‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 20 sur 94 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

Maladie fébrile, endémique dans certaines contrées, pouvant se montrer sous forme de grande épidémie et se répandre alors dans des pays plus ou moins éloignés de ses foyers habituels, contagieuse à un certain degré, et qui, dans son type d'entier développement, s'accompagne de bubons, de tumeurs charbonneuses, de pétéchies, et revêt, en général, le caractère de pyrexie lyphode.

SYNONIMIE.

A. Glades ingiimaria, morbiis inguinariiis, — Grande moria (grande peste). — Par ces dénominations et d'autres necore, les historiens et les annalistes du Moyen-Age ont implicitement distingué la peste proprement dite, ou peste à bubons, des autres affections épidémiques qui sévissaient dans le môme temps qu'elle, et qui, en raison du nombre des individus

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qu'elles enlevaient, constituaient une calamité publique et méritaient ainsi de porter le nom de peste, pris cette fois dans l'acception commune.

B. Bubonia pestis (Schenck, Zacutus, Lusitanus). — Vm pestis (Schenck). — Pestilens febriscomitata ; P.f. incomUata (Forestus), etc. — Ces dénominations prises pour exemple, font voir comment quelques auteurs du XVI* et du XVII* siècle, cherchaient à distinguer la peste des fièvres malignes et pétéchiales pestilentielles avec lesquelles on la confondait habituellement, à cette époque.

C. Peslisy de Sauvages (class. III, ord. i, Phlegmasiœ exanthematicœy gen. i), de Sagar (class. X. Exanthetnatay ord. i, Exanthema coniagiosa, gen. i), et de Gullen (ord. ui, Exanthemata^ gen. xxix).

D. Dans la Nosographie philosophique, de Pinel (66) : Fièvres adéno-nerveuses (classe I ; fièvres, ordre vi). Cet ordre comprend à son tour un seul genre, et ce genre comprend trois espèces : 1° la peste du Levant ; 2** la peste avec symptômes gastriques ; ^ la peste avec symptômes inflammatoires.

E. Peste bubonica (quelques médecins italiens). — Beidenpest (quelques [auteurs allemands) ; peste à bubons, Toutes ces dénominations sont synonymes ; elles désignent la maladie par un des symptômes qui la caractérisent. — Peste d'Orient. — Typhus d'Orient (\ubert-Roche).

SYMPTOMATOLOGIE.

A. Les descriptions des loïmographes se rapportent, pourla plupart, à la peste épidômique ; elles présentent souvent entre elles, à cause de cela môme, des dissemblances marquées qiù

Lslifient en quelque sorte le surnom de protée qu'on a parfois onné à cette nialadie. Cependant, si on a le soin d'élaguer les piphénomènes et les affections deutéropathiques qui donnent ichaque épidémie nouvelle un cachet particulier, une physiolomie à part, on retrouve toujours dans ces descriptions un sertain nombre de types fondamentaux, auxquels il est aisé de rattacher ensuite toutes les formes secondaires que peut revêtir la peste, quelque variées qu'elles puissent paraître. Nous listinguerons trois formes principales, savoir: 1® la peste fouiT0j9LUie pesttlem febris incomitata^ de Foreest; 1" classe^ de Chicoyneau ; pestis interna^ de Sauvages ; 6* et 7' classe ^ de Chenot ; 3* variété ^ de Clot-Bey). — 2** La peste grave {pestiL feb. comitata, de Foreest ; 2% 3% 4* classe, de Chicoyneau ; pestis vulgariSy de Sauvages ; 3% 4* classe, de Chenot ; 2* variété , de Clot-Bey). — 3' La peste bénigne (5* classe j de Chicoyneau; pestis betiigna, de Sauvages; 1'*, 2* classe, de Chenot ; 1" variété, de Clot-Bey).

B. Prodrome commun aux diverses formes de la peste. — Pendant le cours des épidémies de peste, un grand nombre d'individus éprouvent soit un simple sentiment de gène, soit de véritables douleurs dans les régions des aines et des aisselles, qui présentent en même temps quelquefois une légère tuméfaction due au développement exagéré d'un certain nombre de ganglions lymphatiques. Souvent la santé n'est pas, à proprement parler, altérée, et beaucoup de gens ressentent pendant longtemps cette première manifestation de Tinfluence épidémique, sans être jamais atteints de peste. Chez d*autres, il survient, en outre, du malaise, de Tinappétence, des nausées ; la physionomie s'altère visiblement ; il y a des étourdissements, de l'abattement, des frissons erratiques ou, au contraire, bien marqués et revenant par accès, de manière à simuler quelquefois une lièvre intermittente (Chenot, de Mer*

CiiARGOT. Œuvres complètes t. vin, Maladies infectieuses. 7

tens). Ces derniers phénomènes, lorsqu'ils se joignent aux premiers, annoncent communément Tapparitiôn prochaine de la peste ; celle-ci, toutefois, ne leur succède pas encore nécessairement, et ils peuvent disparaître soit par le seul bienbit de la nature, soit par Tintervention de Tart. Il arrive fréquemment, d'ailleurs, que la maladie éclate à rimproviste, sans avoir été précédée d'accidents prodromiques.

