‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 83 sur 94 · NITRATE D*AR6ENT DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES · texte numérisé non relu

NITRATE D*AR6ENT DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES

d*une femme sujette à des convulsions hystériques chez laquelle il se manifestait une paralysie généralisée, à la suite de l'accès, lorsque les phénomènes convulsifs avaient offert une grande intensité ; mais le nitrate d'argent pris à l'intérieur triomphait rapidement de ces accidents, et rétablissait dans leur intégrité les fonctions du système nerveux.

Inspiré par cette coïncidence remarquable, Wunderlich essaya ce nouveau remède dans l'ataxie locomotrice progressive ; et, en 1861, il publiait cinq observations, dans lesquelles cette affection avait été traitée avec succès par Tazotate d'argent.

Le travail de l'observateur allemand a été le point de départ de recherches que l'un de nous (M. Charcot) a entreprises sur ce point, en collaboration avec M. le docteur Yulpian. Parmi les malades soumis à cette médication, plusieurs ont été notablement améliorés ; aucun n'a été radicalement guéri.

Depuis cette époque, plusieurs faits analogues ont été publiés par HH. Trousseau, Herschell, Vidal, Duguel, Beau, et d'autres observateurs. En Allemagne, Eisenmann a remplacé le nitrate d'argent par le phosphate, et a obtenu, chez son malade, une amélioration marquée. Enfln, l'année dernière (1866) Eulenberg a présenté, à la Société de médecine de Berlin, un malade qui avait été complètement guéri par le nitrate d'argent. On ne pouvait admettre aucun doute sur le diagnostic chez ce sujet, qui présentait, de la manière la plus accusée, tous les signes caractéristiques de l'ataxie locomotrice progressive. C'est là un résultat très exceptionnel ; car si nous joignons à cette observation un autre fait de Wunderlich, nous aurons réuni les deux seuls cas dans lesquels on ait obtenu un succès complet. Il est permis d'ailleurs de se demander si ces résultats ont été ou seront permanents, et si l'on ne verra pas reparaître, à une époque ultérieure, les symptômes de la maladie ; car, partout ailleurs, on n*a constaté que des améliorations plus ou moins importantes.

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Cependant plusieurs auteurs, parmi lesquels nous citerons M. le docteur Topinard, ont nié d'une manière à peu près absolue Tefiicacité de ce traitement. Nous sommes loin de prétendre qu'on puisse espérer de réussir chez tous les sujets ; mais nous possédons des faits dans lesquels l'action curalive de l'argent a été trop évidente, pour qu'il soit possible de la contester. Il resterait à savoir s il existe, au point de vue clinique, des caractères qui puissent guider le médecin dans l'administration de cet agent thérapeutique. Nous ne sommes malheureusement pas en mesure de les indiquer; nous croyons toutefois que la rigidité des membres inférieurs^ et L'atrophie des muscles destinés à les mouvoir, phénomènes qui s'obser^ vent souvent chez les malades qui sont atteints de cette afiTection depuis longtemps, et répondent à l'envahissement des cordons latéraux, sont des contre-indications formelles. JNous en dirons autant des douleurs fulgurantes, lorsqu'elles présentent une intensité exceptionnelle.

Quant aux cas favorables, ils appartenaient tantôt à la première période de la maladie, tantôt à une époque beaucoup plus avancée. On ne saurait préciser à l'avance la durée du traitement, ni la quantité de nitrate d'argent qui sera administrée ; en efTet, certains sujets sont plus réfractaires, d'autres plus sensibles à son action. S'il ne se manifeste aucun résultat satisfaisant, il est prudent de s'arrêter, lorsqu'on voit survenir le liseré noir des gencives, afin de ne point exposer inutilement le malade à la coloration bleue de la peau : si l'on obtient, au contraire, des effets avantageux, il est permis, ce nous semble, de persévérer pendant un certain temps, d'autant plus que nous avons démontré plus haut que le liseré gingival précède de beaucoup l'apparition de la teinte ardoisée.

