FIÈVRE JAUNE : TRAITEMENT
s'adressent pas à Tessence du mal. Affaiblir le sujet, ce serait d'ailleurs le mettre dans de fort mauvaises conditions pour faire face à la période de coUapsus. Les boissons acidulées, les bains frais, les affusions froides, les laxatifs, les purgatifs salins, sont aussi des moyens qu'il convient d'employer tant que la maladie en est encore à sa première phase. Dans les périodes ultérieures, il s'agit principalement de soutenir les forces. On administre alors, suivant les indications particulières, les ioniques ou les stimulants. Le quinquina, le vin, Teau-de-vie même, sont les médicaments dont on fait surtout usage. On promène à la surface du corps des sinapismes ou des vésicatoires. Il faudrait avoir exclusivement recours à ces derniers agents, si la maladie se présentait dès Forigine sous la forme congestive. L'opium, le camphre, le musc, trouvent leur emploi dans les cas où les accidents nerveux se déclarent. Lorsque la fièvre jaune se complique de l'élément paludéen, mais seulement alors, le sulfate de quinine peut se montrer d'une efficacité réelle.
Caractères anatomiques et nosologiques de la fièvre
jaune et de l'ictère grave *.
*< Il a existé beaucoup d'épidémies de fièvre jaune ; on en trouve la descripdon dans un grand nombre de livres ; mais on n'est pas dispensé pour cela de décrire la dernière.» Ainsi parle M. Magalhaes Coutinho» dans son excellente description de l'épidémie qui vient de régner à Lisbonne {Gaz.hehd,^ 1830, n*6, p. 100). Cette remarque, applicable à la plupart des affections épidémiques, Test surtout à la fièvre jaune, qui a été, comme nous Tavons rappelé tout récemment (1837, p. 803), le sujet de plus d'une description de fantaisie. 11 est notamment un point sur lequel de modernes recherches con- (bernant les affeclions hépatiques, faisaient désirer que Tallenl ion se Gxftt parliculièrement; nous voulons parler de l'étal pathologique du foie. On sait d'ailleurs que l'anémie de cet organe, avec coloralion jaune plus ou moins foncée, dans la lièvre jaune, esl généralement considérée, depuis les travaux (le M. Louis en 1828, comme le caractère anatomique de la maladie.
Or, M. le docteur Guyon vient de mettre sous les yeux de l'Académie des sciences des peintures représentant les viscères abdominaux d'individus morls de fièvre jaune à Lisbonne, vl une de ces peintures est destinée à faire ressortir la colora-
l. Kn collaboralion avec M. A. Dechambre. Kxtrail de la Gazette hebdomtt'
Uaire^ 18ô8, p. 114.
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tion qui est propre au foie et qui accompagne la dégénéralion graisseuse de cet organe. Suivant noire honoré confrère, celte dégénération, peu explicable en raison de la rapidité du mal^ n'aurait pas encore été signalée, et ce serait un nouveau fait acquis à la science par l* épidémie de Lisbonne [Gaz, hebd., 1858, n** 5, p. 79). Cette assertion sera pour nous Toccasioii de quelques remarques.
Disons d*abor4 que, considérée dans ses caractères extérieurs, l'altération décrite par M. Louis est à peu près, sinon tout à fait, constante dans la fièvre jaune. M. Dutroulau, dans une épidémie de fièvre jaune à La Martinique, de février 1839 à juillet 1841 [Dissertation inaugurale^ n°52, Paris, 1842), dit ne Tavoir pas vu manquer une seule fois dans plus de cent autopsies. M. le docteur Catel [Bulletin de f Académie de médecine^ 1842, p. 1060) Ta également rencontrée en 1838 sur tous les sujets, au nombre de 150, qui ont été ouverts. Enfin, les faits qui servent de base à la vaste monographie publiée en 1833 à Philadelphie parle docteur R. La Roche (Fe/Zoï/' fever Considered in ils Historical, Pathological^ Etiologicnl midTherapeutical Relations^ 2 vol, in-8) aboutissent à un résultat semblable. M. Guyon n'ignore pas sans doute cette confirmation invariable, universelle, des observations de M.Louiii.mais est-il au courant des recherches qui ont eu pour objet de déterminer la nature spéciale de Tallération hépatique ? C'est ce que ne permet guère de penser l'espèce de prise dr^ date qu'on a vue plus haut, relativement à la dégénération graisseuse du foie. En consultant M. La Roche [loco citato) et M. Bâche [American Journal^ 1834, t. XXVIII, p. 121), qui se sont livrés à des études anatomiques sur ce sujet lors de Tépidemie qui aravagé Philadelphie (1833), il verrait que, sur /o/rv Jes foies examinés (une vingtaine), la dégénérescence graisseuse a été formellement constatée. Les cellules sécrétantes, pâles et comme flétries, avaient perdu la netteté de leurs con-
tours ; leurs noyaux avaient disparu. Elles renfermaient des granulations et même des globules graisseux; et, de plus, une grande quantité de ces globules était répandue dans Tintervalle des cellules.
Les observations de M. Guyon n*en sont pas moins précieuses en ce que, d'une part, elles concourent, avec les données de la symptomatologie, h démontrer Tidentité de la fièvre jaune sous des latitudes et des climats différents, ainsi que rétablit, d'ailleurs, l'un de nous, dans un article destiné à la suite des Éléments de pathologie interne^ de Requin (V. p. 126) ; de l'autre, elles tendent à confirmer la justesse du rapprochement qui a été déjà fait entre le typhus iclérodes et TaSection connue sous le nom à' ictère grave. Dans cette dernière maladie, en effet, le foie est également atteint de dégénérescence graisseuse. Néanmoins, Taltération dont il est le siège diffère en quelques points de celle qui est propre à la fièvre jaune. Ainsi: I"" le foie, dans le typhus ictérodes, conserve son volume D0^ mal ; il est atrophié dans l'ictère grave : toutefois, l'atrophie n'est pas constante, et la àèïiom\ndX\oxïà' atrophie jaune aigui du foie^ par laquelle on désigne encore cette espèce d'ictère, est en ce sens vicieuse ; 2"* dans la fièvre jaune, le tissu du foie est toujours sec, anémique ; dans l'ictère grave, ce caractère est moins constant, et le parenchyme hépatique est parfois humide, comme gorgé de bile; 3** enfin, et cette différence est très importante, dans la fièvre jaune, les cellules hépatiques se flétrissent, se remplissent de granulations graisseuses, mais persistent ; tandis que dans l'ictère grave elles se déchirent et disparaissent.
Ces différences, tout anatomiques, n'impliquent pas sans doute une différence de nature enire les deux maladies ; mais il est indispensable d'en tenir compte, au point de vue de la nosologie, qui ne peut encore, dans l'état actuel de la science, être basée sur la nature intime des maladies.