‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 3)Chapitre 73 sur 85 · CONTRACTURES HYSTÉRIQUES PROVOQUÉES OU SPONTANÉES · texte numérisé non relu

CONTRACTURES HYSTÉRIQUES PROVOQUÉES OU SPONTANÉES

plus intéressants du cas dont il s'agit, je crois nécessaire de vous remettre en mémoire quelques faits de Thistoire de la contracture spasmodique hystérique considérée surtout au point de vue des caractères cliniques, de la physiologie pathologique et du traitement.

Une première distinction à faire est celle-ci :

1® 11 y aies contractures provoquées (1), soit dans un but expérimental, soit pour le diagnostic;

2*" 11 y aies contractures spontanées^ celles qui viennent à notre insu : a) à la suite d'une attaque de nerfs ; b) à la suite d'un traumatisme léger ; c) en apparence, sans cause connue, mais peut-être à la suite d'un léger heurt, comme en descendant du lit, par exemple. Quelquefois la prédisposition est tellement accentuée que le moindre faux mouvement pourra compter comme un traumatisme et déterminera l'apparition de la contracture.

Ce ne sont pas là deux espèces distinctes ; pas de différence cliniques ou physiologiques essentielles. 11 n'y a que des différences d'ordre pratique. Vous pouvez défaire ce que vous avea fait. Mais si la contracture est de date ancienne, vous n'y pourrez plus rien, ou la guérison tout au moins sera difGciie. C'est là une de ces pierres d'achoppement à la thérapeutique que l'on rencontre si souvent en neuropathologie. La situation est ici remarquable. Nous connaissons assez bien la production de ces contractures, gr&ce à l'étude des contractures artificielles que nous pouvons faire et défaire à volonté, expérimentalement. Eh bien ! malgré cela, le plus souvent, nous ne savons comment nous y prendre pour en finir avec les contractures spontanées qui peuvent se perpétuer des mois et des années. Sans doute, nous ne sommes pas tout à fait

1. On pourrait encore les appeler contractures artificielles.

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désarmés, cap en outre du Irailement de l'étal général, qui a bien son mérite, nous avons plusieurs procédés qui peuml réussir. Ainsi, si la rontrarturc est unilatérale, on peulobli-nir le transfert répété par l'applicalion de l'aimaal ou de plaijuf^ métalliques ; mais si la contracture est bî-laténile. on n'a [acette rcsisource. On peut encore avoir recours au massiK prolonjîé, etc., etc.

La suggestion à TéUit de veille sous forme de persuasion on (l'injonction nipide peut aussi amener un résultat favorable. Mais la suggestion à l'état d'hypnotisme aura, si l'hypnolism^ est praticable, un résultat beaucoup pluscertain. Justemenlle cas qui va nous occuper tout t l'heure a été guéri de celîf façon. Oui, toutes les méthodes comptent des succès ; maison peut dire que, malgré tout, les indications d'agir de préférence de telle ou telle façon n'ont pas encore été précisées, et incontestablement, c'est un sujet qui réclame de nouvelle* éludes.

Le fait est que la guérison lût ou tard a lieu dans l'immense majorité des cas, à l'improvisle, alors que le médecin abandonne la partie, et elle a lieu soit spontonément ft la suili* d'une attaque, soit sans attaque & la suite d'une émotion vive, d'une circonstance qui frappe fortement l'imagination. Il est au moins consolnnl que, après plusieurs mois, plusieurs années même,

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nous conduire à comprendre ce que sont les contractures spontanées ? On peut, chez beaucoup d'hystériques hypnotisables, s'il s'agit du grand hypnotisme, provoquer, dans l'état léthargique, l'apparition de contractures, avec la plus grande facilité. On peut les réaliser par divers procédés, soit par l'excitation des nerfs, soit par l'excitation directe des muscles ou des tendons (percussion, malaxation, vibration du diapason, etc.), et, pendant ces opérations, les ca-^ ractères cliniques et physiologiques de ces contractures peuvent être facilement étudiés. Mais, en dehors même de l'hypnotisme, chez beaucoup d'hystériques, la plupart peutêtre, ces mêmes contractures peuvent être provoquées à l'aide des mêmes agents. Depuis longtemps ces phénomènes qui, dans ces derniers temps, ont été bien étudiés par un élève de M. le professeur Pitres, nous sont connus et nous avons proposé de désigner sous le nom de diathèse de contracture, la tendance à la production de ces rigidités spasmodiques musculaires, souvent énormes, invincibles, durables, permanentes, qui peuvent apparaître sous l'influence de diverses excitations. Récemment seulement, nous les avons reconnues aussi fréquentes qu'elles le sont réellement, et cela tient à ce que nous avons mis par hasard la main sur un moyen de les faire apparaître, beaucoup plus sûr que ceux que nous connaissions jusque-là. Ce moyen, c'est la ligature faite autour d'un membre à l'aide d'un lien élastique, la bande d'Esmarch, par exemple. C'est ainsi que nous avons reconnu que la contracture provoquée, en raison de sa fréquence, peut être considérée comme un stigmate hystérique au même titre, à peu près, que les troubles sensitifs ou sensoriels, tels que : hémianesthésie, rétrécissement du champ visuel, etc.

