VARIOLOÏDB CHEZ LA MÈRE
régulière se manifesta. Tout porte à croire que cette affection a été assez grave. La figure a été extrêmement tuméfiée ; les paupières ont été complètement closes pendant plusieurs jours, et pendant trois jours, il s'est déclaré de Taphonie et une grande gène de la respiration. Yers la fin de la maladie, il s*est manifesté une salivation abondante. L'affection variolique parait avoir duré en tout dix-sept jours. L'éruption est apparue au bout de trois jours. La malade assure que pendant son cours, elle n'a jamais éprouvé de délire.
Dix jours après le début, l'enfant, qui avait commencé à remuer, vers le quatrième mois de la grossesse, se livra à des mouvements beaucoup plus énergiques que d'habitude; puis, ces mouvements se ralentirent de jour en jour, et vers le 10 avril, c'est-à-dire vingt-deux jours environ après le début de la variole, ils cessèrent complètement. A cette époque, les pustules étaient, depuis plusieurs jours déjà, en pleine dessication, et la malade commençait à prendre quelques aliments.
La malade entre à l'hôpital de la Charité, le 16 avril, pour y être traitée d'une ophthalmie, reliquat de l'affection variolique et siégeant à l'œil gauche. La face est encore couverte de croûtes épaisses. Hais il n'existe pas la moindre fièvre, et la malade mange d'un bon appétit. L'utérus remonte à trois travers de doigt environ au-dessus de l'ombilic; il est fiasque, et l'on sent, à travers ses parois, des parties du fxBtus qui se présentent toujours les mêmes aux examens ultérieurs. La malade ne perçoit aucun mouvement de l'enfant; elle n'éprouve même aucune sensation de choc, lorsqu'elle se couche soit sur le côté droit, soit sur le côté gauche. Elle reconnaît que son ventre est plus plat qu'il ne l'était, avant le début de sa maladie. Elle n'éprouve aucune incommodité; elle digère bien et n'éprouve pas de fièvre le soir. L'auscultation abdominale, répétée à plusieurs reprises, n'a jamais permis d'entendre soit les battements du cœur du fœtus, soit même le souffle placentaire.
Le 4 mai au matin, la malade, qui, jusqu'ici, n'a jamais souffert du ventre, éprouve quelques douleurs dans les reins et dans le bas-ventre. A cette époque déjà, le col utérin est dilaté et permet
facilement rintroduclion du doigt. Le 4, pendant la nuit, les douleurs deviennent plus vives et plus rapprochées. Le 5 au matin, vers dix heures, Taccouchement s'opère spontanément et sans accident; mais à la suite de douleurs assez vives, vingt-quatre jours environ après Tépoque présumée de la mort du fœtus. Il s'est écoulé pendant Taccouchement, des eaux teintes en brun roux, mélangées de méconium, mais ne présentant pas de fétidité notable.
Examen du foetus. — Le fœtus est du sexe m&le et présente 35 c. de long. Il n'exhale pas d'odeur fétide. Mais, en raison de la macération prolongée à laquelle il parait avoir été soumis, son épiderme s'enlève avec une grande facilité. Toutefois, les altérations qu'il présente ne sont pas telles que nous ne puissions recueillir les détails qui suivent :
Thorax. Les deux plèvres sont remplies de sérosité sanguinolente. Les poumons sont parfaitement sains; il en est de même du thymus. — Le cœur est sain ; ses ventricules vides de sang. — Foie à Tétat normal, ainsi que la rate et les reîns. — La cavité péritonéale est remplie d'une sérosité brune. — Les intestins ne présentent, à leur face interne, rien qui soit digne d'être noté; mais nous trouvons à la face interne de l'estomac, dans l'épaisseur de la membrane muqueuse, deux ulcérations du diamètre d'une tète d'épingle et parfaitement arrondies: l'une d'elle siège dans le grand cul-de-sac de l'estomac ; l'autre au voisinage de la région pylorique. — Vœsophage, le pharynx, le larynx, la trachée, ne présentent pas traces de pustules ou d'ulcérations.