C. Peste foudroyante (A.). — a. Au début de l'épidémie, et çà et là pendant son cours, l'intoxication pestilentielle est pa^ fois telle, qu'elle foudroie, pour ainsi dire, les malades, et prévient toute réaction de l'organisme. Dans cette forme terrible de la maladie, les pestiférés succombent, le plus souvent, avant que les bubons et les charbons aient pu se manifester; la peste commence alors brusquement par un frisson violent et unique, ou par une série de frissonnements alternant avec un sentiment de vive chaleur; puis il survient une céphalalgie intense, des vertiges, des bourdonnements d'oreilles ; l'œil est injecté, languissant, terne, le regard comme voilé ; la face est p&Ie, plombée, parfois cadavéreuse ; la physionomie exprime la stupeur ou l'épouvante ; la parole est embarrassée, la voix sourde ; la langue large, humide, blanchâtre, est tremblotante. La démarche est titubante, comme dans l'ivresse, puis, en raison de Textrême prostration des forces, la station devient tantôt impossible. Le malade conserve toute son intelligence et il se sent frappé à mort, ou par moment déjà il délire ; la respiration est courte, accélérée, inégale, il y a une anxiété inexprimable. 11 survient, dès l'origine, des nausées, des vomissements bilieux ou muqueux, une soif inextinguible ; plus tard des selles rendues involontairement, parfois sanglantes; de larges pétéchies d'une couleur livide apparaissent quelquefois sur la peau du cou, de la poitrine ou même des membres. Le pestiféré éprouve à l'intérieur une ardeur excessive, et cepen-

dant la température du corps parait à peu près naturelle, si ce n'est à la région précordiale, oîi la main du médecin perçoit on sentiment de vive chaleur (Forestus). Le pouls est tantôt à peine accéléré ou même rare, tantôt, au contraire, d'une fréquence extrême ; il est, en tous cas, petit, inégal, concentré. — Tous ces symptômes effrayants se succèdent avec une rapidité singulière, et la lutte entre la vie et la mort n'est jamais de longue durée ; Tanxiété s'accrott encore, le pouls s'affaiblit de plus en plus, le délire fait place à la somnolence ou au coma, et le malade succombe quelques heures, un jour, ou tout au plus deux jours après le début, parfois subitement, sans agonie, ou encore au milieu des convulsions.

6. Dans certains cas, l'intoxication se révèle au médecin, uniquement d'abord par Taltération profonde des traits, la faiblesse, la lenteur, ou, au contraire, Textréme fréquence du pouls; les malades conservent pendant plusieurs heures assez de force pour se tenir debout et marcher; puis, tout à coup, éclatent inopinément les plus graves symplômes : tels que vertiges, prostration extrême des forces, aphonie, tendance à la syncope, coma. Cette forme ataxique par excellence^ est toujours des plus graves ; elle se termine habituellement par la mort dans un bref délai (Chenot, p. 76. — Pruner).

Y. Quelquefois, mais rarement, tous les fâcheux symplômes de la peste foudroyante (a.) s'amendent pour faire place aune période de réaction plus ou moins bien dessinée ; des bubons apparaissent dans les lieux ordinaires ; le pouls se relève, la peau devient plus chaude. On peut croire, un instant, que la guérison est encore possible ; mais bientôt la face s'anime et les yeux s'injectent outre mesure, la langue se dessèche et noircit, les bubons s'affaissent ; il survient un délire frénétique ou, au contraire, de la typhomanie, puis du coma ; on observe

iOO MALADIES LNFECTIEUSES

des convulsions générales, ou bien des soubresauts, des tendons, de la carphologie ; le malade, enfin, succombe le plus souvent au milieu d'un état typhoïde des plus prononcés.

D. Peste grave (A.) — a. Quelquefois il y a des préludes (B); d'autres fois, au contraire, on n'observe pas de phénomènes avant-coureurs. Uinvasion se fait, en général, comme dans la forme précédente, par un frisson unique et violent ou par des frissons répétés; puis, on observe une chaleur vite de la peau, accompagnée de sécheresse; parfois, cependant, ce qui est toujours de mauvais augure, les extrémités restent froides; le pouls est fréquent, concentré, souvent irrégulier, inégal. Il y a de la prostration, un abattement extrême ; de la céphalalgie, des vertiges, des douleurs lombaires, des douleurs contusives des membres. L'œil est injecté, terne, le regard vague, la face vultueuse; à l'insomnie, aux rêves fatigants succède bientôt un délire habituellement tranquille, plus rarement rccompagné d'agitation; la bouche estamère, la soif est vive ; la langue, d'abord blanche et humide, se dessèche rapidement et devient noirâtre à son centre. Dès le début, nausées, vomissements, diarrhée plus ou moins abondante ; les urines sont rares, quelquefois supprimées, parfois sanguinolentes. — Vers le troisième, le quatrième jour au plus tard encore, les bubons apparaissent aux aines, aux aisselles, quelquefois au cou, rarement au jarret; puis, se développent les charbons, alors commence une deuxième période où va se décider le sort du malade.

6. Dans les cas les plus heureux, Téruption des bubons est le signal d*un amendement de tous les symptômes ; la fièvre et les phénomènes graves qui raccompagnaient disparaissent rapidement, et la convalescence s'établit du sixième au huitième jour; les bubons entrent en résolution, sUudurent ou

bien ils suppurent ; mais le pus qu'ils fournissent est de bonne nature; il s'écoule aisément au dehors, et la guérison définitive ne se fait pas longtemps attendre. Il peut arriver cependant que Tinflammalion des ganglions lymphatiques intérieurs soit devenue le point de départ de collections purulentes profondes ; que des charbons nombreux et volumineux aient déterminé la formation de larges escharres. En pareil cas, il se développe habituellement une sorte de fièvre secondaire plus ou moins vive, qui revêt peu à peu le carac- ^re de fièvre hectique ; le dénoûment de la maladie est ainsi de nouveau mis en question, et trop souvent, il est funeste (Aubert-Roche).

