‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 24 sur 94 · SYNONYMIE · texte numérisé non relu

SYNONYMIE

a. Typhus icterodes de Sauvages (cl. II, ord. I, gen. IV, 7); de Sager (cl. XII, Febres^ ord. I, gen. IV, 7); de CuUen (ord.l, sect. II, Febres continn<e^ gen. V).

6. Fièvre jaune d'Amérique^ dans la Nosographie philosophique de Pinel (classe I, ord. V, Atariques malignes^ genre XII, Fièvre ataxique contagieuse^ espèce 2').

y. Mal de Siam. — Fièvre de Bulam ou de Bulama,^ Cette dénomination a été assignée par Chisholm à la fièvre jaune pestilentielle qui a ravagé une partie du nouveau monde en 1793, parce qu'il la croyait originaire de File de Bulama, lie située sur la côte occidentale de TAfrique, près de Tembouchure du Rio-Grande. L'opinion singulière de Chisholm, embrassée plus tard par le docteur Lym, se trouve réfutée tout au long dans Touvrage cité du docteur Bancroft*

B. Vomito negro, Vomito prieto, Fiebre amarilla des Espagnols. — Yellow Fever, Blach vomit Fever des Anglais.— La maladie épidémique qui a sévi à Barcelone, en 1821, a été désignée sous le nom de typhus amarily par Rochoux, qui s'est efforcé de la distinguer de la fièvre jaune des Antilles. Elle n'en diffère cependant par aucun caractère important.

SYMPTOMATOLOGIE.

A. Prodromes. — Les individus qui vont être pris de la fièvre jaune ressentent, pendant les quelques jours qui pré-

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cèdent son invasion, des douleurs plus ou moins vives siégeant à la tête, à la région lombaire, dans les membres. Ils ont de rinappélence, des nausées; leurs yeux sont rouges et brillants; ils éprouvent un sentiment de faligue plus ou moins (trononcé. Ces phénomènes prodromiques peuvent d*ailleurs faire défaut; la maladie éclate, en effet, assez souvent à i'impro- \isle, principalement dans les cas graves.

U. Première période. — L'invasion se fait quelquefois par un frisson unique et violent; mais, en général, ce sont des frissons légers revenant par intervalles et alternant par des bûulTées de chaleur qui ouvrent la scène. Un mouvement fébrile, à type continu, mais présentant, vers le soir, des eiacerbalions souvent assez bien marquées, s'établit ensuite et jusqu'à la Cn de la période. Le pouls est régulier, vite, tendu, plein et fort, au moins pendant Texacerbation , il bat 90 à 100 fuis par minute. La peau est brûlante, sèche et fait ^ éprouver à la main qui l'explore une sensation d'âcreté toule particulière. Elle présente bientôt, surtout à la face, une coloration rouge acajou, plus ou moins foncée, lorsque la réaction fébrile est violente, rosée seulement quand la fièvre est peu marquée. Les yeux sont injectés, brillants, humides, douloureux; les malades y éprouvent une sensation de graviers. Le regard rappelle ce qu'on observe dans l'ivresse, et la physionomie exprime la stupeur. — Il y a une céphalalgie orbitaire, gravative, intense, mais qui cède rapidement aux premiers moyens de traitement; des douleurs qui siègent ^u\ lombes ou sous les membres inférieurs, et qui, parfois, sont tellement violentes, qu'elles arrachent des cris aux malades. C'est à ces derniers symptômes que la lièvre jaune doit le nom de coup de barre^ sous lequel le vulgaire Ta autrefois fiésignée. La douleur lombaire peut s'irradier vers l'ombilic, Je Jong des cuisses, ou encore, par en haut, le long de la

