Klein. — De thystérie chez l'homme^ thèse de Paris
que, lit des romans avec avidité ; pas de vice de conformalion des organes génitaux. Depuis quelques mois, il est sujet à des attaques qui reviennent presque tous les jours, à 5 heures da soir. Il offre de plus, à titre de phénomènes permanents, une hémianalgésie à gauche, et, du même cdté, un point hystérogène sterno-costal ; un brusque frottement. sur ce point provoque une attaque. Les attaques spontanées sont précédées de tristesse, de battement des tempes, d'une sensation de boule qui va de la région précordiale au larynx. Qu'elles soient spontanées ou provoquées, les attaques sont constituées par une période épileptoïde, plus marquée dans une moitié du corps, avec convulsions toniques et cloniques prédominantes à gauche ; il perd connaissance, mais ne se mord pas la langue. Après quoi son corps se place en arc de cercle à convexité abdominale. Dans une troisième phase, il se met à marcher les yeux ouverts, poussant un cri de frayeur (il voit sa mère morte). A la fin de Tattaque, rires, pleurs, bâillements ; il demande à boire, tremble, dit qu'il a froid, etc. En résumé, Thémianalgésie, TexisLence d'un point hystérogène, les caractères de laltaque qui viennent d'être signalés suffisent amplement à établir le diagnostic ; ce n'est pas de Tépilepsie, c'est bien de l'hystérie. Un traitement tonique et remploi méthodique de l'hydrothérapie, quelques changements dans l'hygiène intellectuelle suffirent à amener la guérison.
Mais l'hystérie grave ne se rencontre pas seulement chez l'homme et l'adolescent, on la voit encore chez l'enfant, avant la puberté. Des observations bien constatées le prouvent. Il semblerait, d'après M. Klein, que la plus grande fréquence de l'hystérie, chez l'homme, s'observe vers 24 ans ; je crois que le fait mérite confirmation ; suivant mes observations, la maladie serait, chez les jeunesjgarçons, plus commune qu'on le croit, vers 12 ou 13 ans; on peut la rencontrer, vous le savez, dans
]*autre sexe, plus tôt encore, de 10 à 12 ans, par exemple. L'hystérie peut se présenter, d'ailleurs, chez Tenfant, mftle ou femellCf avec tous les caractères de Vhysteria major. Comme exemple du dernier genre^ je pourrai citer le cas d'un garçon de 13 ans, que je vis en consultation, avec un médecin très distingué, mais qui fait montre de scepticisme à Tendroil de rhystérie en général^ et de Thystérie chez Tenfant en particulier. En présence des attaques épileptiformes, il s'était demandé s'il n'y avait pas là épilepsie vraie ou consécutive à une affection encéphalique grave, une tumeur cérébrale, par exemple. Les attaques épileptiformes existaient, en effet, mais elles faisaient partie d'une série d'autres manifestations; elles étaient suivies de grands mouvements, puis l'enfant se plaçait en arc de cercle, etc. Je fus témoin d'une de ces crises, je cherchai un point hystérogène, j'en trouvai un, en effet, dans le flanc gauche ; je le comprimai et les mouvements convulsifs cessèrent, bien que la connaissance ne revînt pas.
Dans l'intervalle des attaques existait une hémihyperesthésie gauche ; ce garçon, du reste, avait l'air efféminé, était entouré de joujoux de petite fille. Je prescrivis les toniques, l'isolement pour le soustraire à Tinfluence de ses parents, qui le gfttaient trop, et l'hydrothérapie. La guérison ne se fit pas attendre plus de trois mois. Malheureusement cet enfant succomba trois ans après d'une péricardite consécutive à la scarlatine; mais sans que les accidents nerveux se fussent reproduits.