Nous faisons usage, en général, de pilules renfermant 1 centigramme d'azotate d'argent, incorporé à de la mie de pain ; nous donnons d'abord une, puis deux pilules par jour.

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mais sans en continuer l'administration pendant longtemps. Les effets les plus marqués de ce traitement, lorsqu'il réussit, sont les suivants : i"* il rétablit, jusqu'à un certain point, la coordination des mouvements et la puissance musculaire ; 2*" il diminue assez souvent l'intensité des accès douloureux; 3*" il améliore, d'une manière évidente, Tétat général du malade, rétablit les fonctions digestives, et fait augmenter le poids du corps.

H. Paraplégies, — On sait depuis longtemps que la paraplégie est un phénomène morbide qui correspond aux lésions les plus diverses : or, rien n'est plus difficile en pratique, que de formuler le diagnostic des désordres qui ont provoqué cette manifestation symptomatique. Nous croyons cependant qu'on peut établir à cet égard deux catégories bien distinctes, au point de vue du traitement. ,

1* Les paraplégies avec contracture et rigidité permanente des membres, qui correspondent en général à des scléroses plus ou moins étendues des cordons antéro-latéraux, ne sauraient être améliorées par l'emploi des sels d'argent, qui paraissent, au contraire, aggraver tous les symptômes, diaprés nos observations personnelles. II en est de même lorsque la myélite chronique est compliquée de méningite spinale.

2'' Les paraplégies avec flaccidité des membres inférieurs, qui correspondent à un grand nombre de lésions diverses^ sont susceptibles de subir l'influence favorable de ce traitement.

Dans le mémoire que l'un de nous (M. Gharcot) a publié en commun avec H. le docteur Yulpian, on trouve l'observation d*une malade atteinte de paraplégie, avec flaccidité des membres inférieurs, sans aucun symptôme d'ataxie locomotrice. Sous rinfluence du nitrate d^argent, l'état de cette femme s'est considérablement amélioré ; elle est arrivée à pouvoir mar-

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cher en n'étant soutenue que sous un seul bras, et les progrès ainsi réalisés ont persisté après la cessation du traitement.

Nous ne connaissons pas la lésion qui existait chez cette malade. Mais dans deux observations publiées. Tune j)ar H. Bouchut, Taulre par M. Déguise, il s*a^ssait d'une paraplégie survenue à la suite d'une commotion de la moelle épinière, et qui avait persisté longtemps après l'accident; le nitrate d'argent, dans l'un et l'autre cas, amena rapidement le rétablissement complet.

La simple commotion de l'axe médullaire semble, il est vrai, plus susceptible de guérison que des lésions plus profondes et pour ainsi dire plus matérielles de ce centre nerveux. Cependant, on parvient quelquefois à rétablir des malades qui ont subi une compression directe de la moelle épinière ou tout au moins à les améliorer. Nous allons en rapporter deux exemples.

Nous avons en ce moment sous les yeux une femme atteinte de paraplégie par fracture de la colonne vertébrale, chez laquelle il existait depuis une année une flaccidité absolue des membres, avec perte des mouvements volontaires et même réflexes, et abolition de la sensibilité. Le nitrate d'argent a fait reparaître l'excitabilité de la moelle, et les mouvements réflexes se sont reproduits ; bientôt après, on a vu renaître, dans les membres paralysés, une sensibilité émoussée; le froid, le pincement, etc., produisaient chez la malade une sorte de vibration douloureuse. Les mouvements volontaires n'ont pas encore reparu ; on continue le traitement.

Chez une autre personne, atteinte de paraplégie complète, depuis deux ans, par suite d'unmal de Pott, nous avons vu d'abord se rétablir les mouvements réflexes et la sensibilité, puis, la guérison faisant des progrès, nous avons obtenu le retour presque complet à l'état normal, et la malade marche aujourd'hui sans béquilles. Dans ce second fait, l'évolution des phénomènes a d*abord été la même que dans le premier; seulement, les

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