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colonne vertébrale jusqu*à la région du cou; la douleur arthritique occupe surtout les genoux, les chevilles, les orteils, les mollets, et s'accompagne quelquefois de contractions involontaires siégeant dans les muscles fléchisseurs de la jambe. — La prostration des forces est, dès le début, le plus souvent 1res marquée; le malade éprouve un sentiment de débilité générale. En même temps, il est dans un étal de jactitalion continuelle et ne sait quelle position prendre dans son lit. — Les accidents gastriques se montrent les premiers. D'abord peu prononcés, ils acquièrent une grande intensité vers la fin (lu premier ou dans le courant du deuxième jour. La langue, humide, est couverte d'un léger enduit blanch&tre ; elle est un peu rouge à la pointe et sur les bords. La déglutition est souvent difficile. II y a dès l'origine quelques nausées; bientôt toutes les boissons ingérées sont aussitôt rejetées; puis il se manifeste des vomissements d'un mucus clair ou d'un liquide vert de mer et d'une saveur très amère. Quelquefois,' prindpaiement dans les cas légers, c'est de la bile qui est ainsi rendue. Cependant la région de l'estomac est comme distendue, le malade y éprouve une douleur brûlante qui s'exaspère par la moindre pression, une sensation de constriction très pénible qui augmente encore l'anxiété et qui prend quelquefois les caractères de la cardialgie la plus violente. D'ailleurs, il existe une soif ardente et les urines sont rares, d'une coloration rouge foncée et sédimenteuses. — Le ventre est habituellement resserré: les selles expulsées naturellement ou provoquées par des lavements, sont en général molles, grisâtres, rarement bilieuses. — Le délire et le coma sont des symptômes qu'on observe rarement dans le cours de cette période; une vive anxiété, un sentiment d'effroi, ou, au contraire une apathie profonde, une certaine confusion dans les idées, tels sont les seuls désordres qui se manifestent daoi l'exercice des fondions cérébrales durant celte première phase

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de la maladie qui s'accomplit dans Tespace de deux ou trois jours.

C. Deuxième période. — Elle est signalée par une grande atténuation et parfois une cessation des principaux symptômes qui survient brusquement, vers le troisième ou le quatrième jour. Le pouls tombe soudain et descend à 80, 70. Quelquefois, et c'est là un signe presque toujours funeste, on ne compte même plus que 50, 40, ou même 30 pulsations à la minute. (La Roche, loc. cit.); la peau devient fraîche ; en môme temps les douleurs lombaires et arthritiques disparaissent, les forces reviennent comme par enchantement, la langue se nettoie, Tépi gastralgie, les nausées et les vomissements cessent; Tesprit est serein, et le malade, qui éprouve un sentiment de mieux-étre, se croit hors de danger. Il se peut faire en réalité que tout se borne là et que la convalescence se déclare à la suite de quelques phénomènes critiques, tels que sueurs profusesy diarrhées bilieuses, etc. Mais, le plus souvent, cette amélioration est illusoire, et Ton voit se manifester bientôt les sinistres avant-coureurs de la troisième période : les douleurs épigastriques, la soif, les nausées, les vomissements reparaissent; la respiration devient lente et suspirieuse; la température s'abaisse, le pouls devient très rare; il survient des épistaxis; les conjonctives, la peau du front, puis celle de la face, du cou, commenccbt à prendre une coloration jaune plus ou moins foncée; les urines, enfin^ présentent une teinte brune qu'elles doivent, ainsi qu'on s'en est assuré à l'aide des réactifs, à Texislence d'une certaine quantité du principe colorant de la bile (La Roche). — Cette deuxième période de la fièvre jaune dure environ vingt-cinq ou trente heures.

D. Troisième période. — Le pouls devient d'une faiblesse extrême; il fuit sous le doigt, et il faut exercer une forte

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pression pour en percevoir les battemenls. Le plus souvent, il reste lenl ; (Pautres fois, au contraire, il acquiert une fréquence extrême ; en tous cas, la peau est froide, quelquefois comme glacée et recouverte d'une sueur gluante. — La jaunisse se prononce dn plus en plus; souvent, les malades prennent une coloration orangée, cuivrée, acajou, ou encore comme bronzée. — La langue se sèche à sa partie centrale, elle devient quelquefois noire, fendillée et croûteuse. Les vomissements se ra[»proclient et surviennent toutes les fois que le iiialade veut changer de position ; ils sont entremêlés de boquels. Les liquides et les matières rejelés par Testomac, acquièrent peu à peu une teinte de plus en plus foncée, Tœsophage et la gorge sont souvent cruellement affectés du goût ûcre etcaiij5tique qui les accompagne. Bientôt, on voit nager au milieu (Vun liquide transparent et visqueux des flocons noirâtres qui ressemblent à du marc de café ou à de la suie délayée dans Toau. Puis enfin, la matière rendue devient tout à fait noire; rlle peut être môlée de sang coagulé et contenir des masses fibrineuses décolorées. — Les selles elles-mêmes sont liquides, sanguinolentes, noirâlres ou tout à fait noires, on les a comparées à de la mélasse ou de la poix, ou encore à de lasui^ — Il se manifeste des hémorrhagies passives, sous forme d'épislaxis, de ménorrliagie, d'hématurie, d'hémoptysie môme, mais ce dernier cas est assez rare. Les gencives, la membrane muqueuse de la bouche et du pharynx, la conjonctive, les ulcères, les surfaces dénudées par un vésicatoire, les piqûres de sangsues, peuvent aussi être le siège d^écoulemcnls sanguins. Des péléchies apparaissent sur les diverses parties du corps, principalement au cou et sur la poitrine. — Les urines deviennent très rares, elles sont rendues goutte à «;outte : il peut môme y avoir anurie complète. — Tantôt, rintelligence reste intacte ; d'autres fois, les malades présentent une sorte d'hébétude, de langueur, et leurs idées n'ont