Y. D'autres fois, contrairement à ce qui avait lieu dans les cas précédents (6.), l'éruption des bubons et des charbons n'amène dans l'état du malade aucune amélioration. Loin de là: tous les symptômes s'aggravent, Tanxiété est extrême, le délire, devenu continu, fait place au coma, et le malade succombe du quatrième au cinquième jour. Ou bien encore, après Qne courte rémission, la maladie reprend son cours: les bubons restent stationnaîres ; quelquefois, ils s'affaissent ; d'au- Iresfois, ils entrent lentement en suppuralion, et fournissent Qn pu séreux et fétide. Pendant ce temps, Vetat Ujphoîde se prononce de plus en plus, et rappelle, tant il est bien dessiné, ce qu'on voit dans le typhus et dans la dothiénenterie adyna- Dùque la mieux caractérisée. A la ihyphomanie se joignent les soubresauts des tendons, la carphologie. La langue se dessèche et se recouvre d'un enduit noirâtre ; il y a des fulîgi nosilés des dents et des lèvres ; on observe du méléorisme. ^68 selles fétides involontaires ; la prostration des forces Wt poussée au dernier point ; le pouls est fréquent, îrrégolier, faible, et sous cette forme, la maladie peut se prolonger parfois pendant dix, douze, quinze jours môme à dater de

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rapparition des bubons ; elle peut se terminer par la guérison : mais, le plus souvent, elle aboutit à une catastroplie funeste.

E. Peste bénigne. — a. Le malade éprouve une légère horripilation : la peau s'échauffe, mais elle est moite; le pouls s'accélère, mais il conserve de la résistance. Il y a de la céphalalgie, des vertiges, des nausées, parfois des vomissements» des douleurs lombaires, un sentiment de lassitude plus on moins prononcé. Mais tous ces accidents cessent ou diminuent d'une manière notable, vers le deuxième ou le troisième jour, époque à laquelle apparaissent des bubons, et quelquefois des charbons. S*ils se prolongent au-delà de ce terme, ils ne s'adjoignent pas de symptômes fâcheux, et ils disparaissent enfin successivement, ou encore tout à coup à la suite de quelque manifestation humorale, de sueurs copieuses, par exemple (Ghenot).

6. Il peut arriver, dans cette forme de la peste, que la fièvre soit assez peu marquée pour que les malades se sentent à peine indisposés, et continuent à vaquer à leurs affaires, alors même que leurs bubons sont en pleine suppuration (Chicoyneau, Chenol, Clot-Bey). Ces cas d'une bénignité extrême s'observent principalement au déclin et à la fin des épidémies. La peste sporadique se montre le plus souvent sous la forme bénigne.

F. a. Cet aperçu de la symptomatologie de la peste, considérée sous ses aspects les plus caractéristiques, fait asseï sentir que, dans cette maladie, la fièvre est vraiment le phénomène capital ; elle constitue, à elle seule, ainsi que nous l'avons vu (B. C. D.), et l'étude nécroscopique va le démontrer plus pleinement encore, une sorte de période prodromique

(53, E.) pendant laquelle, dans les cas très graves, la mort peut survenir avant la production d'aucun vice anatomique apparent. Par le fait môme de celte fièvre prodromique qui paratt ne faire défaut que dans des cas infiniment rares, la peste doit donc ôtre reconnue une affection générale incontestablement essentielle. L'éruption des bubons et des tumeurs charbonneuses ou, comme disent quelques auteurs, de Texanthème pestilentiel, n'est qu'un phénomène de seconde date; c'est une manifestation caractéristique, il est vrai, mais plus ou moins constante : ce n'est pas la condition fondamentale de la maladie.

6. Ces cas rares, auxquels nous faisions allusion plus haut, et dans lesquels la peste à bubons parcourt toutes les périodes, ums jamais être accompagnée de fièvre^ ont été signalés par bon nombre d'auteurs éminents (Diemerbroeck, Sydenham, Chicoyneau) d'une manière plus ou moins explicite ; d'autres assurent ne les avoir jamais rencontrés (Chenot, Martin Lange), et font remarquer qu'une fièvre prodromique légère passe quelquefois inaperçue. Ne se pourrait-il pas faire, d'ailleurs, que ces cas exceptionnels fussent à la peste ce qu'est à la variole une éruption apyrétique de chicken-pox, ce qu'est au typhus des camps, Texanthème papuleux non précédé de réaction fébrile?

Y. M. Gosse, loc. cit., p. 80, et Valleix, Guide du médechi praticien, t. V, p. 541), a décrit une forme de la peste dans laquelle une éruption de charbon précède l'apparition des phénomènes généraux. Ces charbons, qui sont, en pareil cas, le premier indice de la maladie, peuvent nattre. dit M. Gosse, sur un point quelconque du tégument externe, mais ils se montrent principalement sur les parties habituellement découvertes, sur les bras, les jambes, le cou ; la fièvre paraît seule-

ment à l'époque où les escharres étant formées, il se développe à leur pourtour, une inflammation éliminatrice. Parfois, les vaisseaux lymphatiques, et successivement les ganglions da membre où siège la tumeur, s'enflamment et se tuméfient; la réaction fébrile est alors souvent très intense, et elle peat s'accompagner d'accidents généraux plus ou moins graves. Faut-il rattacher nécessairement cette description à l'histoire de la peste, et ne s'agirait-il pas simplement d'un certain nombre de cas de pustule maligne observés pendant le cours d'une épidémie pestilentielle?

