SIXIÈME LEÇON
De rhystérie chez les jeunes garçons.
Sommaire. — Contracture hystérique. — Amblyopie. — Zones hystérogèncs. Phases de l'attaque d'hystéro-épilepsie. — Hystérie chez les jeunes garçons : attaque, phénomènes permanents. — Importance de l'isolement dans le traitement.
Messieurs,
Je me propose, dans cette leçon, de vous entretenir d*un jeune garçon qui fréquente notre clinique, depuis quelques semaines, et qui présente une série d*accidenls nerveux assez intéressants. Tous ces accidents, comme vous le verrez, doivent être rapportés à Thyslérie, et ceci me conduira à vous montrer brièvement comment se présente cette maladie, quand elle se développe chez Thomme, et plus spécialement chez Tenfant.
Mais, avant d'en venir là, et pour metlre mieux en relief le cas particulier sur lequel je désire fixer votre atlenlion, je crois utile de vous rappeler quelques-uns des grands épisodes de l'hystérie considérée chez la femme, dans un de ses types classiques : l'hysléro-épilepsie à crise mixtes ou grande hystérie, telle qu'elle se présente habituellement chez un grand nombre de malades de notre service. Je vous montrerai de nouveau deux hystériques que je vous ai déjà présentées en maintes occasions. L'une, la nommée B..., 34 ans, a offert,
VOUS ne Tavez pas oublié^ un bel exemple de contracture hystérique développée sous l'influence d'un traumatisme*. Pendant 5 jours, la contracture a occupé toutes les articulations du membre inférieur gauche ; de plus, nous avons reconnu, du même côté, Texistence d*une hémianesthésie complète, absolue, du moins en ce qui concerne la sensibilité générale. L'hémianesthésie persiste encore à un certain degré, mais la contracture a disparu. Qu'est-il arrivé depuis le moment où nous avons vu ensemble la malade? Les règles sont apparues, mais les crises hystériques sur lesquelles nous comptions pour mettre fin à la contracture ne sont pas survenues ; les seules crises qui se produisirent, et qui furent au nombre de trois, présentèrent toutes le caractère épileptique ; elles eurent lieu la nuit, sans phénomènes prémonitoires, la perte de connaissance fut complète, avec morsure de la langue, etc. ; elles n'eurent aucune influence sur la rigidité des membres. Nous nous sommes décidés alors à essayer Tapplication de Taimant au voisinage du membre contracture. Divers incidents se produisirent,à la suite desquels la rigidité du membre céda. Maintenant, vous le voyez, le membre inférieur gauche est presque complètement libre.
J'ajouterai que la tendance à la contracture paratt ne plus exister chez notre malade, car Tapplication de Taimant au voisinage du membre, nous nous en sommes assurés, ne provoque plus la rigidité; j'en dirai autant de la faradisation, qui est restée sans effet. Un dernier fait à noter : la faradisa- ^ tion avec l'appareil Dubois-Reymond au maximum ne provoquait et ne provoque aujourd'hui aucune sensation ; mais hier nous avons pu constater, qu'en insistant un peu, la sensibilité reparaissait dans toute l'étendue du côté gauche. Cette circonstance donne à penser que, chez notre malade, la tendance
«. Voir p. 38.
Charcot. Œuvre» complëles, t. m, Système nerveux. b
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hystérique qui s'est manifestée dans ces derniers temps va cesser, et que bientôt tout reviendra à la normale ; probablement la sensibilité se rétablira à gauche, et pour quelque temps les manifestations hystériques ne se renouvelleront pas, mais la malade restera exposée à subir les accès épilepiiques.
Les choses n'en sont pas encore à ce point chez la jeune Israélite que vous voyez depuis bientôt trois semaines ; vous vous rappelez que, chez elle, la contracture occupait les 4 extrémités depuis six mois. Soit sous Tinfluence de Télectricité statique, soit spontanément, la situation s'est simplifiée. La contracture a disparu, d'abord aux membres supérieurs, puis au membre inférieur gauche, persistant dans le droit, et Tanesthésie qui, pendant la contracture, occupait les 4 membres, ne persiste qu'adroite. Après un certain nombre de modifications obtenues avec l'application prolongée de l'aimant, le membre inférieur droit, quant à la motilité, revient k la normale ; mais l'hémianesthésie persiste encore aujourd'hui.
Vous voyez que la malade endure non seulement la piqûre, mais encore la faradisation prolongée et intense. Un autre fait doit être relevé ; c'est que, en agissant sur les muscles et sur les troncs nerveux, la faradisation détermine des contractions musculaires qui ne cessent pas après l'excitation, mais s'établissent à l'état de contractures. Voici, en effet, la griffe cubitale déterminée par l'excitation du nerf, en arrière du coude; voici un pied-bot produit par la faradisation des jumeaux. Vous voyez donc que la contracture existe toujours ici à l'élat latent, et qu'il suffit d'une excitation bien légère pour la reproduire plus longtemps et peut-être à l'étal permanent. J'ai signalé chez ces deux malades l'existence de l'hémianesthésie, phénomène qui occupe une place importante dans l'histoire clinique de Thystérie et qui se rencontre assez communément dans l'hystérie vulgaire, du moins à un certain