AMBLYOPIE HYSTÉRIQUE
il n'est pas rare qu'il soit très accentué, alors que les troubles de la sensibilité générale sont peu accusés. — 2** Un autre phénomène qui accompagne généralement celte limitation du champ visuel, consiste dans la diminution de Tacuité de la vision ; il existe, en outre, souvent des troubles dans la perception des formes ; on relève encore Tobnubilation des sensations lumineuses. — 3° Mais un fait qui doit particulièrement attirer Tattention dans Tamblyopie des hystériques, c'est la dyschromalopsie, et, à un degré plus prononcé, Tachromatopsie, c'est-à-dire la diminution ou la perte absolue de la notion des couleurs. On sait qu'à l'état normal toutes les parties de la rétine ne sont pas également aptes à percevoir les couleurs; ainsi, dans les conditions physiologiques, le champ visuel est plus étendu pour le bleu que pour le jaune, pour le jaune que pour le rouge; vient ensuite le rouge, le vert, le violet, qui est seulement perçu parles parties les plus centrales de la rétine. Dans l'amblyopie hystérique, les caractères de l'état normal se modifient de telle façon que les cercles représentant les limites du champ visuel pour toutes les couleurs se rétrécissent concentriquement. Le cercle du violet pourra se rétrécir jusqu'à devenir nul, et alors la malade, mise en face de la couleur, sera incapable de la nommer ; le même phénomène se répétera pour le vert, le rouge, etc. Le jaune et le bleu seront peut-être les seules couleurs persistantes, mais elles pourront elles-mêmes disparaître ; alors on dit qu'il y a achromatopsie totale. La malade reconnaît bien la forme des objets, mais les voit en gris, comme une photographie non colorée observée au stéréoscope.
Il y a pourtant chez beaucoup d'hystériques une exception fréquente à la règle que je viens d'établir, et suivant laquelle le bleu et le jaune sont les deux couleurs dont la notion, dans Tacrhomatopsie, persiste en dernier. Je dois signaler l'anoma-
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lie, bien que je ne fasse pas ici une étude complète de Tachromatopsie hystérique ; je dois la signaler, parce qu'elle se rencontre non seulement chez la plus grande partie des femmes hystériques que nous avons observées, mais encore chez les sujets mâles dont nous parlerons bientôt. Elle consiste en ce que retendue du champ visuel pour le rouge est plus grande que pour le bleu, de sorte que les malades peuvent avoir perdu la notion du violet, du vert, du bleu et du jaune, celle du rouge persistant seule. Voici un cas étudié par M. le D' Parinaud, qui montre clairement le phénomène en question.
Chez la nommée N..., Tœil droit est affecté d'un certain degré de rétrécissement du champ visuel pour les couleurs qui restent pourtant dans Tordre normal ; pour Tœil gauche, le rétrécissement du champ visuel pour la lumière blanche est manifeste^ les champs des diverses couleurs sont plus étroits et à un degré plus marqué que du côté opposé ; mais, de plus, et c'est en quoi consiste Tanomalie, le champ du rouge est devenu plus étendu que celui du jaune et du bleu; ce dernier s'est rapproché du vert et s'est substitué au rouge. Si ce rétrécissement progresse, il pourra arriver que la notion de toutes les couleurs ait disparu, à l'exception de celle du rouge. J'insiste sur ces anomalies que nous retrouverons à un certain degré chez notre jeune garçon hystérique.
Je ne discuterai pas la nature des troubles visuel de l'hystérie ; je vous rappellerai seulement, en passant, que ces phénomènes ne sont accompagnés d'aucune modification, appréciable à l'ophthalmoscope, des milieux réfringents, ni du fond de l'œil ; il n'y a même pas de modifications vasculaires, il s'agit de troubles exclusivement dynamiques, comme l'on dit. Je dois, en outre, vous faire remarquer que ces phénomènes ne sont pas propresà Thystérie, excepté, peut-être, ce qui e^t rela-
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tif à la limite du rouge ; car, à part cette dernière particularité, ils peuvent se rencootrer dans le cas de lésions cérébrales en foyer occupant la capsule interne.
