Comptes rendus de la Société de biologie, 1870, p
ICHTHYOSE CORNÉE 209
Sur une observation de M. Gurlt (de Berlin) intitulée : « Ichthypse congénitale chez un veau ' » .
M. le président, à roccasion d'une communication de M. Houel, avait annoncé qu'il existait dans le Magasin de mideeine vétérinaire de Beriinf une observation de M. Gurlt, Ayant trait à un fœtus de veau né à terme, présentant sur la peau des sillons fort analogues à ceux qu'on voyait chez le fœtus humain dont il s'agit. M. le président m'a chargé d'ana- Ijser l'article de M. Gurlt, et d'en rendre compte à la Société. Cet article est intitulé : Ichthyose cornée congénitale chez un veau.
Yoici ce qu'il m'a paru renfermer de plus intéressant pour ie sujet qui nous occupe : f" le veau atteint d'ichthyose congénitale est né vivant et à terme ; mais il est mort au bout de vingt-quatre heures. 11 n'a puni se tenir debout, ni prendre le mamelon. Sa mère n'a pas cessé de se bien porter pendant tout le temps de la gestation ; elle avait vêlé, l'année précédente, d'un premier veau actuellement bien portant et destiné ^ l'élevage. Pendant tout le temps, sa nourriture a été fort convenable. Tous les viscères du jeune veau ont été examinés ftvec le plus grand soin : ils étaient sains.
1. Comptes rendus de leLSociété de biologie, Î852,p. i19,Mog(uin fur die 849. ^etammte Thierkeilkunde, Ton D* Gurlt und D' Hertwig, Berlin, 1850, p.
CiAKGOT. ŒuTres complètes, t. yiii, 2« p. Affections de la peau, 14
2° C'est là le premier cas dlchlyose coroée que M. Gurll ail eu Toccasion d'observer chez les animaux ; mais il indique que, dans le journal de médecine vétérinaire d'Utrecht [Magazin voor vee^rtsenij'kunde s'huck)^ il existe un cas toutàfait semblable. Il en existe, en outre, un second dans la collection de FÉcole vétérinaire de la même ville. Le cas de M. Gurlt serait donc le troisième qu'on ait observé chez le veau. De plus, le docteur Steinhausen a décrit et représenté, dans sa dissertation soutenue en 1848, un enfant présentant des lésions tout à fiut identiques à celles dont le veau peut être atteint. Le corps de cet enfant fait aujourd'hui partie du musée anatomique de rUniversilé de Berlin. Ce cas d'ichthyose cornée, chez le fœtus humain, n'est d'ailleurs pas le seul qui soit arrivé à la connaissance de M. Gurlt.
3^ L'examen de l'altération des téguments externes du jeune veau fait voir qu'elle consiste surtout : 1"^ en des sillons et en des fentes de l'épiderme; 2"^ en l'absence apparente de poils.
Les sillons et les fentes sont disposés dans un certain ordre. Au cou et au tronc, ils affectent une direction verticale et se portent parallèlement, les unes vers la partie antérieure du cou, les autres vers la région abdominale. Ils sont réunis entre eux par des sillons plus ou moins obliquement dirigés. Aux membres antérieurs et aux membres postérieurs surtout, ils se dirigent obliquement d'avant en arrière et de haut en bas. La direction de tous ces sillons rappelle, d'ailleurs, la disposition normale des plis de la peau des fœtus de veaux sains et encore dépourvus de poils, lelle que Numan (d'Ctrechl) Tt décrite et représentée. Les crevasses paraissent s'être faites au niveau de ces plis, à une époque plus ou moins récente, ce dont on s'assure en cherchant à rapprocher leurs lèvres l'une de l'autre.
IGHTHYOSB COBNÉE 211
4"* L'absence des poils n'est qu'une apparence. Et d'abord, il est des points où ils ont acquis leur développement normal : c'est ce qu'on voit aux lèvres^ au voisinage des sabots de devant et de derrière, à la face externe du milieu de la cuisse et de rarticulation du genou. De plus, en examinant avec soin le reste de la peau, surtout avec une loupe, on y rencontre partout des poils formant une légère saillie au-dessus du niveau de sa surface externe. L'état morbide de la peau consiste surtout en un trop grand développement de l'épiderme, développement qui a gêné dans sa marche l'éruption des poils. L'épiderme est en effet, dans quelques points, d'une épaisseur de 2 lignes, et il parait composé de plusieurs couches stratifiées. Au fond des sillons et des fentes, le derme n'est pas à nu, mais bien recouvert par une très mince couche épidermique.
5"* Le derme lui-même ne présente aucune modification notable dans sa texture. Les follicules et les bulbes pileux qu'il contient paraissent tout à fait normaux : mais la tige de la plupart des poils qui en partent est trop courte, et leur pointe ne fait qu'à peine saillie au-dessus de la surface de l'épiderme. Les glandes sébacées qui s'abouchent dans les follicules pileux sont saines, mais d'un très petit volume. Quant aux glandes sndoripares, M. Gurlt n'a pu en reconnaître l'existence, ce ([qH attribue à la macération prolongée qu'a subie la pièce.
6** Enfin, on a fait une analyse chimique comparative (Yan Sletten) de l'épiderme épaissi du veau atteint d'ichthyose et de Fèpiderme d'un fœtus de veau sain, &gé de 7 à 8 mois. Voici les résultats de cette analyse : sur 1.000 parties de cendres, Tépiderme du fœtus normal a donné 250 parties de phosphate calcaire ; l'épiderme du fœtus atteint d'ichthyose a donné 600 parties du même sel calcaire. L'auteur conclut en attribuant, avec Numan, & la prédominance des matériaux inorganiques,
et spécialement du phosphate de chaux, la plus grande dnreli et la plus grande friabilité de Tépiderme du veau atteint le ei qu'il nomme Vichthyose cornée congénitale.
Quoi qu'il en soit de Tinterprétation et de la dénonûoatiii adoptées par M. Gurlt, il n'en est pas moins constant que ff observation s'accompagne, ainsi qu'on Ta vu, de détails il portants et bien circonstanciés. Il serait donc fort intéressai de répéter, sur une partie de la peau du fœtus présenté]! M. Houel, les observations qui ont été faites par M. Gurltsi celle de son jeune veau, afin de rechercher les analogies c les différences qui peuvent exister entre les deux cas.