‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 3)Chapitre 81 sur 85 · Loco cUato, p · texte numérisé non relu

Loco cUato, p

2. Revisia sperimentale di Frenlatlca (1881, t. VII, fasc. 3 et seq.).

Charcot. Œuv. conipl. t. ix, Hypnotisme, 3^

i> uns d'un uriicit' récent de M. Rumnrn^D.que notrp I ['in di Kraz>:a a bien voulu nous traduire, le passa);!'

ftie peut pas nier Ip Ijpe classique de rhypnotisnm avtc Issiou des diifi^rentea phases présentant des cariictcre^ , tel qu'il a été décrit magistralement par M. Charcat. It.vpe porfait de l'hypnotisme, décrit par M. Charcot, et 1 par des cliniciens éminents de toutes nations, et en want tout par M. Tamburini, est entré dans le domain<? ^nce. En rompa)|^ie du D' Viizioti, j'ai observé un cas du grand hypnotisme chez une jeune Qlle hystérique vince de Chieti, laquelle ignorait complètement tout rapporte fi l'hypnotisme jusqu'à la première hypnotisons l'influence de la simple lixation du regard, et «oiis 1 rjuekotnitie di' la suggestion, elle présenta, en pré- : son frère et du professeur Bianchi, tous les phénolos trois étals admis par l'École de la Salpélrièrc. Jp ■ celtf observation, parce que je considérais cp

11 s'agit d'un jeune garçon de seize ans et demi, chez lequel M. Ladame a constaté les particularités suivantes:

« J'avais lu dans le Progrès médical la relation de l'expérience du transfert d'une contracture opérée par M. Charcot chez une hystérique, au moyen d'un aimant, en octobre 1878. Comme on pouvait très facilement provoquer des contractures chez mon sujet, soit à l'état de veille, soit pendant son sommeil hypnotique, il me vint à l'idée d'essayer le transfert. Je n'en dis rien à personne et je tentai la première expérience au commencement de décembre 1880, en présence de plusieurs médecins de Neuch&tel (Suisse).

« Je contracturai les muscles de Tavant-bras droit chez mon malade éveillé et assis devant une table, puis je plaçai un aimant auprès de l'avant-bras gauche. Quel ne fut pas mon étonnement, voyant après quelques minutes l'avant-bras gauche être agité de quelques contractions, puis se raidir dans la position contracturée qu'avait l'avant-bras droit, tandis que ce dernier était devenu absolument libre. Le transfert s'était accompli sous nos yeux. Or, personne n'en avait eu l'idée, et moi-même je ne l'avais jamais vu. Sans avoir communiqué ma pensée à qui que ce soit, j'essayai ainsi de réaliser sur un hypnoti(|iie une expérience qui avait été faite par M. Charcot sur une hystérique et dont je n'avais eu connaissance que par un article de journal. 11 ne peut pas être question ici de suggestion.

« Bien plus, j'ai faitTexpérience de transfert des contractures de la même manière, au moyen d'un électro-aimant, et comme je tenais essentiellement à me mettre à Tabri des erreurs qui auraient pu provenir d'une simulation, je m'arraugeai à faire passer le courant et à le suspendre pour aimanter et désaimanter l'électro-aimant, sans que le malade s'en aperçût. Je crois avoir pris alors toutes les précautions possibles pour éviter une Suggestion. Cependant, nousdevons le dire, on ne se préoccupait pas encore de l'influence suggestive comme on Ta fait depuis^ et il peut peut-être rester un doute sur ces expériences. Quoi qu'il en soit, j'ai noté à plusieurs reprises que le transfert ne se produisait jamais quand le courant ne passait pas. Je lis forger

AN'K.MiICK ic pit^cu di- Tt-r doux, i-nl'ormfde ft-r Achevai, (semblable ù it dontje inf! servais pour mes expc-riencea. J'enveloppais

des deux instruinents dans une seniette et je m'en serternalivoinont. Le malade ne pouvait donc pas savoir lit le véritable aimant. Or, dans ces expériences, comme s précédentes. Jamais le transfert ne s'accomplit quand ail usage de la pièce de fer doux, landis qu'il avait ra[iit lieu toutes les fois qu'on faisait agir laimanl.

professeur Despine, (de tienève,) vînt me rendre visite à sson (canton de Keufehàlel), où j'habitais alors, au mois s 1881, Je lui présentai mon malade. Sans m'avertir de njet, il pressa sur le tronc du nerf cubital au coude, te ant hypnotisé, et nous vîmes apparaître la griffe cubitale, >s caractères bien tranchés. Nous fîmes aussi d' autres incesque M. Despine avait vues peu auparavant à la Sal- L', entre autres celle de l'hémi-catalepsie (lorsqu'on ouœil) et (le l'hi^mi-lêlharjjîie. Nous pûmes constater à cette Il (|uc notre malade oiTrait 1res netlemenl les pbêiiomè-

cre de Texactitude des opinions qu*on y soutient. Nons croyons inutile de le faire. Nous avons voulu montrer seulement que, quoi qu'on en ait dit, il est possible de voir ailleurs ce qu'on observe àlaSalpêtrière.