Parmi toutes les observations connues d'hystérie chez les jeunes garçons, celle de MM. Bourneville et d'Ollier *, recueillie à Bicôtre, est peut-être la plus remarquable, et par le soin
1. Bourneville et d'Ollier. — Recherches cUniquPS et thérapeutiques sur HpU^péé^ Pkgttérte et Vidiotie, 1R81, p. 30
92 HTSTÉRIB GQfcZ LES JEUNES GARÇONS
avec lequel furent étudiées les particularités du cas, et par le caractère très accentué des phénomènes ; c'est un exemple d'hystéro-épilepsie, de grande hystérie dans toute la rigueur diP* terme. Il s'agit d'un enfant de 13 ans, né d'une famille danl" laquelle se trouvaient plusieurs idiots épileptiques, et un en-^ fant avec des instincts dépravés. Le sujet en question, 9û^ contraire, est doux etintelligent ; dans Tinlervalle des attaques, on peut reconnaître qu'il est hémianesthésique gauche ifMH* amblyopie, et qu'il présente trois zones hystérogènes (bregmif* fosse iliaque gauche, région lombaire). Le point bregmatiqiuMi est le plus sensible. Le moindre choc, le moindre frottement^ exercés sur ce point provoquent une attaque, et même les e^*^M marades du malade, ayant surpris le secret, se donnent sondai vent le malin plaisir de faire nattre par ce moyen très simplt v les accidents convulsifs ; un forte pression arrête d'ailleun-i* l'attaque avec la même facilité. L'attaque est régulière ; pi* riode épileptoïde, période de grands mouvements avec attitude en arc de cercle, puis attitudes passionnelles avec cris violentB* «, Il n'y eut, de novembre 1879 k décembre 1880, pas moins de ^ 582 attaques, sans qu'il s'y ajoutât de l'épilepsie, et sans qu'il ^^ persistât aucun trouble intellectuel, malgré la répétition fré* ^ qiiente des accès. ,
Le cas de l'enfant que je vais vous montrer est moins com*- ^ plet, moins correct, moins riche, si je puis dire, en phénomè* nés très accentués ; c'est un cas de petite plutôt que de grande ^ hystérie ; pourtant je crois qu'il n'est pas moins intéressant, , surtout en raison des circonstances au milieu desquelles s'est ^ développée la maladie.
C'est un jeune Israélite de 13 ans, originaire de la Russie méridionale ; tous ses parents sont en bonne santé, le père est très impressionnable et nerveux, mais sans rien de bien caractérisé. Vous voyez l'enfant vêtu de l'uniforme du Gymnase
RTSTRIIIE CHEZ LIS JECîSE'- 0*?*:«'^- %1
qu'il fréquente depuis Irois ans, à*** «.RusMe !i;eric::ii.r ; :. a beaucoup travaillé, il est intelligent, a Wti. \:f. zlU i. r*t petit et très pâle. Il se plaint, depuis p uf c'ur. ar. Cr -::uleurs de tête, mais seulement depuis ô mci- r:. j^r.T:-- ia céphalalgie est devenue intense, revenir-t t:us .if ?.:rr. vers les cinq heures, suivie, peu après, d'ii.iq-r* r-.r.i.i- .-ives.
Le diagnostic, para!t-il, fut hésitant :ol aar*:: lâr.r d^ne lésion organique, et le pronostic aurait été deolar-: ::rr dZu-*^. Le père, qui aime son fils à la fo;ie. a entrepri? le \ [•^^'e rt Ta conduit à Paris, où il nous Ta amen*r. i v \ c*r^ {•} v^r^. implorant une guérison qu'il n'a pu trouver daL^ *.r. :•«;?. Dès le premier examen, nous avons pu le rassurer : iîfrr.i.r. n'est pas grave, non seulement l'enfant %ivrj. r.ils ;-. pe-î affirmer, sans crainte d'être démenti par rè^éLer^r:.: q ... i'^<:rira parfaitement.
Si nous considérons, en outre des autre* c::c.:r:*Ur.:>5 ce l'observation, que ce jeune sujet est atteiri d arie c^pLi.T^ persistante, avec un pointde sensibi.ité exa^ér-r: %ur **: .rrtex, que la crise, depuis cinq mois, revient tou* .^'yy-ir^ a .a même heure, nous pouvons déjà présumer Vhyu^n^. q/un examen plus sérieux rend évidente, fians les perlyir:- l.-tercalaires, on con-late, en effet, que. du côlé droi:. i. eT>*.e une hémianalgésie à la piqûre, au froid et à la fa^diraL o:. : .e goût, Todorat, Toule, sont affaiblis de ce côté. 1. ^ p'iir.-. de ne pas voir clairement de Tœil droit, et Texamer. rué'.hviiqîje du champ visuel montre un rétrécissement pa.niculiéreriiest marqué à droite (^y. 16), et, de ce côté, il ne voit que J^ rouge. En outre, il y a deH plaqucH d'hypéreslhé^;-: - 1 c.-4r;e elau vertex (zone hystérof^èney. Vers les 4 h. 1 2 ou 5 L. (vers les 6 h. 1/2 en Russie), la douleur de tête • e%i-[>ê.'e et lui donne la sensation d'une plaie vive, puis \ieniieLi des ilr.-
94 HYSTÉRIE CHIiZ LES JEUNES GARÇONS
tementô d'oreiUe ; il n'a pas la sensation de boule, mais ui sorte de constricUon thoracique.
