‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 3)Chapitre 80 sur 85 · Voir en particulier Binet et Féré, loco cilafo · texte numérisé non relu

Voir en particulier Binet et Féré, loco cilafo

rienccs ou de quels raisonnements certatas auteurs 60 soul arrivés & artinner que la sugfjestion est la cause unique M suflisanlo de tous les phénomènes présentés par les hypnotisé». A priori, on pourrait supposer que les partisans de cette lh(-<> rie possèdent un );rand nomhre défaits qui en démontrent la véritr>. Ce serait rependant uno erreur complète. La seule raison invoquée par H. Bernheim consiste i. dire ot & répéter, soos plusieurs formes difTérentes, qu'il n'a jamais pu reproduire chei ses sujets, sans' le secours de la suggestion, les phénomèo*'^ somatiques de contracture, de catalepsie, etc., observas par M. Charcot et ses élèves.

A celle objection, M. Charcot et ses élèves se contentent dr répondre avec avantage, croyons-nous, que les sujets sur lesquels ou opère de part ot d'autre étant différents, il n'y pa> lieu di: s'étonner que les efTets soient difTérenta, que les sujeU de la Salpètriôre, étant des hystériques, l'hypnolisme de la Salpélrière est l'hypnotisme des hystériques, et que, dès lors, il est facile de comprendre comment il est possible de produire rheit les malades de cette catégorie une série de symplOmes caractéristiques qu'on ne retrouve pas chez d'autres sujets.

Quoi qu'il en soit, la thèse de M. Bernheim, nous paraît présenter un autre défaut. M. Bernheim, avant de soutenir dans les termes li-s plus ahsolus, que la suggestion est la cause réelle de tous les phi'-nouiènes braidiques, aurait dû commencer par démontrer que la sug);estion i)e»il produire tous ces phénomènes. , fait, P

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trière sont, suivant M. Bernheiin, des cas artificiels, on peut se demander, fait remarquer M, Charcot, pourquoi, ne fut-ce que dans le but de prouve^ son assertion relative à la toute puis* sance de la suggestion. M, Bernheim ne se donne pas le plaisir de créer artificiellement à Nancy des cas semblables.

MM. Binet et Féré ont insisté sur les conditions dans lesquelles il faudrait se placer pour que celte expérience ait une valeur réelle. On commencerait par éliminer tous les sujets présentant, à un degré quelconque à l'état de veille, de Thyperexcitabilité neuro-musculaire ou n'importe quel autre stigmate hystérique, caries observations des auteurs précités ont démontré que Ton peut, avec la suggestion seule, provoquer une contracture léthargique chez un sujet hyperexcitable ; la suggestion no fait dans ce cas que renouveler, sous forme d'images, le souvenir de l'excitation cutanée qui a donné lieu une première fois à la contracture. Il faut aussi remarquer que l'élimination des sujets hyperexcitables devait être faite avec un soin et une sévérité tout particuliers. M. Bernheim, en effet, ne parait guère prendre comme critérium de l'hystérie que la crise, et semble négliger complètement les stigmates permanents, ce qui l'amène nécessairement à considérer comme sains des individus atteints de cette névrose.

L'expérience réussit-elle de la façon la plus complète que M, Bernheim n'aurait pas encore gain de cause. Une fois qu'il serait prouvé que la suggestion peut faire tout ce que fait l'excitation périphérique, il resterait a démontrer que la réalité du premier procédé exclut celle du second. C'est ici, il faut bien le remarquer, que la question se complique.

Nous sommes tout disposés à admettre qu'en fait, lorsqu'une personne a été soumise à des manœuvres hypnotiques répétées, elle garde un souvenir de ces manœuvres, et que chaque fois qu'on la soumet à une expérience, elle peut comprendre et par conséquent devancer l'expérimentateur, par un phénomène d'auto-suggestion. On peut dire qu'après quelques expériences du même ordre, la suggestion est toujours là invisible et présente ; souvent le sujet, avec une complaisance d'autant plus remar-

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quable qu'nll« est tout automatique, s'applique A dcviopr li« intentions de l'opérateur. Il devient donc absolument impnr sible, quand les conditions deviennent aussi complexes, ir faire la pari respective de la su^eslion et de l'cxcitalioii périphérique. Nous reconnaissons même que chez cerlaros sujets on peut, par la suggestion, amener le déveiopppmenl d'une eontracture, alors que les excitations périphériques i^ol incapables de produirf ce résultat. Mais tout cela ne permet pas de conclure que la suggestion est tout, et que TexcitatioD périphérique ne sert à rien.

C'est aussi par la suggestion qu'il faut expliquer en granilr partie comment il se fait que, quelquefois, tous les sujfU formés par un même expéiimentateur se ressemblent plus on moins, et se trouvent modelés sur un même type, tandis que ces mêmes sujets diffèrent tolalement de ceux qui sont dressi^ par un autre expérimentateur. L'uniformité des résultats peul être due à l'identité pathologique des sujets, & l'identité de la méthode employée, mais elle est due aussi, en grande partie, à la suggestion inconsciente qu'exerce l'opérateur sur le^: malades, ou même à la suggestion produite par un malade sur les autres.

