‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 84 sur 94 · NITRATE D*ARGENT DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES · texte numérisé non relu

NITRATE D*ARGENT DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES

effets obtenus ont été plus complets. Dans les cas de ce genre, la moelle a probablement cessé d'être directement comprimée; mais il subsiste encore une altération de l'axe nerveux, qui se guérit sous l'influence du médicament.

On comprend que la médication argentique ne peut réussir en pareil cas, que si la compression a cessé d'exister. La règle à suivre est de traiter d'abord le malade par les cautérisations transcurrentes et d'autres moyens appropriés, pour dégager la moelle des épanchements qui la compriment; on donne alors le nitrate d'argent, s^il n'existe point de contracture dans les membres affectés.

Dans les cas de paraplégie hystérique, le nitrate d'argent parait avoir été quelquefois utile ; mais nous ne possédons point de renseignements personnels à cet égard.

I. Hémiplégies anciennes. — On sait aujourd'hui que, presque toujours, quand une hémiplégie d'origine cérébrale date de quelques mois, il existe une contracture des membres, qui correspond à une altération de la moelle, déjà signalée par M. Cruveilhier, et mieux étudiée dans ces derniers temps sous le nom de sclérose descendante.

Le nitrate d'argent produit ici des soubresauts, des démangeaisons, des fourmillements dans les membres. Les malades semblent récupérer jusqu'à un certain point la faculté des mouvements, mais la rigidité augmente ; on est donc forcé de renoncer au traitement. Il faudrait, pour pouvoir l'employer avec des probabilités sérieuses de succès, en faire l'application à des cas d'hémiplégies anciennes avec flaccidité des membres ; mais cette combinaison se rencontre bien rarement.

Nous n'avons jamais eu l'occasion d'essayer ce moyen thérapeutique dans les hémiplégies récentes.

Quelques mots sur le mode cT action des sels d'argent dans

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iet affectiom ehraniquet de ta moelle épiniére. — D'après les faits que nous venons de rapporter, et dont un grand nombre ont été observés par nou»*m6mes à la Salpôtrière, il est évident que Tadministralion des sels d'argent à l'intérieur peut souvent améliorer, et quelquefois guérir, certaines affections chroniques de la moelle épinière, qui ont été rangées, jusqu'à ces derniers temps, parmi les maladies les plus rebelles à toute espèce de traitement.

11 parait, au premier abord, impossible d'admettre Taction curative d'un médicament quelconque, dans les cas où il existe une lésion organique profonde des centres nerveux. Mais une étude plus attentive de la question a démontré que, parmi ces dégénérations chroniques des cordons médullaires qui ont reçu le nom de scléroses ^ et qui, d'après leur siège, peuvent déterminer la paraplégie, l'alaxie locomotrice, et jusqu*à un certain point les hémiplégies, les unes sont radicalement incurables, les autres ne sont pas entièrement inaccessibles à l'intervention médicale. Tantôt les tubes nerveux sont totalement dégénérés, dans toute Tétendue du point malade : on ne peut alors s'attendre à aucune amélioration dans l'état du sujet ; tantôt, au contraire, il existe, à côté des éléments nerveux complètement détruits, et pour lesquels toute régénération est devenue impossible, d'autres tubes dont l'altération n'est pas arrivée au même point, et qui, sous Tinfluence d'un traitement qui stimule la nutrition ou l'activité fonctionnelle de la moelle épinière, sont susceptibles de revenir à l'état normal. C'est en pareil cas, queTiaterveation de la méddcine peut être couronnée d'un succès relatif; on peut en effet restituer au malade, sinon la totalité, au moins une partie des éléments histologiques qui servaient à l'accomplissement des fonctions de l'axe médullaire ; et le mouvement peut alors renaître, ainsi que la sensibilité, dans les membres paralysés, qui cependant ne retrouveront jamais leur première vigueur.

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Existe-t-il des caractères cliniques, à Taide desquels on puisse distinguer les cas qui se prêtent à l'intervention médicale de ceux qui, loin d'en profiter, seront au contraire aggravés par un traitement actif? Nous croyons pouvoir répondre par Taffirmalive, au moins pour ce qui concerne le nitrate d*argent. Les recherches que nous avons, depuis longtemps, entreprises à la Salpètrière, nous ont appris que, dans tous les cas oîi il existe des phénomènes d*excitation de la moelle, des contractures, par exemple, dans la paraplégie, des crises douloureuses violentes, dans Tataxie locomotrice, le nitrate d'argent est formellement contre-indiqué ; son usage aggrave les symptômes au lieu d'améliorer l'état du malade. Lorsqu'il existe au contraire un état de faiblesse et de flaccidité des membres, on peut souvent espérer un résultat heureux de ce mode de traitement.

Nous croyons, en effet, que l'action du nitrate d'argent peut être assimilée, jusqu'à un certain point, à celle de la strychnine: il stimule les propriétés de la moelle, développe le pouvoir excito-moteur, et réveille les fonctions de l'axe médullaire ; seulement son influence est lente et durable, car il agit probablement sur la nutrition des éléments nerveux ; celle de la strychnine au contraire est immédiate, mais éphémère.

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