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aucune suite; d'aulres fois enfln, il y a des rêvasseries alternant avec de longs intervalles d'assoupissement, du coma, ou, au contraire, un délire violent. Des soubresauts des Icndon?, des contractures, des tremblements partiels des mains et de la langue, ont été observés dans un certain nombre de cas. — C'est du cinquième au septième jour qu'a lieu, le plus communément, la terminaison fatale. Si l'issue doit être heureuse, la maladie dure un peu plus longtemps et se prolonge au-delà du huitième ou du onzième jour.

E. Convalescence. — Elle s'établit brusquement, lorsque la maladie s'arrête à la fin de la première période ou au milieu lie la seconde ; dans le cas contraire, il se peut faire qu'elle traîne en longueur. L'ictère peut persister pendant plusieurs semaines, plusieurs mois môme ; il y a pendant longtemps encore des vertiges, de l'insomnie, des nausées, des diarrhées bilieuses.

F. Variétés principales de /a fièvre jaune, — a. Telle est la fièvre jaune lorsqu'elle parcourt régulièrement toutes les |>liases de son développement et qu'elle se présente sous la forine qui lui est le plus htibituelle ; elle se présente avec ki mêmes caractères essentiels, en Europe et en Amérique, dans les régions tempérées et sous les tropiques. Mais h titre de pyrexic, et surtout à titre de pyrexie pestilentielle, elle est susceptible d'éprouver dans ses allures et dans sa physionomie des modifications profondes et variées, sans rien perdre toutefois de son indépendance nosologique. De là, des variétés pathologiques qui s'éloignent plus ou moins du type qui a servi de base à notre description et dont le nombre est presque indéfini* Toutes ces variétés cependant peuvent rentrer assez naturellement dans les deux genres qui suivent, et dont Inexistence est admise par la plupart des épidémiographes

anglais et américains: l** fièvre jaune inflammatoire ^ 2* fièvre jaune congestive (J. Wilson). La première est remarquable surtout par Tinlensité des phénomènes fébriles de la période initiale ; le pouls est résistant, la peau est chaude et sèche, haute en couleur; les douleurs lombaires et arthritiques sont violentes: il y a indication évidente d'employer les émissions sanguines. — ï^nn^Xn forme congestive ^ Faction du poison paraît être, dès l'origine, portée à un tel degré, qu'elle entrave la réaction de Forganisme. Le début peut être alors marqué par des convulsions ou des syncopes. La prostration des forces est immédiatement portée à son comble ; la face est pille ou d'une teinte livide, Toeil aviné, la respiration haute, inégale et anxieuse. La température du corps est naturelle, si ce n'est à la région précordiale où elle est très élevée, brûlante. Le pouls est accéléré ou, au contraire, ralenti, mais toujours d*une faiblesse extrême; il peut même être filiforme à peine perceplible ou encore tout à fait nul. En pareil cas, la peau froide comme du marbre et recouverte d'une sueur gluante et d'une pâleur cadavéreuse, la voix est brisée comme dans le choléra asiatique, et Ton a sous les yeux un exemple de cette variété de la fièvre jaune que le docteur Gillkresta appelée variété algide {Rapp. du cons. génér. de santé d'Ath fjleterrey p. 143). Lorsque le malade ne se relève pas prompteraent de Tétat de collapsus qui caractérise la forme congestive, la mort survient nécessairement dans un bref délai. Dans les cas heureux, il s*opère une réaction salutaire et la maladie reprend son cours; mais, le plus souvent, la réaction reste incomplète, faible, partielle, irrégulière, et elle aboutit & une terminaison funeste.

6. On rencontre dans la fièvre jaune épidémique, comme aussi dans la peste (p. 93), et dans le typhus des cas d'une bénignité extrême qui réclament à peine les secours de l'art;

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