Téguments externes. On y rencontre des pustules de diverses grandeurs, d'apect divers, et qui sont groupées de la manière suivante : huit pustules peu volumineuses se rencontrent sur le cuir chevelu, douze à quinze pustules sur la face, dont quatre au pourtour de l'œil droit, six au pourtour des lèvres, au voisinage des narines, et deux à la partie antérieure de l'oreille gauche. Le cou ne présente pas 4e pustules aux régions antérieure
VARIOLE CDEZ LE FOETUS li
et postérieure; mais on en voit de nombreuses et de volumineuses sur ses régions latérales, surtout au niveau du pavillon de Toreille. Elles sont disposées de la manière suivante : groupe arrondi de sept pustules au-dessous de Toreille droite ; groupe également arrondi de huit pustules, dont deux très volumineuses et les autres petites au-dessous de Toreille gauche; ces groupes occupent presque toute Tétendue des régions latérales du cou; mais ils sont plus rapprochés du pavillon de Toreille que du moignon de l'épaule.
Région thoracique antérieure: deux volumineuses pustules symétriquement disposées, au centre des régions pectorales, de chaque côté. Région abdominale antérieure : dix pustules disséminées irrégulièrement, dont trois très volumineuses.
Régions thoracique et abdominale postérieures : cinq pustules volumineuses disséminées; une de ces pustules, très large (7 millim. en diamètre), parait formée par la réunion de plusieurs pustules secondaires, et occupe la partie centrale de la région lombaire. Trois petites pustules existent sur la région antérieure du scrotum. Cinq grandes pustules sont disséminées sur les fesses. Le membre supérieur gauche présente douze pustules volumineuses, dont deux seulement occupent la face interne du membre.
Membre thoracique droit : quatre petites pustules seulement, dont trois sur le moignon de Tépaule, et une sur la partie externe et supérieure de Tavant-bras.
Membres abdominaux: côté droit, cinq pustules disséminées, doDt deux à la partie interne et antérieure. Membre gauche : sept pustules, dont trois forment un groupe qui siège au tiers inférieur de la partie postérieure et externe delà jambe. Il n'exisl&it pas de pustules aux extrémités supérieures ou inférieures. Us pustules, avant l'ablation de Tépiderme, étaient presque boules ombiliquées, bien dessinées et d'une couleur d'un blanc n^al. En détachant l'épiderme, on enlevait avec lui le disque pseudo-membraneux, et l'on trouvait toujours, dans l'épaisseur du derme, une ulcération arrondie, taillée à pic, plus ou moins profonde et plus ou moins étendue en surface. Les plus grandes ^^ces ulcérations avaient environ de 4 à 5 millim. de diamètre ;
12 MALADIES IXrECTlEUSES
les plus petites, i ou 2 mîllim. seulement; quelques-unes intéressaient toute l'épaisseur du derme, et Ton voyait dans leur fond, le tissu graisseux sous-cutané ou même les muscles superficiels ; dans d'autres, le tissu graisseux était séparé de Tulcération par une fine membrane transparente qui en formait le fond.
Dans la plupart des cas, au voisinage des ulcérations, les follicules pileux étaient hypertrophiés. Dans aucune des ulcérations, on n'a remarqué l'existence d'un travail de cicatrisation commençant. Mais quelques-unes d'entre elles étaient remplies par une sorte de bourbillon jaunâtre, de consistance caséeuse, moulé sur la cavité de l'ulcère, et s'enlevant toujours avec, la plus grande facilité. En règle générale, l'ulcération du derme avait une forme légèrement conique, le fond de l'ulcération étant plus petit que sa surface extérieure.