G. Des btibo7iSj des tumeurs charbonneuses^ et des pétichies en particulier. — a. Les bubons pestilentiels peuvent, à la rigueur, se développer dans toutes les régions du corps oil il existe des ganglions lymphatiques peu profondément situés; mais c'est à la partie interne et supérieure de la cuisse, environ à trois travers de doigt au-dessous de l'arcade crurale, oa encore dans le pli de Taîne, qu'ils se montrent de préférence. On les observe fréquemment aussi dans le creux axillaire ; il& se montrent rarement à la région cervicale, plus rarement encore dans le creux poplité. Us se présentent sous forme d'une tumeur ovoïde, lisse ou légèrement bosselée, tantôt avec une teinte rouge, violacée, d'autres fois sans changement de couleur de la peau. Souvent ils ne sont pas plus gros qu'un poiSf qu'une amande ; mais il peut arriver qu'ils atteignent le volume du poing (de Mertens). Quelquefois indolents, ils sont dans certains cas, le siège de douleurs très vives ; le plus habituellement, ils sont solitaires ; mais on peut les rencontrer au nombre de trois ou quatre chez quelques pestiférés. Le» bubons pestilentiels apparaissent, en général, le deuxième oo le troisième jour de la maladie ; ils se développent habituellement avec une grande rapidité, parfois dans l'espace de quel' ques heures. Nous avons vu (G. a. 6. y.) qu'ils se terminent soit

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r résolution ou par induration, soit enfin par suppuration.

6. Les charbons pestilentiels, contrairement à ce qu'on )it pour les affections gangreneuses cutanées communiuées des animaux à Thomme, se développent, en général, ar les pll*ties de la peau habiluellement recouvertes par les éléments; on les a cependant vus, eiceplionnellement il st yraiy siéger à la face, sur le cuir chevelu, aux extrémités es membres. Us apparaissent plus tard que les bubons, et andis que ceux-ci constituent le signe extérieur le plus ODstant de la peste, ceux-là peuvent faire défaut à peu près lans la moitié des cas, au moins dans certaines épidémies Uchèze, Clot-Bey, ouv. cité). Considéré indépendamment les circonstances au milieu desquelles il se développe, le iharbon de la peste ne paraît posséder aucun caractère qui lui oit vraiment propre et qui puisse, en particulier, le distin- [ner de l'altération locale de la pustule maligne. Comme cette lemière, il commence par une ou plusieurs vésicules surmonant une induration lenticulaire ; puis il se forme à Tentour me tumeur érysipélato-phlegmoneuse, dont la partie la plus «Dtrale ne tarde pas à être frappée de gangrène. Enfin, dans M cas heureux, la suppuration s'établit, l'escharre s'élimine et a cicatrisation s'opère. Il faut d'ailleurs distinguer deux es- ^ces de charbon pestilentiel, comme on distingue aussi deux ^èces de pustule maligne : tantôt, en effet, la gangrène est niperficielle, bornée à la peau circonscrite ; tantôt, au confire, elle est diffuse, et la mortification s'étend aux parties Mondes. L'anthrax pestilentiel de quelques auteurs n'est ^s doute qu'un charbon volumineux, suivi de gangrène diffase. (Voy. Clot-Beyer, Op. cit. , p. 34 ; — Ray, Mal, de la peau, '• n, p. 12 ; — Nélaton, Paikol. chir., 1. 1.)

T. Les péléchies ne se montrent, en général, que dans les

cas de peste les plus graves ; leur apparition coïncide assez communément avec celle d'épistaxis, d'hématuries, dliémoptfsies, de selles sanglantes et autres épiphénomènes, qui semblent indiquer une modification profonde survenue dans la crase du sang. — On peut les voir paraître sur presque toutes les parties du corps, la face exceptée; mais c'est principalement sur le cou, sur la poitrine et sur les membres qu'elles se développent; elles ont une coloration pourpre, violette, ou au contraire, presque noire; tantôt elles sont discrètes, d'autres fois elles sont confluentes ; elles sont fréquemment entremêlées d'ecchymoses plus ou moins étendues.

NÉCROSCOPUS.

A. a. Chez les pestiférés qui ont succombé rapidement, la peau est parsemée principalement k la face et au cou, de plaques ecchymotiques plus ou moins étendues ; la rigidité cadavérique est parfois très prononcée (Rigaud).

6. Les ganglions lymphatiques des diverses cavités du corps et ceux du mésentère, en particulier, présentent souvent, alors même qu'il n'existe pas de bubons, une tuméfaction plus ou moins marquée et parfois même un certain degré de ramollissement. (Clot-Bey, loc, cit. ; — Pruner, loc. cit. ; — Perron, dans Rapp. cit.)

T. La rate est volumineuse, son tissu est mou, difQuent.

0. Les membranes muqueuses de l'estomac et des intestins, des bassinets, des uretères et de la vessie; les membranes séreuses et en particulier les plèvres, le péricarde, le péritoine paraissent couvertes à' ecchymoses d'une couleur plus ou moins foncée. Les cavités de l'estomac et des intestins sont parfois remplies de sang liquide ou en partie coagulé.

PESTE : DU6N0STIG 407

c. Il y a enfin une plénitude remarquable du système vastiaire à sang noir.

