‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 78 sur 94 · EMPLOI DU SELS D* ARGENT: HISTORIQUE · texte numérisé non relu

EMPLOI DU SELS D* ARGENT: HISTORIQUE

des centres nerveux. Nous reconnaissons encore Tinfluence de ces étranges idées dans le langage médical; on sait, par exemple, que les aliénés sont connus en Angleterre sous le nom de lunatiques {lunatics). Mais il est assez singulier qu^a- Yec un semblable point de départ, les empiriques du moyen ftge aient été conduits du premier coup à des résultats que l'expérience devait confirmer plus tard.

On parait cependant avoir attribué, dans le principe, aux sels d'argent des effets qui peuvent se rapporter aux impuretés avec lesquelles ils se trouvaient associés. Ainsi, la teiniiure de lune, qui jouissait autrefois d'une si grande réputation, paraît avoir renfermé une proportion considérable de sels de caivre ; c'est, du moins, ce que semble démontrer la coloration bleue que présentait cette dissolution, au dire de tous les anciens auteurs. Pour expliquer cette circonstance, sans blesser les règles de la sympathie alchimique, Etmiîller prétend que la lune, bien qu'elle soit d'un blanc éclatant à sa surface, est d'un bleu foncé à l'intérieur, et ressemble au lapis4azuli ; aussi Grimm se servait-il sans aucun scrupule de cette dernière substance pour préparer la teinture de lune dont il faisait usage. Ce seul exemple suffit pour montrer combien ces préparations devaient être infidèles ; elles sont depuis longtemps tombées en désuétude.

Le chlorure d'argent a été moins souvent employé dans la pratique ; cependant on le prescrivait quelquefois comme hydragogue et vermifuge ; Hoffmann l'administrait contre \di pituite et la mélancolie, et quelques médecins cités par lui en faisaient usage chez les épileptiques et les fous.

Hais parmi les sels d'argent, le nitrate a toujours occupé la première place au point de vue thérapeutique.

Angelo Sala paratt avoir été l'un des premiers qui aient fait usage de ce médicament à l'intérieur (1614). On l'employait sous une foule de noms divers [cristaux de Diane, caustique

lunaire j centaure minéral^ etc.), comme dérivatif et comme purgatif, dans les hydropisies et les affections encéphaliques. Cependant plusieurs auteurs de cette époque (Fernel, Willis, Wedel), signalent les dangers que pourrait occasionner Tusage intempestif de ce médicament, et en particulier les ulcérations intestinales qui pourraient résulter d'un traitement trop prolongé par cet agent caustique.

Pour éviter cet inconvénient, on a proposé d'unir le nitrate d'argent au nitrate de potasse : ce mélange, connu sous le nom de lune hydragogue, est recommandé par Tentzel, Sennert et Boyie ; ce dernier en faisait un usage très fréquent. On conseillait aussi l'extrait de baies de genièvre aux sujets dont les intestins se trouvaient débilités par l'emploi de ce médicament : cette pratique fut adoptée par Boerhaave, l'un des derniers médecins du XViP siècle qui aient fait usage du cristal de lune comme hydragogue .

Tombé dans l'oubli après la mort de cet auteur célèbre, le nitrate d'argent fut remis h la mode vers la fin du siècle dernier, par les praticiens anglais. C'est principalement Sims (de Londres) qui a contribué à faire rentrer cet agent dans la thérapeutique. Son impulsion fut suivie par Duncan, Wilson et Powel, en Angleterre, et par Cappe en Amérique ; c'est surtout contre l'épilepsie et les affections du système nerveux que ces auleurs en ont vanté l'usage.

Sur le continent d'Europe, ce sont surtout les médecins genevois qui ont contribué à remettre en honneur les préparations d'argent. Nous citerons en particulier l'excellente thèse de Butini, soutenue à Montpellier en 1815, à laquelle nous avons emprunté la plus grande partie de ces détails. Depuis celte époque, les travaux se sont tellement multipliés, qu'il devient impossible de les énumérer dans cette courte analyse historique ; nous nous contenterons donc de renvoyer à Tintéressante monographie de Krahmer, publiée en 1845, pour tout

SELS d'argent: effets physiologiques 405

ce qui est antérieur à cette époque ; et, dans le cours de cet article, nous mentionnerons les principaux auteurs qui se sont occupés de ce sujet, à mesure que nous aborderons chacun des points particuliers qui ont été Tobjet de leurs recherches.

Effcts physiologiques des sels d'argent pris a l'intérieur.

Deux procédés essentiellement opposés ont été mis en usage pour constater les effets que produisent les sels d'argent dans l'économie animale. La première consiste à les injecter directement dans les veines, ce qui les met immédiatement en contact avec le sang ; le second consiste à les administrer par le tube digestif. 11 est évident que les résultats de cette seconde méthode peuvent seuls être comparés aux données de l'expérimentation thérapeutique chez Thomme. Mais, comme nous ne savons pas encore, d'une manière positive, sous quelle forme les sels d'argent ingérés dans l'estomac sont absorbés et transportés dans le torrent circulatoire, il n'est pas sans intérêt d'étudier d'abord, à titre de renseignement, l'action qu'ils exercent sur l'organisme, après avoir pénétré directement dans le sang.

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