J*ai Thonneur de rappeler à la Société que, dans une autre circonstance, j'ai eu l'occasion de donner quelques détails sur la structure des pustules varioliques d'un fœtus. (Voir Compte rendu de la Société de biologie, avril 1851, et plus haut, p. 3.)
ANGINE DIPHTnéRITIQUE 13
Note sur l'état des muscles et des nerfs du voile du palais dans un cas d'angine diphthéritique K
Les études d'ailleurs si remarquables, dont la paralysie diphthérique du voile du palais a été récemment Tobjet, laissent subsister encore des desiderata assez nombreux. On ignore, par exemple, sur quels éléments, nerfs ou muscles, portent plus particulièrement les altérations, dans cette forme de paralysie ; si ces altérations sont, comme on dit, purement dynamiques, ou si, au contraire, elles se révèlent à Tanatomiste par des modifications de texture. Le fait que nous avons Vhonneur de présenter à la Société de biologie pourra contribuer à combler la lacune que nous signalons.
Observahon. — Cancer de Vutérm, — Angine diphtérilique. — Symptômes de paralysie du voile du palais. — Nasonnement de la ^ix, — Déglutition difficile surtout pour les liquides, — Troubles ^c la prononciation. — Affaiblissement progressif. — hémorrhagie Serine, épanchement pleurétique: mort. — Autopsie. — Examen microscopique des fibres musculaires du voUe du palais.
La nommée Guillory, âgée de 51 ans, passementière, a été ^^mise à rhospice de la Salpètrière, salle sainte Marthe, n"* 8,
^' Kn collaboration avec M. Vulpian. Extrait des comptes rendus de la ^Héde Biologie, 1862, p. 173.
14 MALADIES 1NFECTIKUSE8
le !•' mars 1862. On constate, lors de son entrée, Texislence d'une ulcération cancéreuse qui déjà a détruit le col utérin et a envahi même une partie du vagin ; les premiers signes de TafTection utérine remontent à un an environ. La malade est très émaciée, profondément anémique.
Le 30 mars, elle accuse de la difficulté à avaler et une douleur vive, siégeant à Tisthme du gosier, s'exagérant à chaque mouvement de déglutition. L'amygdale du côté droit, le voile du palais du mômecôlé, la luette, sont recouverts d'une fausse membrane blanche, épaisse, tenace, qu'on peut détacher àPaide d'une pince, par larges lambeaux, principalement au niveau de la luette qu'elle enveloppe comme un doigt de gant. Il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire, il existe fort peu de réaction fébrile. Les fausses membranes sont plusieurs fois enlevées en leur totalité, à l'aide d'une pince, et une cautérisation, à l'aide du nitrate d'argent, est pratiquée chaque fois sur les parties qu'elles recouvraient ; mais plusieurs fois ces fausses membranes se reproduisent.
Le 9 avril, les fausses membranes ne sont plus représentées que par une légère couche grisâtre. La douleur pharyngienne a presque complètement disparu ; mais la voix est déjà manifestement nasonnée.
Le 20 avril, le nasonnement a fait de tels progrès que la parole est devenue presque inintelligible ; si la malade essaye de souffler, une grande partie de l'air s'échappe par les narines : la succion s'opère encore sans trop de difficulté. La déglutition des solides est très difOcile ; celle des liquides à peu près impossible, ceux-ci sont presque en entier rejetés et passent par les fosses nasales. Cependant, l'examen direct du voile du palais fait constater que cet organe n'est pas flasque et tombant, seulement, il reste en grande partie immobile, pendant la prononciation des voyelles a, e, et aussi dans les mouvements de déglutition simulée. Toutes les parties du voile du palais ne paraissent pas, d'ailleurs, également aflectées; ainsi, pendant la prononciation des voyelles a, e, il se produit une contraction assez manifeste des glosso-slaphylins. Les palato-staphylins et pharyngo-staphylins manifestent de très légères contractions, sous Tinfluence de l'excitation électrique.