CONTRACTURE HYSTÉRIQUE : SUGGESTION
phase soranambulique, et, quant au somnambulisme, il n'est pas marqué par l'existence de la contracture spéciale déterminée par le souffle ou le frôlement qui caractérise cette phase dans le grand hypnotisme.
A chaque séance, je le répète, on obtenait de la malade, par suggestion, que son pied se relâchât et reprit l'attitude et les mouvements normaux ; mais, aussitôt réveillée, le piedbot se rétablissait immédiatement. Plusieurs d'entre vous ont été témoins de ce phénomène singulier. Enfin, il y a quinze jours, une série d'hypnotisations successives a été pratiquée pendant une période de près de trois heures . Durant tout ce temps, les suggestions ont été répétées de plus en plus vives, de plus en plus pressantes. Le mal a cédé, nous avons tout lieu de le croire, définitivement. Il y avait huit mois que cela durait.
Il nous faut maintenant délivrer la seconde malade, celle sur laquelle nous avons produit une contracture artificielle. Ce sera facile, car en cette matière, tout ce qu'on fait on peut le défaire. Il s'agit ici du grand hypnotisme et de simples frictions exercées sur la partie déformée du membre suffisent pour faire disparaître la contracture.
Vous voyez par le cas de Ch..., que l'hypnotisme peut être véritablement utile dans la thérapeutique des affections hystériques ; c'est du reste un fait acquis depuis quelque temps à la science. Mais il reste beaucoup à faire pour réglementer cliniquement les applications thérapeutiques de ce moyen, pour préciser les indications et les contre-indications.
Oui, s'il y a des cas où l'on puisse agir, il en est d'autres où il convient de s'abstenir et des cas mêmes où les pratiques d'hypnotisme sont nuisibles. Rien d'étonnant à cela : n'en ost-il pas de môme des plus précieux médicaments : Topium,
i"6 I.'llïP.>(lTIS)IE CHEZ t.ES HTSTËniOUES
la iliffilalc, par exemple, qui, dans de certaines circon?lan« I cl chez certains sujets peuvent produire des effets Bchcu\' Songe-t-on à les abandonner pour cela ? Chercher et réunir 1 les indications et les contre-indications de rii\-puotiïalkt I dans riiyslérit^ : voilh un sujet qui nous occupera certainnient quelque jour cl qui nécessitera de longs développi- 1 monts.
Acluellomonl, H comme pour modérer un peu le braii 1 zcIp dont nous pouvons i^lrc pris en présence de notre suiTi pour nous rendre circonspects, en un mot, je veux vous prt- 1 senter le revers de la médaille. Je place devant vos yeuxui petite victime de l'hypnotisme, pratiqué inconsidérément. Evidemment c'est l'hypnotisme qui l'a mis dans l'état où ii est aujourd'hui. Il est vrai que l'hypnotiseur n'a pas été un médi'iin, ce n'est pas de thérapeutique qu'il s'est agi. Voifl comment la chose s'est faite.
Il y a si\ mois, un magnétiseur de profession donna, sur le théâtre de Chaumont en Bassigny, une bonne ville du fond de la Champagne, des représentations de fascination qui éraiirelit inol'i III dément toute la population, l'affolèrent et déterniiiiftrent, pur-ci par-lî». quelques accidents nerveux plus ou ii'i- en particulier l'apparition d'une sorte d'
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tenaient ainsi. En tout cas, ils réussirent à faire commettre au petit Bla... que voici, sous l'influence de la suggestion, des actions qui les réjouissaient énormément. Ainsi, Bla... fut, dit-on, promené presque tout nu sur la place de la Banque de France ; il est allé demander à acheter un cheval chez un marchand de nouveautés, et autres facéties provinciales du même genre.