B. Lorsque la maladie s*est prolongée au-delà de deux ou t>is jours : — a. La rigidité cadavérique est peu prononcée, i putréfiaction h&live. — 6. Les ganglions lymphatiques qui orment les bubons et la plupart de ceux qui siègent dans les cavités du corps sont, à divers degrés, volumineux, rouges, ramollis; on y rencontre souvent des points de suppuration ; le tissu cellulaire qui les entoure est infiltré de sérosité, de sang ou même de pus. Si le bubon est inguinal, ce sont, à Tinlérieur, les ganglions pelviens et lombaires qui se gonflent surtout et se ramollissent; ce sont, au contraire, les ganglions sous-sternaux, médiastins et bronchiques qui se tuméfient priDcipalement, lorsque les bubons siègent au cou ou dans le crçox de Taîsselle. — y. La rate est ordinairement doublée, triplée de volume et ramollie ; le foie est volumineux et gorgé de sang; ]es reim sont parfois comme immergés dans du saïQg, qui s'est épanché dans le tissu cellulaire qui les enveloppe; ils sont habituellement d*une couleur violet foncé, et présentent à leur surface de larges ecchymoses. — S. Les ec- ^moses sous-péritonéales sous-pleurales, sous-muqueuses (i. K) font assez rarement défaut. Les cavités des plèvres et celle du péritoine, renferment communément une certaine entité de sérosité sanguinolente. — e. Rien de moins dé- QU)Dtré que Texistence de ces gangrènes et de ces charbons intérieurs, dont il est question si souvent dans les relations Q^croscopiques faites lors de la dernière peste de Marseille.

C. Pendant l'épidémie qui a sévi en Egypte, en 1834-35, M. le docteur Lachèze (Clot-Bey, ouv. cité), n'a jamais vu les bllicules isolés ou agminés de Tintestin grêle présenter d'altéttions notables. — -n. On sait fort peu de choses relativement

aux altérations que subit le sang dans la peste ; sur les cadavres, on le trouve, en général, dans un état de dissolation plus ou moins prononcé et plus noir que de coutume; celui qu'on tire des veines, pendant la vie, aux diverses époques de la maladie, ne se recouvre jamais, dit-on, d'une couenne inflammatoire (Lachèze, loc, cit.).

DIAGNOSTIC

A« Au début des épidémies, il arrive souvent qu'on se méprenne sur la véritable nature du mal ; à cette époque, régnent habituellement des maladies populaires (typhus, fièvres paludéennes rémittentes ou pernicieuses), auxquelles on est tenté de rattacher les premiers cas de peste. Ceux-ci ne se présentent pas encore avec leurs sypmptômes les plus caractéristiques ; les bubons et les charbons se montrent rarement; les cas foudroyants dominent. Cependant, les médecins bien informés apprennent que, depuis quelque temps déjà, boo nombre d'individus subissent l'influence épidémique, éproo-' vent des douleurs aux aines ou dans les aisselles, et, s'ils ont autrefois contracté la peste, dans les cicatrices des bubons (Prus, rapp. cité). Ils savent que le fléau sévît dans un pays limitrophe. On trouve, en outre, à l'ouverture des cadavres» dans les cas où la nature de la maladie est restée douteuse, les ganglions lymphatiques profonds à peu près partout tuméfiés, rouges, friables même; la rate est volumineuse; les membranes muqueuses et séreuses sont persemées de péléchies, etc. (voir le n" 43). C'est en tenant compte de ces diverses circonstances, et en les appréciant à leur juste valeur, qu'on serait conduit à proclamer, en temps opportun, Texisr tence d'une constitution pestilentielle. Bientôt, d'ailleurs, le doute ne sera plus possible, car, devenue maladie dominante, la peste se montrera dans chaque cas, ou peu s'en faut, avec

considérées chez les animaux et chez Thomme. Chez )s bovines, car c'est là surtout que la ressemblance est ite, Tépizootie charbonneuse éclate de préférence dans s marécageux, après les inondations suivies de grandes s; l'encombrement favorise son développement, la on miasmatique multiplie ses effets et étend sa sphère lé. Tantôt Tanimal succombe dans l'espace d'un jour, Iques heures même, sous le coup d'une fièvj'e charbofians interruption: frissons intenses et répétés: anxiété »piration inégale, démarche chancelante et fixité du : prostration avec pouls vile, petit, concentré, irréguivacuations séreuses et parfois sanglantes : tels sont les •mes qui dominent en pareils cas. — D'autres fois, la 3 affecte une marche moins rapide, et il y a plus de s de guérison. La fièvre est marquée par une chaleur 'ec pouls large et résistant: l'anxiété est moins proque dans le cas précédent. Des bubons apparaissent à dans le pli du flanc, au cou, dans les régions sous-glos- \ et sous-parotidiennes ; des pétéchies^ des tumeurs nneuseSy avec gangrène circonscrite ou diffuse, se monur diverses parties du corps. Ces affections locales.

mort survient dans un laps de temps très court, à la suite d'une attaque de fièvre charbonneuse, foudroyante, par exemple, on trouve, à Touverture des cadavres, la rate volumineuse et ramollie; le cœur droit et les gros troncs veineux sont gorgés d*un sang noir, comme sirupeux ; les membranes muqueuses et séreuses, sont tachetées de larges ecchymoses; les ganglions lymphatiques du mésentère, de la région lombaire, de rentrée du bassin, ceux des membres, enfin, sont plus gros qu*à Tétat normal, souvent ramollis et entouré d^une infiltration séreuse et sanguinolente. Toutes ces lésions sont plus prononcées encore, dans les cas où la maladie i marché moins rapidement. (Delafond, Traité de la maladie de sang des bêtes bovines, Paris, 1848, p. 179; — Heusinger, Die Milzbrand-krankhéiten der Thiere tmd der Menschen^ Er langen, 1850.) — Si nous comparons ces lésions et ces symptômes aux lésions et aux symptômes qui caractérisent lapeste^ nous reconnaîtrons qu'il existe entre cette maladie et ^affe^ tion charbonneuse épizootique, des traits de ressemblance assez nombreux et assez frappants, pour justifier le rapproche* ment que nous avons voulu établir. Mais ce n*est pas tout: communiquée à Tliomme par voie de contagion, ou, ainsi que cela paraît avoir lieu quelquefois, développée chez lui primitivement, la maladie charbonneuse peut se manifester par des symptômes en tout semblables à ceux que nous venons de décrire ; revêtir, en un mot, la forme de fièvre charbonneuse, accompagnée ou non d'éruption, et, par conséquent, simuler la peste. Dans des lieux et dans des circonstances où l'apparition de cette dernière maladie est une éventualité supposable, le diagnostic pourrait certainement présenter, parfois, de sérieuses difficultés. Le plus souvent, cependant, il serait br cile, en remontant à la source du mal, de reconnaître que le point de départ de tous les accidents, n'est autre que le virus charbonneux transmis par contagion aux hommes qui ont ap-