Mais sur ces questions comme sur bien d'autres, pour se former une opinion qui ait quelque valeur, il ne faut pas se contenter de quelques observations isolées, il est nécessaire de multiplier les expériences, et Ton aura, si l'on a tant soit peu de persévérance, l'occasion de constater tôt ou tard quelques faits positifs qui lèveront tous les doutes, car ils ne pourraient être ébranlés par les faits négatifs que l'on aurait enregistrés jusqu'alors. 11 faut donc répéter les observations, et cette condition aurait dû surtout être remplie par les auteurs qui ont affirmé que la suggestion était Torigine de tous les phénomènes hypnotiques. Or, ceux qui ont écrit sur ce sujet n'ont pas toujours procédé de la sorte.

C'est ainsi qu'un philosophe très distingué, M. Delbœuf, (de Liège), voulant se faire une idée personnelle sur l'hypnotisme dit de la Salpêtrière, s'est donné la peine de venir à Paris et il a pu observer dans le service de M. Charcot quelques grandes hypnotiques. M. Delbœuf, après avoir fait quelques observations sur les malades qu'il a eus à sa disposition a acquis la conviction que les phénomènes de l'hypnotisme devaient être attribués à une suite de manœuvres inconsciemment suggestives et non à des particularités physiologiques (i). Nous ferons remarquer à M. Delbœufqu'iln'aeu àlaSalpêtrière, pendant les quelques heures qu'il y a passées, aucun élément lui permettant de se faire une opinion bien fondée à ce sujet. Ce que nous disons là de M.l)elbœufpeutfacilements'appliquer,dureste,àtousceuxquise contententd'assisterune ou plusieurs fois à des démonstrations relatives à l'hypnotisme et qui ne se livrent pas à ces études d'une façon suivie. 11 est impossible, en effet, de se procurer sur commande pour un jour et une heure déterminés un sujet vierge de toute manœuvre hypnotique et réalisant les conditions permet-

1. l)ell)œnf. — L'ne lùsifeù la Salpêtrière {Revue de lielffîque, 18'<(), Bruxelles).

tant d'éliminer la suggestion. Les sujets que l'on peut présenter à un moment donné à une personne étrangère au service de li Salpôtrière ne peuvent être naturellement, en général, que de^ sujets sur lesquels des expériences anti^rieures ont été déjà faites, Or, cette seule condition suffit pour empêcher d'affirmer à propos d'une expérience que la suggestion fait défaut. Si déji li contracture hypnotique s'est manifestée une fois seulement sous l'influence de telle ou telle manœuvre, il sera impossible d'affirmer dès lors, dans une nouvelle expérience, que la suggestion fait défaut. La première expérience est donc seule probante, et il faut par conséquent être à. l'aSût des malades encore immaculés, susceptibles d'être hypnotisés, si l'on veut Ûxer ses idées i ce sujet.

Ces critiques ne peuvent évidemment s'appliquer à M. Bernheim qui est un des médecins ayant expérimenté sur le plus grand nombre de sujets. Nous avons déjà dit plus haut que la dilTérence des résultats tient sans doute à ce qu'il a expérimenté sur un terrain différent ; il n'a fait aucun choix parmi ses sujets, tandis qu'A la Salpétrière toutes les expériences se rapportant au grand hypnotisme ont été faites sur des hystériques. Quelle que soit, du reste, l'explication que l'on puisse donner de cette dissidence, il n'en reste pas moins établi que les objections de M. Bernheim, sont toutes d'ordre négatif; il nie ce qu'on affirme à la Salpétriére, parce qu'il ne Ta jamais observé. Les assertions de l'école de la Saipêtrière reposent, au

iitraire, sur de^ prinivos [H>-;ilivi.'s gui nous paraissent absolu-

GRA!fD ET PETIT HYPNOTISME 535

Mais j'entrevois déjà une objection qu'on pourrait me faire. On pourrait dire : « Vous affirmez sans le prouver que les hypnotiques sont toujours des hystériques, vous n*avez choisi que des hystériques, par simple fantaisie, mais les grandes formes de Thypnotisme peuvent se rencontrer en dehors de rhystérie ; la coexistence de ces deux états n>st donc qu'une coïncidence. »

Nous repousserions absolument cette objection qui ne serait pas fondée ; en eflct, nos observations nous ont montré que les grands hypnotiques et les hypnotiques appartenant à cette catégorie qui se distingue par la présence des phénomènes somatiques, sont toujours ou presque toujours des hystériques avérés et qu'il ne peut être question d'une simple coïncidence. Nous rappellerons de nouveau qu'un malade peut n'avoir jamais eu une seule attaque et être pourtant bel et bien hystérique, il faut donc, avant de rejeter Thystérie, rechercher avec soin tous les stigmates de cette névrose. Cette recherche serait-elle infructueuse, on ne serait pas encore en droit d'affirmer que le sujet n'est pas hystérique. Ne sait-on pas que l'hystérie se traduit parfois par une manifestation unique, la contracture d'un membre, le mutisme par exemple ? c'est là l'hystérie locale ou monosymptomatique. 11 est de règle en pareil cas, de rechercher dans les antécédents personnels du malade l'existence de quelques phénomènes qu'on puisse rapporter à l'hystérie, et il est souvent possible de prouver ainsi par les commémoratifs que le malade est bien atteint de cette névrose. Il faudrait procéder de la même façon avec un hypnotique chez lequel il n'existerait au moment de l'examen aucun stigmate.

