actuellement à Saint-Pétersbourg. Les journaux politiques ne nous avaient transmis, tout d'abord^ que des dires fort contradictoires ; depuis quelques jours, ils nous fournissent des renseignements moins imparfaits et en général concordants, du moins sur les points essentiels (voy. le Journal des Débats des 7, 8 et 10 avril). Mais, ce qui est plus important, nous recevons par la voie de la presse médicale allemande des documents vraiment scientifiques, et qui nous paraissent de nature à dissiper les doutes concernant le véritable caractère de la maladie dont il s'agit. 11 est permis de reconnaître aujourd'hui que cette maladie n'est pas la peste, ainsi que le bruit en avait couru ; elle n'est pas non plus, comme on l'avait dit encore, le typhus exanthématique [typhus fever) ; c'est une espèce morbide distincte, ne relevant que d'elle-même, qui naguère a régné épidémiquement en diverses contrées de l'Europe, en Irlande surtout, ainsi qu'en Ecosse, et que les auteurs anglais ont les premiers étudiée et décrite sous le nom Ae fièvre à rechute {relapsing fever ^).

Page 1