Ces faits démontrent la puissance de la suggestion, mais ils ne démontrent nullement, nous le répétons, que la suggestion soit la seule influence capable d'agir sur des hypnotiques.

Admettre une pareille opinion et la soutenir avec la rigueur ( Naiic

par suggestion s'ensuit-il que Taliment n'ait aucune efficacité ?

Ainsi donc, comme on le voit, l'Ecole de Paris qui insiste elle-même sur l'importance de la suggestion n'en conteste pas la réalité, mais elle prétend que la suggestion n'est pas l'unique source des phénomènes observés dans l'hypnotisme.

Nous venons de montrer que les objections de M. Bernheim sont loin d'être démonstratives; ses observations font ressortir tout au plus le rôle important que la suggestion peut jouer, mais ne prouvent rien contre la thèse de l'école de la Salpétrière.

Nous devons maintenant mettre en évidence les arguments sur lesquels s'est appuyé M. Charcotpour établir l'exactitude de ses assertions.

Voici par exemple un individu qui n'a pas été jusqu'alors soumis à des manœuvres hypnotiques quelconques, il est absolument étranger à la médecine et n'a jamais assisté à aucune expérience sur l'hypnotisme. Ce sujet ainsi soumis à une première expérience, vierge par conséquent jusque-là de toute pratique d'hypnotisation, ce sujet, dis-je, dès qu'on est arrivé à l'hypnotiser, présente les phénomènes de la contracture léthargique ; il suffit de presser sur les muscles, de comprimer un membre avec une bande élastique, de presser sur un tronc nerveux, pour voir la contracture se développer. Si ce phénomène est obtenu, alors que le médecin a évité d'éveiller clie/. le sujet par une parole, par un geste, l'idée de raideur, la suggestion ne peut être invoquée; et c'est précisément dans ces conditions qu'on s'est placé à la Salpétrière dès les premières expériences. 11 ne faut pas croire en effet que l'hypothèse de suggestion ne se soit pas présentée à l'esprit des expérimentateurs de Paris, et que c'est pour ne pas avoir réfléchi à la possibilité de son existence que le développement des phénomènes somatiques a été attribué a une autre cause. Mais, dira peut-être M. Bernheim, comment affirmer que réellement l'individu en observation n'a jamais été présenta des expériences sur le magnétisme animal? Le nombre des magnétiseurs de profession est grand, et il n'est presque pas une ville en France où n'aient eu lieu des séances publiques de magnétisme. Or, comme la raideur musculai-

n esl un phénomène que les magnétiseurs toat souvent obsenn il l'assistance, il est possible que la vue de la contracture aitlai^ se un souvenir dans l'esprit de l'individu dont nous parlons, H que ce soit là l'origine de la suggestion. A cela nous répondmDs d'abord que ce n'est là en tout cas qu'une hypothèse, ^ousf^ rons remarquer d*autrG part, que les manoeuvres employées pai les magnétiseurs différent de celles que l'on emploie à la Salpf trière pour faire naître la contracture, et que par suite, lasuj;^ lion ne peut pas être incriminée. En quoi, en effet, la compre!sion d'un membre par une bande élastique ou celle d'un trooc ucneux peut-elle éveiller l'idée d'une contracture?

Du reste, s'il restait encore un doute dans l'esprit du lecteur, et s'il persistait à admettre encore l'hypothèse de la suggestloo, nous rappellerions encore le phénomène de l'hypere\cital)ilil' nerveuse, qui, lorsqu'on se place dans les conditions que iioa> avons énumérées plus haut, est encore plus probant querh>'percxcitabilité musculaire. On sait que si l'on presse mécaniquement sur un nerf moteur, tous les muscles desservis par ce nerf entrent en contraction ou en contracture, et communiquent au membre sur lequel on opère une position invariable et caractéristique. Ce phénomène est plus rare, il est vrai, que le précédent, mais on le constate néanmoins dans un certain nombre de cas, et il a évidemment une valeur capitale. H est clair, en effet, qu'un individu ignorant les premières notions de l'analomie et de la physiologie musculaire serait incapable de deviner

une valeur pour ainsi dire absolue; d'où, en effet, aurait pu provenir la suggestion? Quelle raison théorique M. Charcot auraitil pu avoir de supposer qu'il existait un grand hypnotisme caractérisé par trois états distincts? S'il a constaté les trois états, ce n'est donc pas en vertu d'une idée préconçue, mais parce que ces trois états se sont présentés naturellement à son observation. Depuis, de nouveaux cas analogues ont pu être observés et on s'est placé toujours à la Salpétriére dans les conditions que nous avons précisées plus haut et qui permettent d'éliminer rhypothèse de la suggestion.

