FIÈVRE JAUNE : VARIÉTÉS
on y rencontre aussi, el c'est là un autre caractère qui lui est comniun avec ces maladies pestilentielles, des cas où Tatteinte profonde de l'organisme ne se révèle par aucun symptôme qui puisse faire pressentir la gravité du mal. Ici, le pouls paraît naturel ou peu s'en faut, la langue est nette, la peau est fraîche ou obscurément chaude dans la région de Testomac et du foie : l'esprit est libre, les forces sont conservées. Puis, tout à coup, apparatt le vomissement noir et la mort survient inopinément. Le docteur Caldwell a désigné sous le nom de watking cases, expression pittoresque, mais à peu près intraduisible dans notre langue, ces cas insidieux, et dans lesquels on voit des gens frappés à mort se croire à peine malades, et continuer à vaquer à leurs affaires jusqu'aux derniers moments de leur existence.
7. Plusieurs médecins distingués parmi lesquels il faut surtout citer les docteurs Chervin et Gillkrest, se sont efforcés, dans ces derniers temps^ de légitimer l'existence d'une forme de la fièvre jaune dans laquelle la maladie se présenterait sous le type rémittent ou même sous le type intermittent le plus pur. Ils ne se proposent rien moins, pour la plupart, se basant sur des considérations étiologiques et symptomatologiques, que d'établir qu'il existe entre les fièvres d'intoxicalion paludéenne et la fièvre jaune des afGnités intimes et que celle-ci n'est, pour ainsi dire, que le degré le plus élevé de celles-là. Voici comment s'exprime, sur ce sujet, l'un des auteurs les plus à môme de l'étudier sous toutes ses faces : «< la fièvre jaune, dit M. Dulroulau (loc. cit., p. 435), subit évidemment l'influence paludéenne suivant les localités et surtout suivant la saison où on l'observe, soit que l'épidémie se déclare dans la saison des fièvres, soit que sa longue durée lui fasse subir les variations des diverses saisons de l'année. Quand la fièvre jaune sévit pendant l'hivernage et dans toute
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sa gravilé, il est impossible de lui reconnaître le moindre rapport avec les fièvres d accès. Mais, dans quelques épidémies et surtout pendant certaines périodes de quelques épidémies, il est incontestable aussi que Télément paludéen vient s'ajouter à celui que produit la fièvre jaune. G*est ordinairement au début qu'on observe un ou deux accès de fièvre intermittente bien caractérisée : quelquefois c*est après la fièvre jaune qu'on voit des accès de fièvre simple se déclarer: quelquefois enfin, c*est cliez un sujet plongé dans la cachexie paludéenne que la maladie éclate. Mais, dans tous les cas, il est facile de faire la part des deux maladies dont les caractères ne peuvent èlre confondus, et il est évident qu'un élément étiologique particulier, celui de la fièvre jaune, est venu s'ajouter à l'élément paludéen, .^i le diagnostic ne suffisait pas, le traitement viendrait bientôt en fournir la preuve. Le sulfate de quinine, si puissant contre la fièvre d'accès, \ienl échouer toujours contre les symptômes graves de la fièvre jaune. Je crois, en conaéquence, ajoute M. Dulroulau, qu'il n'est pas exact de dire qu'il y a des fièvres jaunes intermittentes 'jxm%\ que je l'ai dit moi-même, dans ma Ihôse sur l'épidémie de 1839 à 1841, et qu'il est plus convenable d'exprimer les modifications survenues dans la marche de la maladie en disant qu'elle s'est compliquée de l'élément paludéen. »Nous avons été conduit par une élude attentive des documents les plus importants concernant la fièvre jaune à partager ropinio» si nettement formulée par M. Dutroulau; nous croyons que, dégagée de toute complication, cette maladie se montre constamment, pendant sa première période, sous la forme d'une fièvre continue présentanlparfoisdesexacerbations quisurviennent vers le soir; on n'y rencontre pas d'autre intermission que celle qui a lieu lors de la deuxième période, ou période de calme et qui constitue d'ailleurs, comme nous l'avons dit, un de ses traits les plus singuliers et les plus caractéristiques.
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NÉCROSCOPIE.