L'attaque est ordinairement coupée par la chloroformisatii Abandonné à lui-mâme, il se couche sur le cdié gauche.
tète sur un petit coussin qui ne le quitte jamais, sanglolte et se replie sur lui-môme. Les membres inférieurs et supérieurs sont fléchis, il se cache la tèle dans les mains, et se met dans une sorte d*emprosthotonos ; il peut être soulevé tout d'une ])ièce. Cela dure trois à quatre minutes, puis les membres se détendent, les yeux se mouillent de larmes, et tout est fini ; pas de rire, pas de pleurs, pas de délire.
11 est cependant intéressant d'examiner l'attitude du père, quand approche Theure de l'attaque ; il prend sa montre qu'il a mise à Theure de son pays ; vers 6 heures, il interroge son fils, lui demande s'il souffre; si oui, il l'entoure d'une sollicitude respectable, sans doute, mais qui contribue certainement à entretenir les accidents et à les maintenir dans leur régularité.
Il n'est pas nécessaire, après la précédente analyse, d'établir un diagnostic différentiel. Il serait superflu de confronter ce cas avec ceux plus classiques que je vous ai décrits, tout d'abord, et de montrer les analogies qui établissent que tous appartiennent à la même famille. Cest del'hystérie qu'il s*agit, et rien que de Thystérie ; l'idée d'une lésion organique intracrânienne quelconque doit être repoussée. Parlant, le pronostic est relativement favorable en général, et absolument dans le cas actuel. Pas de doute sur le résultat, parce que, chez les jeunes garçons, l'hystérie, suivant mes observations, du moins, ne se montre certainement pas aussi rebelle que chez les filles.
Je prescrirai : l"" Tisolement, pour soustraire l'enfant à la sollicitude paternelle, laquelle ne fait que provoquer l'exaltation de l'état nerfeox, ou, du moins, de la part du père, un maintien pIusrA n\m ferme ; 2'' l'emploi des reconsti-
tuants; 3* 1* ique et l'hydrothérapie qui, j'en
suis convainc l'espère que le père ne refu-
sera pas d'' "iptions et qu'il pourra, dans
quelques mois peul-étre, reconduire au Gymnase de ***, son fils complètement guéri*.
1. Le jeune malade fut soumis à Télectrisation statique tous les deux jours et aux pratiques hydrothérapiques quotidiennes, en même temps ({u'il suivait un régime reconstituant. Mais le père ne voulut pas consentir à se séparer de son fils, et tous les jours, à la même heure, il était dans Tattente de l'attaque qui ne manqua pas,*en efTei. de se reproduire, tout comme avant le commencement de ce traitement incomplet. Au bout d'un mois dMnsuccës, il se décida enfin à le placer dans une maison de santé; mais, pendant une grande partie de la journée, il ne cessait de rôder autour de rétablissement, interrogeant tous ceux qui sortaient sur IVtat de son fils, qui savait ce qui se passait et ne sentait pas complètement abandonné. Plusieurs semaines se passèrent ainsi et rien ne changeait : le père, désolé, voulait renoncer au traitement ; ce ne fut qu'à grand peine qu'on put lui faire comprendre que jusqu'alors il n'avait pratiqué qu'un isolement fictif, que le traitement était, par conséquent, incomplet, qu'il fallait qu'il s'éloignât tout de bon et que son fils ne piU plus douter qu'il était seul, bien seul, et qu'il ne sortirait plus que guéri. C'est ce qui fut fait: cl ce qui se passa bientôt après montra bien la valeur thérapeutique de Tisole- ' ment réel, dans ces sortes de cas : au bout de quatre ou cin(| jours, les attaques étaient déjà modifiées, moins régulières et moins fortes ; quinif jours après, il n'était plus question d'attaques, puis la zone hystérogène bregmatique disparut, et quand le petit, malade partit un mois environ après le commencement du traitement effectif, il ne restait plus en tout que des traces de Tamblyopie. Ch. F.