PESTE : ÉTIOLOGIE ill<

iroché les animaux malades, ou qui ont manié leurs dépouil- M. On parviendrait, de la môme manière, à distinguer lapuside maligne des cas où la peste se traduit uniquement l^àbord, ainsi que l'admettent quelques auteurs, par une iBéciion gangreneuse toute locale de la peau.

PRONOSTIC

De Taveu de tous les loïmographes, c'est toujours chose fort difficile que de prévoir Tissue d'un cas donné de peste. — Parmi les signes d'heureux augure, on a noté les suivants : tpparition des bubous vers le troisième ou quatrième jour, ooTacidant avec un amendement marqué de tous les symptAmes; chaleur douce et moiteur de la peau se montrant dès le début de la maladie, et persistant pendant son cours; un ^uls plein et régulier. — On range, au contraire, parmi les signes funestes, les pétéchies larges et nombreuses, Thémalurie, les selles, les vomissements sanglants ; Tapparition prématurée, l'affaissement brusque des bubons; l'ataxiedu pouls, le refroidissement des extrémités, la prostration extrême des forces. — Le pronostic varie, d'ailleurs, en règle générale, suivant les périodes d'une même épidémie. Au début, tous les cas sont graves; vers le milieu, beaucoup de malades guérissent ; ils guérissent presque tous vers la fin. — La peste sporadique est presque toujours une maladie bénigne.

ÉTIOLOGIE.

A. Développement primitif de la peste. — a. La peste qui,^ pendant des siècles, étendit ses ravages sur toute la surface de l'ancien monde, semble aujourd'hui confinée dans les limites de l'empire ottoman. Au nord, elle ne franchit pas le 24% et au midi, le 5 1' degré de latitude boréale ; à l'est, on ne la

voit plus au-delà d'une ligne fictive qui joindrait le fond da golfe Persique à la mer Caspienne; à l'ouest, elle s'arrête aux frontières politiques ou naturelles de l'empire. Presque tous les points habités de ce vaste territoire peuvent la voir régner sous forme d'épidémies plus ou moins meurtrières; mais il en est un certain nombre où elle ne s'éteint peut-être jamais complètement, et où elle paraît trouver les éléments d^une reproduction pour ainsi dire incessante. On cite surtout, parmi ces foyers primitifs de la pesie^ en Afrique, les villes du delta; en Syrie, Alep el la plupart des cilés du littoral maritime ; dans la Turquie d'Asie, sur les côles, Smyrne principalement; à rinlérieur, Ërzeroum et les villages voisins que baignent les sources septentrionales de l'Euphrate ; dans la Turquie d'Europe, Conslanlinople, et tout à fait au nord, les centres de populalion disséminés dans les contrées marécageuses que parcourt le Danube, depuis Belgrade jusqu à la mer.

6. Dans ces contrées où la peste prend naissance, Tatmosphèrc est chaude el humide, au moins pendant une bonne partie de Tannée; le sol est, le plus souvent, bas et maréca* geux, sillonné par des canaux mal entretenus, des rivières fangeuses, ou traversé par des fleuves sujets à des débordements annuels. Dans les villes, on trouve des égoûts infects» des cimetières situés au milieu des quartiers les plus peuplés; les rues, non pavées, sont étroites, sombres, tortueuses, encombrées d'immondices ; les habitations sont mal bâties, mal ventilées, toujours trop resserrées pour les nombreux individus r qui y vivent; ceux-ci, le plus souvent, plongés dans une mii sère profonde, font usage d'une nourriture insuffisante et malsaine. Toutes ces circonstances sont éminemment propres à entretenir, à activer la décomposition des matières animales et végétales, et à accroître les propriétés délétères des produits

PESTE : ÉTIOLOGIE 113

3 celle décomposition. Elles expliquent ainsi suffisamment ipparition de ces typhus (1568), et de ces maladies d'intoxi- Ition paludéenne (1448), (pii, habituellement, précèdent, suirenl la peste, et, quelquefois, coexistent avec elles ; elles favolisent probablement aussi le développement et la propagation de la peste elle-même ; mais leur étude ne nous apprend rien déplus. La peste, en effet, ainsi que le démontrent tous les points de son histoire pathologique, est un type vraiment à part d'intoxication miasmatique : elle réclame, par conséquent, des causes génératrices toutes spéciales : or, celles que nous ITODS énumérées plus haut peuvent se rencontrer, à peu près an même degré, dans des pays où on ne la voit jamais naître.