A. Eiat anémique du foie avec coloration jaune. — C'est là une alléralion toute spéciale du foie qu'on rencontre, le plus souvent au moins, chez les individus qui ont succombé à la Cëvre jaune, et qui a été considérée par M. Louis, d'après des observations recueillies lors de l'épidémie de Gibraltar de 1828, comme devant conslituer le caractère anaiomique de cette maladie. L'organe a conservé son volume normal ; sa cohésion est généralement augmentée, et il y a habituellement une >écheresse, une aridité marquée de son tissu. Il présente, et c'est là le point important, une coloration jaune très parliculière : tantôt c'est une teinte beurre frais, paille, café au lait faible; tantôt une teinte gomme-gutte, jaune rhubarbe ou couleur de moutarde; lanlôt enfin une couleur orange et pistache. Celte coloration pathologique est quelquefois homogène et uniformément répandue sur toute l'étendue du fuie; d'autres fois elle existe par places seulement, et la surface de section paraît alors comme marbrée ou semée de taches jaunes, gumme-gutte, oranges ou rouges. Les tons les plus clairs paraissent correspondre aux degrés les plus avancés de l'ailéralion. La décoloration est jointe à une anémie du tissu hépatique le plus souvent 1res prononcée, et d'autant plus remarquable, que les autres organes renferment en général plus de sang que dans l'état ordinaire. — L'altéralion du foie qui vient d'èlre décrite était des plus tranchées, dans les cas où la mort était survenue après trois jours et quelques heures de la maladie seulement; ce qui suppose qu'elle avait commencé à exister ou dès le début, ou à une époque extrêmement rapprochée du début (Louis) ; M. Dulroulau (Epidémie de /iêvre jmmeà la Martinique, de février 1839 à juillet 1841, disserl. inaug., n^ 52. Paris, 1842) dit ne l'avoir pas vu manquer une
seule fois dans plus de cent aulopsies. M. le docteur Catel [Bulletin de F Académie royale de médecine^ 18 i2, p. 1060) Ta également rencontrée sur cent cinquante sujets morts à la suite de la fièvre jaune qui a régné en 1838. Il paraît certain, toutefois, qu'elle peut faire défaut et qu*elle est assez souvent remplacée par un élat de congestion plus ou moins prononcée. On ignore d^ailleurs, aujourd'hui encore, dans quelle relation elle est avec Tictëre de la fièvre jaune ; si, par exemple, elle existe constamment, au moins à un certain degré, dans tous les cas où il y a eu jaunisse, ou si, au contraire, elle manque toujours dans les cas où celle-ci ne s'est pas présentée. Quelle est la nature de cette lésion du foie? Est-ce une altération analogue ou identique à celle qu'on rencontre fréquemment dans le même organe, ainsi que nous le dirons ailleurs, chez les individus qui succombent à Tictère grave de nos climats? Est-elle, comme celle-ci, caractérisée par Tinfiltralion graisseuse et la destruction plus ou moins complète des cellules du parenchyme hépatique ? C'est ce qu'on ne saurait décider actuellement, en raison du petit nombre d'observations micros* copiques qui ont été faites pour élucider cette intéressante question (La Roche, loc. cit. y 1. 1) *. — Les voies biliaires ne présentent pas d'altérations constantes. La vésicule du fiel est tantôt pleine d'une bile épaisse et visqueuse, rouge ou noire; tantôt à peu près vide. Quelquefois on y trouve des caillots sanguins ou du sang mêlé à la bile (Louis).
1. Lors de répidémie de O^vre jaune qui a sévi & Philadelphie, en 1853 ^^ 1834, le foie des individus qui onl succombé a été ft^quemment (une vingtaine de fois) soumis à l'examen microscopique. Dans tous ces cas, sans exception, on a trouvé les caractères de l'état anatomique qu'on a proposé de désigner sous le nom de dégénéralion graisseuse aiguë du foie. Les cellules sécrétantes, pAles et comme flétries, avaient perdu la netteté <ie leurs contours; leurs noyaux avaient disparu ; elles renfermaient une quantité plus ou moins considérable de granulations ou même de globules Kraisseux. On trouvait, en outre, en grande abondance, des globules de graisse flottant librement dans l'intervalle des cellules. (Bâche, Americ, Journal, etc., p. 121, t. XXVIII, 185* ; La Roche, id., t. XXX, 1855.)