Nous avons fait remarquer au début de ce travail que, chez les grandes hypnotiques, les trois états pouvaient se développer dès la première tentative d'hypnotisation, mais que dans beaucoup de cas, au début, les caractères somatiques ne sont pas aussi accentués que lorsque l'hypnotisation a été pratiquée un grand nombre de fois. Si par exemple, dans la léthargie, on presse dans une première expérience, sur le nerf cubital, on constate du côté de la main l'esquisse de la griffe cubitale, qui se dessine de plus en plus à mesure que l'expérience est renouvelée. Si dans la catalepsie on soulève un membre, celui-ci ne garde qu'un temps très limité la position donnée.

Nous avons observé récemment à la Salpétriére, une malade la nommée Ri..., qui s'est comportée exactement de cette façon. Dès la première tentative d'hypnotisation, on a pu constater l'existence des trois états avec toutes les particularités qui les caractérisent, mais au début, les phénomènes somatiques n'existaient qu'à l'état d'ébauche. Nous devons faire remarquer que chez cette malade, les phénomènes psychiques étaient encore moins accentués. Il était impossible de provoquer par la suggestion, dans la période somnambuliquc, le développement d'une hallucination visuelle ou auditive. On pouvait, au contraire, par ce procédé, faire naître une paralysie flasque ou spasmodique ; toutefois, la suggestion simple n'agissait pas d'une façon plus active que les excitations mécaniques sur le développement des contractures. Sous l'influence de la répétition des mêmes manœuvres, la malade s'est perfectionnée ; mais, et nous

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insislons sur ce point, dès la première expérience, alors qo'ellt était encore tout à fait ignorante des choses de l'hypnotisinf. tous les caractères somatiqucs du grand hypnotisme pouwrnl être mis en évidence. L'exercice n'a donc fait qu'accentuer de< propriélês qui existaient en elle dès le début.

Ce Tait que les propriétés hypnotiques se perrcclionnent par l'éducation prouverait-il qu'elles sont dés l'origine les résultais de la suggestion. Il n'en est rien pensons-nous. II en est de c<^ propriétés comme de toutes les autres Tacultês que nous possédons eu germe et qui peuvent se développer par le TonctioDoeuieut.

Nous avons vu aussi que chez certains sujets, il n'existe peodant longtemps qu'une ou deux des phases du fjrand hypnotisme el que le grand hypnotisme ne se constitue d*unc façon complète que lorsque le malade a été soumis il de Domhreuses manipulations. Nous rappelons & ce sujet l'obsenation de C. G.. citée plus haut. Celte observation, loin d'être défavorables noire thèse, nous parait, au contraire, lui prêter un appui 1res sérieux. Voici, en efTet, une malade qui est restée pendant dixhuit mois environ dans le service de M . Charcot, à la SalpélriêrP. entourée de grandes hypnotiques et ne présentant pendant toute cette ôpo<|ue que les deux états, léthargie et somnambulisme, qu'on avait constatés chez elle dès son entrée à l'hùpital. .\ plusieurs reprises, on avait cherché en vain par l'ouverture des yeux, à la faire passer de la léthargie en catalepsie. Or, dans 1 la rcialade

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que les opinions que nous soutenons appartiennent exclusivement à M. Gharcot et à ses élèves et que jamais en dehors de la Salpêtrière, on n'a pu répéter les expériences que nous venons de mentionner. « A Paris, dit M. Bernheim (1), j'ai vu dans trois hôpitaux des sujets hypnotisés devant moi, ils se comportaient tous comme nos sujets et les médecins des hôpitaux qui les traitaient ont confirmé absolument ce que nous avons vu. »

Pour quiconque est bien au courant de ce qui se passe dans les hôpitaux de Paris, Topinion ci-dessus énoncée n'a pas une bien grande portée, car si Ton excepte deux ou trois services 0(1 rhypnotisme est étudié avec quelque soin, il faut reconnaître que partout ailleurs cette étude est absolument négligée. Il ne s'agit donc pas là d'une opinion fondée sur des expériences méthodiques et répétées, ce qui est indispensable pour pouvoir émettre un avis de quelque valeur, mais d'une simple vue de l'esprit, d'une impression résultant sans doute de l'observation exclusive de quelques hypnotiques imparfaits. Du reste, nous pouvons citer les noms de quelques expérimentateurs absolument indépendants de la Salpétrière dont les observations ont été recueillies non seulement en dehors de la Salpétrière, mais même hors de France, et qui sont arrivés à des conclusions identiques à celles de l'École de Paris.

Dès 1881, MM.Taniburini et Seppili {^) publiaient des recherches sur les phénomènes des sens, des mouvements de la respiration et de la circulation dans l'hypnose, et sur les modifications de ces phénomènes sous l'influence des agents esthésiogènes et thermiques. Ils étudiaient spécialement les symptômes physiques de la léthargie et de la catalepsie et enregistraient les premiers, au moyen de la méthode graphique, la courbe respiratoire si caractéristique de la catalepsie. Ces auteurs reproduisaient les trois états de la grande hypnose sur une hysléroépileptique et se mettaient en garde contre la suggestion dont ils se sont toujours déliés.

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