B. Transmission contagieuse de la peste. — a. Pour l'observateur placé dans le lieu même où sévit une maladie épidémique, il est, on le conçoit, toujours fort difficile de discerner sûrement les effets de la contagion d'avec ceux qui appartiennent à l'influence atmosphérique; en dehors du foyer de l'épidémie, au contraire, le problème est beaucoup plus simple. 11 suffit, en effet, pour le résoudre, de suivre la maladie pas à pas, dans son développement progressif, et de faire voir que l'apparition des cas s'opère dans l'ordre des rapports intimes des individus. Ces remarques s'appliquent parfaitement à la peste. Les membres de la commission nommée en 1844, par TAcadémie de médecine, pour examiner toutes les questions relatives aux quarantaines, ont eu soin de le faire sentir. « Pour résoudre, dit Prus, organe de cette commis- » sion, complètement et définitivement la question delà Iran- » smissibilité de la peste par les individus, les vêtements ou » autres objets infectés, c'est loin des contrées où la peste est » endémique, c'est loin des foyers épidémiques que les ob- » servateurs doivent s'appliquer à trouver les éléments de la

Cbarcot. Œuvres complètes, t. viii, Maladies infectieuses, 8

» solution. Trop longtemps on a cru que c'était en Egypte, » en Syrie, en Turquie, qu'on pouvait arriver à des résultais n utiles et durables. Cela n'est vrai que pour les questions » relatives & Tendémicité et à Tépidémicité de la peste. Il en » est tout autrement pour la question de la transmissibilité. )) C'est en mer, c'est âur les côtes où la peste n'est pas endé* » mique, c'est dans les lazarets d'Europe qu'on peut trouver » des faits concluants, et arriver enfin à la vérité. » {Rapport sur la peste et les quarantaines^ p. 133.) Or il est incontestable que la peste a été souvent portée en Occident, et en pa^ ticulier à Marseille, sur des vaisseaux partis de différents pays du Levant, dans le temps oti ces pays étaient le thé&trede l'épidémie pestilentielle. On a vu, en pareil cas, la maladie éclater abord, quelques jours après le départ du navire, chei un ou plusieurs individus, qui, .bientôt, la transmettaient à d'aulres ; ceux-ci, recueillis dans un lazaret européen ont pa la communiquer à leur tour à des chirurgiens quarantenaires, à des gardes de santé. [Rapport cité \ chap. vi, p. 133.)

6. La transmission contagieuse de la peste, devenue naguère l'objet de vives controverses, semble donc aujourd'hui ne pouvoir plus être révoquée en doute : mais dans quelles limites, suivant quelles lois s'opère -t-elle, tant dans les foyers mêmes de l'épidémie qu*en dehors de ces foyers? La solution de ces questions, on le comprend aisément, peut seule conduire à établir, sur des bases vraiment scientifiques, la pro« phylaclique de la peste. Voici, en peu de mots, comment elle a été donnée dans le remarquable travail qui nous sert ici d6 guide [Rapport cité; page 199 et suiv.). — La peste grave est partout Iransmissible par contagion miasmatique; rien n0 prouve qu'elle puisse être transmise par le simple contact 00 par inoculation. Celte contagion est d'ailleurs surtout àcrain" dre pour ceux qui s'exposent pendant longtemps à l'action des

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miasmes pestilentiels, dans un local étroit et mal ventilé; à Tair libre, on peut la braver presque toujours sans danger. Quant à la peste sporadique, il ne paraît pas qu'elle soit jamais contagieuse. — Il n'est pas certain que la peste puisse être communiquée par les vêtements qui ont servi aux pestiférés; il n'est nullement démontré que des marchandises puissent la transporter hors des foyers épidémiques. Loin des pays où règne Tépidémie, la maladie n'a jamais éclaté chez des personnes compromises, après un isolement de huit jours; dans les foyers épidémiques, la durée de l'incubation paraît être, en général, beaucoup plus courte. — Enfin, et c'est là, sans contredit, un des points les plus importants du sujet qui nous occupe, les pestiférés transportés dans un lieu où ne règne pas la peste peuvent bien communiquer la maladie à un certain nombre d'individus; mais il paraît certain que cette peste importée ne pourra pas, en général, prendre assez d'extension pour constituer une calamité publique; elle s'éteindra d'elle-même, le plus souvent, après avoir fait quelques victimes, à moins qu'elle ne rencontre dans le climat, l'atmosphère et chez les habitants des conditions éminemment favorables à son développement.

. C. Pe$te épidémique. — a. Les circonstances relatives aux I climats, aux diverses saisons de l'année ne paraissent pas t a\oir eu une influence décisive sur la marche, la durée et Tin- ^ iensité des épidémies de peste qui ont été observées dans les 't contrées où cette maladie n'est pas endémique. Dans ces con- 't trées, en effet, le fléau a pu sévir par les températures et sous >'. 1^ latitudes les plus diverses (1754). Il paraît en être autrei f mentà l'égard des pays que l'on s'accorde à considérer comme le foyer delà peste; on y voit les épidémies naître et dispaf^lre à des époques de l'année qu'on peut, le plus souvent, ^4 déterminer à l'avance, et qui sont toujours les mêmes pour

une même contrée. En Égyple, par exemple, où la peste éclate à peu près tous les huit ou dix ans, aujourdliui comme au temps de Prosper Alpin, l'épidémie débute soit en novembre, soit en mars, et elle s'éteint vers le milieu du mois de juin (Prosper Alpin, Clot-Bey, Aubert-Roche). A Constantinople, c'est toujours pendant les grandes chaleurs de Tété qu'elle commence, c'est-à-dire du T' au 45 juillet; elle finit ordinairement en décembre (Brayer). A Smyrne, les premiers cas se montrent en octobre ou en novembre, et le 15 août est le joor désigné pour rompre les quarantaines.

6. L'étude du sol, celle des dispositions physiques et morales des populations, nous dévoilent un certain nombre de circonstances qui paraissent favorables au développement et à l'extension de la peste. En Egypte, l'épidémie épargne le plus souvent les villes qui, comme le Fayoum et Eosseir, sont b&tics sur un sol élevé, sec et aride, ou au voisinage du désert, alors môme qu'elles conservent des rapports fréquents avec les pays infectés. Elle frappe surtout les villes du delta, situées sur le Nil, ou entourées de lacs ou de marais : le Caire, Alexandrie, Damiette, par exemple. Venise et Marseille sont, après Gonstantinople, les deux cités d'Europe qu'elle a le plus souvent visitées, et où elle s'est montrée le plus redoutable. On peut en accuser, au moins en partie, les lagunes de la première, et le port infect de la seconde.