Etudions chez G. R..., ces contractures provoquées, des hystériques, afin de bien nous mettre dans l'esprit les carac-

Charcot. Œuvr. comp. t. ix, Hypnotisme, 3o

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li's distinguent, et d'en iudiqupr autant que possible pliysiologi([ue. Ici. Ip pliénonièiicù niellreen relief, si vous pincez un muscle, le biceps par exemple, iloigls, la rigidité qui s'empare du muscle ne reste e : il y a fletion, mais il y a aussi action el rési?tiqup des extenseur*. Car dÔKormais il est aussi dif- [igérer la lle\ion que de déflécliir le membre. Non l le muscle ou les muacles d'action contraire à celui excitt.^ mais encore les muscles d'une autre parlîe re snnt atteints ', ainsi les fléchisseurs et extenseurs l, des doigts, etc., el mt^me, dans certains cas, voua ' généralisation dans (ont le corps, l^te. tronc, tace, ous pouvez le constater chez un de nos malades le nommé C. I,... Chez cet homme, nous n'obtenons Une qu'à l'aide de la bande d'Esmarch. tandis que (mmôe G. II.... tous les moyens sont efficaces : traclembre, excitation des tendons, etc.

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moyens à employer sont une légère friclion sur les antagonisles, le massage général du muscle, une légère pression sur les tendons. Si, malgré cela, la contracture résiste, on en viendra h bout par une série de transferts successifs de la contracture, ou encore par Thypnotisation dans Tétat léthargique ou par la suggestion. Une certaine action psychique peut donc avoir pour effet la disparition d'une contracture.

Mais quelle est la théorie que Ton peut donner de tous ces phénomènes ? Il faut remarquer en premier lieu ce qu'il y a, en apparence, de paradoxal dans le phénomène contracture. — Voilà une action musculaire intense, exagérée, qui persiste sans cesse et sans trêve, nuit et jour, — car on a eu soin, maintes fois, d'en reconnaître la persistance, la nuit, pendant le sommeil profond — et peut se perpétuer pendant des mois, voire même des années. Ici, je fais allusion à des contractures spontanées, car jamais, bien entendu, nous n avons laissé durer les contractures artificielles ; cela je le répète, parait paradoxal et contraire à toute physiologie. Nous avons cependant un paradigme physiologique de la contracture, c'est la tonicité musculaire qui persiste telle quelle d'une façon permanente, non seulement dans les sphincters, mais encore dans les muscles des membres, déterminant ainsi leur attitude moyenne. Or, on sait expérimentalement que la tonicité mus* culaire est un phénomène d'origine centrale, le résultat d'une activité réflexe permanente et ne cédant que lorsque la moelle est détruite ou les nerfs musculaires sectionnés.

La contracture serait donc, d'après cela, une sorte de tonicité musculaire portée au plus haut degré possible et c'est, paf conséquent, ainsi que nous l'avons déjà prévu, dans le centre spinal qu'il faut aller chercher son point de départ.

La situation peut être représentée par le schéma suivant : à l'état normal, la mise en jeu de l'arc diastallique est entre-

L"llï||^^nlsHL c\\F.i i.ks FiisiÉmmES l'e-vcitalion pernianeulc venanL des muscles ou de )u dans cet élaU l'excitabilité des cellules motrices esl ie par i , dans la contracture hystérique, cette excita-

représenlée par 10, je suppose : de telle sorte que la txcitation des nerfs centripètes ^-iendra se surajouter ilité préexistante et déterminer une action tonique jui n'est autre que ia contracture spasmodique, ibilité étant supposée répandue sur toute ou sur jute l'étendue d'une région spinale, une corne anu les deux, suivant les cas, on tomprend la parlici- ;essaire des antagonistes, dont les centres spinaux

pliysiologiquement, et aussi ia diffusion â tout un

)U il tout le corps.

iprcnd plus difficilement la disparition des contrac-

l'excitation des antagonistes, ou des frictions, etc.

nous sommes eu présence de phénomènes non

ogic en physiologie evpérimentale et surtout dans

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