Il est certain que l'école de .Nancy est loin d'avoir toujours suivi ces préceptes au pied de la lettre. Il nous suffira de rappeler cette phrase de l'ouvrage de M. Bernheim. « Il ne faudrait pas croire que les sujets impressionnés soient tous des névropathes, des cerveaux faibles, des Ai/^/^r/^iie^r, des femmes ; la plupart de mes observations se rapportent à des hommes que j'ai choisis à dessein pour répondre à cette objection. »

S36 APPB!IDtCE

M. Bernheim, en présence d'un sujet mâle rejette dooc à priori l'hypothèse d'hystérie. Or, ne sait-on pas aujourd'hui surtout depuis les travaux récents de notre maître que Vbsitérie est très fréquente chez l'homme ? 11 s'ensuit que M. Betnhetm a pu dans bien des cas, considérer comme individus nor maux des hystériques.

Nous ailirmons qu'en pratiquant un examen rig!>areui conforme aux indications que nous venons de fournir, od arrivera à démontrer dans presque tous, sinon dans tous les cas, que les hypnotiques dont nous parlons sont entachés d'hvslérie. Eh bien 1 cette coexistence de l'hystérie et de l'hv'pnotisDie est une première preuve en faveur de la proposition que nous développons.

Poursuivons, Il semble, avons-nous dit, qu'il y a une parenté entre l'hypnotisme et l'hystérie. Voici des arguments qui plaident dans ce sens :

l» Un des caractères somatiques de l'hypnotisme les plus importants, la contracture léthargique appartient aussi à l'hystérie. Bien souvent on peut, en effet, chez un hvslérique, provoquer l'apparition de la contracture par les manœuvres que nous avons déji signalées (pression avec les mains, avec une bande élastique, etc.) ; cette propriété a été appelée par H. Charcot In diathèse de contracture. Mais chez les hypnotiques, elle est beaucoup plus accentuée que chez les hystériques à l'étal de veille.

fnil ri'[]iari|m'r iiii rom m on cernent de

ques la disparition des propriétés hypnotiques à l'occasion du développement de quelque manifestation hystérique, d'une attaque de sommeil, de la chorée rythmée, par exemple. C'est ainsi que chez C. G... qui, d'habitude, peut être hypnotisée dans l'espace d'une à deux secondes, nous avons à plusieurs reprises, alors qu'elle était atteinte d'une chorée rythmée qui a duré quatre jours, essayé en vain de provoquer l'apparition du sommeil hypnotique, et cela en poursuivant notre tentative plus d'une heure chaque fois.

Ces arguments suffisent, d'aprèsnous,à établir que,commenous l'avons avancé, les grandes formes de l'hypnotisme sont sous la dépendance derhystérie,dontellesparaissentétre une émanation.

En ce qui concerne les formes frustes de l'hypnose, il semble souvent, il est vrai, qu'il n'en soit pas de même. Les sujets qu'on observe peuvent être, en apparence au moins, indemnes de toute tare hystérique. Nous serons les premiers à reconnaître qu'en biologie, il n'existe pas, tant s'en faut, entre les phénomènes physiologiques et les phénomènes pathologiques un abîme infranchissable ; ceux-ci à tout prendre, ne représentent en somme qu'une modification de ceux-là. 11 ne peut, dès lors, y avoir aucune difficulté à admettre que l'hypnotisme puisse exister en germe chez tous les individus ; mais nous sommes prêts à soutenir la thèse que, pour se réaliser, cette tendance en quelque sorte normale à l'hypnotisme doit être doublée d'une modification particulière de l'organisme, d'une prédisposition, d'une imminence mobide, dont le fait d'être hypnotisable sera, peut-être, la première révélation.

En d'autres termes, nous soutiendrons jusqu'à plus ample informé, — et rien n'y contredit dans les observations qu'on nous offre — nous soutiendrons, dis-je, que tout sujet qui se montre sensible à l'hypnose appartient de fait à la grande famille névropathique (i).

1 . En ce qui concerne la bibliographie de rhypnotisme, nous renvoyons le lecteur à un travail récent de M. Max Dessoir, consacré exclue vcmcnt à ce sujet : Bibliographie des modernen Hj/pnolismiis von Max Dessoir. Berlin Cari Dunker's Verlay, 1888.

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