Nom devons encore relever, chez la malade qui fait l'objet de notre eiamen, l'existence, du cftté aneslbésié, de deux points ou plutât de deux plaqua au niveau desquelles la seasi-
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bilité est exagérée ; un de ces [loints répond à la région ovarienne, l'aulre k la région lombaire, à droite et à gauche des apophyses épineuses. Ce sont là les points ou plaques hystéro-
gènes que doue retrouvons chez beaucoup d'hystériques et qui peuvent occuper d'autres régions que celles'que nous avons indiquées. Ainsi, H... dontl'anesthésie est générale, mais plus
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prononcée à gauche, présente trois zones hyslérogènes : le point ovarien, on point lombaire gauche, et un point bregmatique.
Que sont donc ces zofies hyslérogènes ? ce sont des régions du corps plus ou moins circonscrites, au niveau desquelles la pression ou le simple frollement détermine, plus ou moins rapidement, le phénomène de Taura^ auquel succède quelquefois, si Ton insiste, Tatlaque hystérique. Ces points, ou mieux ces plaques, ont encore la propriété d^ètre le siège d'une sensibilité permanante, et, avant l'attaque, d'une exacerbation douloureuse spontanée qui, par suite, constitue une partie de Taura. Ce sont tantôt des battements, tantôt une sensation de brûlure. L'attaque une fois développée, peut être souvent arrêtée au moyen d'une pression énergique exercée sur ces mêmes points. Un fait intéressant et digne de mention, c'est que ces points ne se rencontrent pas sur les membres ^ Mais on les voit sur la partie antérieure du tronc, au niveau de la ligne médiane (poignée du sternum, appendice xyphoîde) sous la clavicule (fig. 14), au-dessous des seins et dans les régions ovariennes, chez la femme, à la région inguinale chez Thomme ; en arrière (yîy. 15), entre les deux épaules, quelquefois à Tangle de l'omoplate, dans la région lombaire, à droite ou à gauche de la ligne médiane, au coccyx ; chez Thomme, il n'est pas rare de voir le testicule, surtout s'il est le siège d'une anomalie de position ou de développement, représenter une partie de zone hystérogène, ou bien c'est le prépuce dont la sensibilité est exquise, qui jouit de la même propriété. A la tête, nous en trouvons parfois au niveau du bregma, d'un côté ou de l'autre.
i. Iicpiiis que C(>ttc leçon a été faite, 51. Gaube a publié d'intéressantes n-chen-hes sur les zones hyslérogènes. De cette étude, entreprise sous la direction de M. le professeur Pitres, de Bordeaux, il résulte qu'il existe des zones hysi.éro><ènes sur les membres supérieurs ou inférieurs, et que ces zones ont le» mêmes propriétés que celles que l'on rencontre sur le tronc ou sur l.'i tète ((îaubc : Rrrherrhet sur tes zones hystér(t'/('n*^>\ Thèse de Bordeaux, H82 ) Ch. F.
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L'étendue de ces zones est très variable, souvent elles ne sont pas plus larges qu'une pièce de cinq francs.
Pour compléter les préliminaires dont j'avais à vous entretenir, il me resterait à vous rappeler les caractères généraux de la grande attaque bystéro-épileplique ; mais je crois devoir me bornera vous renvoyer à mes précédentes leçon.
Tels sont les phénomènes qui se rencontrent très vulgairement dans la grande forme de l'hystérie chez la femme, et sur lesquels je voulais, au préalable, appeler votre attention. Eh bien^ la plus grande partie de ces caractères peuvent se retrouver dans l'hystérie de Thomme. — L'hystérie existe donc chez l'homme?
A cette question de savoir si l'hystérie atteint aussi les individus du sexe masculin, nous devons répondre affirmativement, et nous pouvons de plus ajouter que le fait n'est pas très rare.
Dans une thèse récente, un élève de M. Ollivier, M. Klein \ n'a pas réuni moins de 11 cas d'hystérie chez l'homme. La proportion serait, du reste, d'après Briquet, de 1 homme pour 20)^ femmes. Ce chiffre est, sans doute, un peu exagéré. Quoi qu'il en soit, mon expérience me permet d'affirmer que Thystérie peut se présenter assez souvent chez l'homme, et qu'on l'y rencontre avec tous les caractères observés d'ordinaire chez la femme.
Je me bornerai à citer, à titre d'exemple, un seul cas : Un garçon de 17 ans, S..., de Moscou, vint me consulter l'année passée. C'est un jeune homme grand et maigre, dans les antécédents duquel il faut relever l'existence d'un oncle « mélancolique Y>. Pour lui, il est exalté, écrit des vers, aime la musi-