Jusqufe-là, pas grand mal, sans doute. Mais voici le côté fâcheux. Le jeune Bla..., âgé de 12 ans, sans antécédents nerveux, n'avait jamais eu d'attaques jusqu'au moment où les premières tentatives d'hypnotisme ont eu lieu. Mais au bout de quinze jours surviennent des crises, se répétant presque tous les jours et qui cfTrayent considérablement les parents, d'autant plus que le jeune frère de notre petit malade, Agé de quatre ans, commençait, lui aussi à présenter des symptômes du môme genre. C'est pour mettre fin, si possible, à tout cela que le père nous Ta amené et, d'après notre conseil, l'a remis entre nos mains. Les accès, depuis qu'il est à l'hôpital, se répètent tous les deux ou trois jours. Ce sont des attaques hystériques assez bien formulées, précédées d'une aura (douleur de lôte, battements dans les tempes, sifflements dans les oreilles) ; puis surviennent des contorsions et l'arc de cercle. Enfin, l'enfant prononce quelques paroles relatives aux occupations de la veille. Il n'existe pas chez lui de stigmates hystériques.
Comme le cas paraît léger, nous espérons que, sous Tinfluence de l'isolement et l'application des pratiques hydrothérapiques, le mal cédera bientôt et que le petit bonhomme pourra être prochainement rendu à sa famille. 11 devra à l'avenir se méfier de Blan... et de Thom... et autres hypnotiseurs dilettantes (1). Ce n'est pas d'ailleurs la première fois
1. Le jeune U... est sorti récemment de Thospice complètement (^uéri (27 avril 18«7).
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que l'on voit des enfants, j'o««n/ à l'hypnotisme, produire sur eu.\-ini^mo3 ou sur leurs camarades des accidents plus ou moins graves. Ainsi, ù itreslau, lors du passage du fameux Hansen, un enfant. Uypnolîsé par un de ses camarades, a éUpris d'attaques de contracture qui durèrent plusieurs heures et qui se renouvelèrent par la suite. Un cas du même genre est cité par M. Mersali dans les Archives italiennes de psychiatrie.
Ce même développement sous l'influence de tentatives d'hypnolisation, d'accidcntîi plus ou moins sérieux et plus ou moins durables, nous le retrouvons aussi chez les adultes, hommes et femmes, ii la suite d'hypnoUsations mal faites, inopportunes. Ces accidents me paraissent être surtout fréquents, chose remarquable, non pas chez des hystériques confirmées, mais chez ceu\ qui, avant l'hypnolisation, n'avaient jamais présenté d'accidents de ce genre. C'est \k un fait intéressant que j'aurai l'occasion de relever vraisemblablement dans une leçon prochaine.
DANGERS DE l'hYPIHOTISME 479
Des dangers des représentations publiques des magnétiseurs ; nécessité de leur interdiction (i).
Mon cher Melotli,
A propos de la publication prochaine des leçons que vous avez bien voulu recueillir, et où il est très souvent question dliypnoiismCy vous me priez d'exprimer mon avis concernant les mesures restrictives récemment prises en Italie, à Tégard des représentations publiques des magnétiseurs. Je ne suis pas fâché, je vous Tavoue, de saisir Toccasion que vous m'offrez de déclarer hautement que, dans mon opinion, la suppression des spectacles de ce genre est chose excellente et parfaitement opportune.
C'est qu'en effet les pratiques d'hypnotisation ne sont pas, pour le sujet mis en jeu, tant s'en faut, toujours innocentes, comme on le croit trop généralement peut-être. Or, il est clair qu'une étude clinique approfondie, et, par conséquent^ nulle* ment à la portée des amateurs peut seule, sur ce point, établir les indications et les contre-indications, ou, en d'autres termes, faire connaître et préciser les conditions où Ton peut agir sans inconvénient pour le sujet sur lequel on opère, et celles où, au contraire, il convient de s'abstenir.
1. Celle leltrc-préface esl empruntée au vulumc des Leçons de 3/. Charcot^ publiées en lUilic par M. le D' Melotti.