Un sol bas et marécageux, une atmosphère chaude et humide, voilà, en résumé, un concours de circonstances éminemment propres à fixer la peste. Il ne faut pas oublier cepen- \\mi que cette maladie terrible a autrefois ravagé presqa© il\^lUtinctement des villes d'Europe soumises aux influences |\*|uigraphiques et climatériques les plus opposées. Quant aii^ yv^u«es débilitantes, telles que misère, famine, maux de guerr^^ s^M\ dos règles de l'hygiène publique et privée, elles peu-'

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vent étendre leur action sur des populations entières, et préparer, en quelque sorte, le terrain, dans lequel tous les agents miasmatiques germent et se développent avec une énerve singulière.

v. Quel que soit le pays où on Tobserve, la constitution pestilentielle est, en général, précédée par des affections plus ou moins graves, fièvres paludéennes simples ou pernicieuses, typhus, qui jouent, par rapport à elle, le rôle de maladies prodromiques. — En même temps, beaucoup d'individus éprouvent des douleurs dans les aines et dans les aisselles, ou encore dans les cicatrices des bubons, si autrefois déjà ils ont contracté la peste. — Lorsque l'épidémie est à son début, la maladie tue souvent en quelques jours, en quelques heures, avant même que les bubons se soient manifestés (p. 102. G.); plus tard, elle parcourt ses périodes assez régulièrement et se montre moins meurtrière; au déclin, la plupart des malades en réchappent. — Pendant le règne de la peste, les affections intercurrentes deviennent fort rares, souvent même elles s'effacent complètement. — Tous ces caractères placent la peste au premier rang des maladies épidémiques. Est-ce à dire qu'il taille, à cause de cela même, ainsi que le veulent quelques auteurs, lui refuser la propriété de se transmettre par voie de contagion? Assurément non. « Il ne convient pas d'opposer » les maladies épidémiques aux maladies contagieuses : ces » deux qualifications n'impliquent entre elles ni contradic-

» tioD, ni coexistence Telle maladie peut être contagieuse

» sans être épidémique ; telle autre, réciproquement, épidé- " mique sans être contagieuse, et telle autre à la fois épi- » démique et contagieuse » (97. B. 2). La peste est un exemple frappant du dernier genre.

La transmission contagieuse de la peste, restreinte, comme ^Ue parait l'être, dans des limites assez étroites (B, ê.) ne sau-

rait expliquer & elle seule le développement^ les progrès et les migrations des grandes épidémies pestilentielles. La maladie éclate tout & coup, et simultanément, sur divers points d'un même territoire, d'une même ville ; elle frappe le même jour, à la même heure, des individus qui n'ont pu avoir entre eux aucune communication ; elle se transporte d'une ville i une autre, sans s'arrêter dans les localités intermédiaires; elle se répand, enfin, sur un grand nombre de contrées, après avoir traversé les mers, franchi les chaînes de montagnes, déjoué tous les obstacles qu'on lui a vainement opposés, en suivant dans sa marche, dirigée, à l'origine, de l'orient vers roccidenl, un itinéraire qui semble tracé à l'avance. La contagion n'est certainement pas l'agent principal de ce grand phénomène, bien qu'elle joue, suivant toute probabilité, ua rôle important. Dans les foyers de peste, l'épidémie se développe, sans doute, par suite de la concentration insolite des miasmes engendrés sur les lieux mêmes ; la migration de ces mêmes miasmes ou de leurs germes, à travers l'atmosphère et sous rimpulsion d'agents inconnus, produit apparemment les épidémies mobiles, celles qui se propagent dans les régions les plus éloignées du foyer primitif, malgré toutes les bar^ rières qu'on leur oppose.

D. Causes prédisposantes persoiinelles, — Les nègres paraissent avoir une singulière prédisposition à contracter la peste; chez eux, la maladie se montre habituellement très grave, et le plus souvent mortelle. Cela tient sans doute, au moins en partie, aux conditions hygiéniques déplorables au milieu desquelles ils vivent. Les classes les plus misérables viennent en première ligne, sur les tableaux de mortalité dressés par M. Aubert-Roche, lors de l'épidémie qu'il a observiVi à Alexandrie, en 1833. Sur ces tableaux, les fellahs et les Maltais viennent immédiatement après les nègres ; puis, ce

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)nt les Grecs et les Juifs, puis, les Turcs, et en dernier lieu, ts Européens. — Aucun âge n'est exempt de la peste ; le docmr Pruner a vu des enfants de trois à six mois succomber la maladie, en vingt-quatre ou quarante-huit heures, avec des ubonsau cou ou à Faisselle. Mais, en général, les enfants et » vieillards sont moins souvent atteints que les adultes (Au- >ert-Roche). — Les individus faibles et cachectiques, ou atteints le maladies chroniques, de phthisie, par exemple, ne sont pas plus que d'autres, épargnés par Tépidémie. — Une première attaque de peste ne met pas toujours à Tabri des récidives (Diemerbroeck, Chenot, Clot-Bey). Quelques sujets ont pu être atteints, dit-on, jusque trois fois, dans le cours d'une môme épidémie (Chenot). Suivant le docteur Pruner, les récidives n'ont lieu, en général, que dans les cas où, lors de la première attaque, il n'y a eu ni éruption de charbons, ni suppuration des bubons.

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